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Marine Marchande
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Interview

Jean-Marc Roué : « Vers un transport plus propre »

Marine Marchande

Grand jour vendredi 14 novembre pour Brittany Ferries. A la mi-journée, la coque de leur tout dernier ferry en construction - le Honfleur - a été mise à l’eau. L’occasion pour le président de la compagnie maritime de Roscoff, Jean-Marc Roué, d’évoquer les défis qui s’annoncent au niveau de la flotte, mais aussi face au Brexit.

Le Honfleur est le premier bateau construit par Brittany Ferries propulsé au GNL (Gaz naturel liquéfié). Pourquoi la compagnie a-t-elle fait ce choix ?

Nous sommes convaincus que pour ce type de navire à passagers, le GNL est LA solution de transition pour un transport maritime plus propre.

Ce système de propulsion nous permet de répondre aux objectifs de l’Organisation maritime internationale, de baisser de 25 % les émissions de carbone d’ici à 2030. Il n’émet également quasi-pas d’oxyde de soufre ni de particules fines, ce qui correspond aux ambitions de la zone de contrôle des émissions de polluants atmosphériques. Déjà, depuis 2015, on avait choisi de filtrer les fumées.

La deuxième étape c’était de changer le carburant.

Les futurs navires de la flotte vont-ils suivre ce modèle ?

Le Honfleur est la pierre numéro un du projet GNL. Il devrait être livré à l’été 2019. Un deuxième bateau sera aussi propulsé de la même manière, le Salamanca, qui devrait être livré en 2021. En revanche, le Galicia, qui sera disponible en 2020, sera en mode de propulsion classique mais filtré.

Ces deux bateaux vont être construits en Chine pour un armateur suédois qui les affrétera à Brittany Ferries. Pourquoi avoir choisi ce modèle ?

Un acteur comme la Brittany Ferries préférerait commander ses navires au plus près, en clair les Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. Mais ils sont actuellement dans l’incapacité de livrer avant 2026 ! La majorité des chantiers navals européens sont dans le même cas de figure ! Si on passe par l’armateur suédois Stena RoRo, c’est que nous n’avons pas la capacité, en propre, de commander en Chine. Stena, c’est cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires avec aucune difficulté à déplacer un bureau d’études là-bas. Avec ce choix, on travaille en dehors de l’UE mais il n’y a pas de dette à la livraison du bateau. On affrète pendant cinq ans avec option d’achat. Ça laisse six ans pour digérer le Honfleur - dont le coût total du projet s’élève à 200 millions d’euros - et ça laisse la capacité de trouver son bonheur sur le marché de l’occasion ou pour signer une autre commande. Il n’y a pas besoin d’être propriétaire d’un bateau pour le faire naviguer. Et je le confirme : ils battront pavillon français.

L’autre défi qui s’annonce, c’est le Brexit. Qu’est-ce qui vous inquiète le plus ?

Nous sommes présents sur cinq ports de la façade maritime de la Manche (Roscoff, Saint-Malo, Cherbourg, Caen et Le Havre). Mais je ne sais toujours pas si, concrètement, la compagnie va pouvoir bénéficier, dans ces ports, des mêmes aménagements régaliens du gouvernement français en termes de moyens douaniers et vétérinaires que dans tous les autres ports de cette façade qui drainent chaque année 4,8 millions de poids lourds dans les deux sens et 25 millions de passagers. Le ministre des Comptes publics a annoncé, la semaine dernière, 300 douaniers pour les Hauts-de-France.

Mais quid de la Bretagne et de la Normandie ? Il a, en plus, parlé d’impréparation des entreprises. Je suis en colère ! Nous, nous allons faire des choses en interne au niveau des aménagements à l’embarquement et du personnel. Mais le passage douanier, c’est à l’État de le faire ! Et mon combat, d’ici au 29 mars, sera que tous les clients de la Brittany, transporteurs et passagers, bénéficient du même service dans tous les ports !

Brittany ferries ressent-elle déjà les effets du Brexit ?

Bien sûr qu’il y a des conséquences. Nous avons fait deux années intéressantes, en 2015 et 2016, après le succès de notre plan de retour à la compétitivité, sans quoi je ne pourrais peut-être pas parler du sujet à cette heure. Mais en 2017, on sait déjà qu’on a fait moins et en 2018 on ne fera pas plus. Le souci, c’est que l’entreprise collecte 80 % de son chiffre d’affaires en livre sterling et que 80 % des dépenses sont en euros. Quand on fait le calcul, ça fait 25 millions d’écart de change, c’est du résultat en moins. Pour ce qui concerne l’activité passagers, on ne peut pas mesurer l’effet du Brexit mais sur le fret on est déjà à deux points de moins depuis six mois. 

Une interview réalisée par la rédaction du Télégramme

 

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