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Jean-Marc Tanguy, porte-étendard des femmes dans les armées

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Jean-Marc Tanguy, porte-étendard des femmes dans les armées

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C'est un penn kalet (une tête dure en breton), un torr-penn (un casse-pieds). Un Breton très attachant. Jean-Marc Tanguy n'est pas homme de compromissions. Il parle cash. Et notamment des femmes des armées. Pilotes de chasse ou d'hélico, marinettes ou mécanos, il sait les faire parler et en a sorti un livre, « L'armée au féminin », qui vient de paraitre (*). Rencontre.

« La féminisation des armées est encore à consolider. Le combat continue ! » : celui qui dégaine n'est autre que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Nous sommes le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Une journée qui agace. Au ministère de la Défense, ce mardi-là, cela faisait pourtant sens. Il n'y avait que deux hommes. Deux Bretons. Le ministre, un « penn kalet ». Et une autre tête dure : Jean-Marc Tanguy, journaliste spécialiste des questions de Défense, qui alimente en solo son blog « le mamouth ». Avec un seul « m ».

Jean-Marc Tanguy regarde et écoute, toutes antennes dehors. Son côté hawkeye, oeil de faucon, ce fameux avion qui détecte tout. Autour de lui, près de quarante femmes, militaires ou civiles, gradées ou pas. Le baroudeur a pu les côtoyer sur des théâtres d'opérations, en Afghanistan, au Mali.

Une série de portraits

De ces rencontres, Jean-Marc Tanguy a fait un (beau) livre. Une série de portraits : des marinettes à la pilote de Super Puma en passant par les étonnantes filles des Forces spéciales que l'on ne voit jamais ou alors floutées et masquées. Jean-Marc Tanguy n'est pas homme de camouflage. Jean, baskets, même sous les ors de l'Hôtel de Brienne. Avec toujours son côté un peu « Top Gun ». Et féministe aussi ! Notre soldat de l'info dit quelques mots. Sur les pionnières, celles qui sont mortes au combat. Plus tard, il avoue : « Je n'en menais pas large. C'était intimidant, franchement ». Il se souvient de son premier stage de survie dans les années 90. C'était dur. Il fallait s'accrocher. Le novice Tanguy s'étonne : une femme dans ce groupe ! « Détrompez-vous, Monsieur, elles sont plus résistantes que les hommes, rétorque le gradé. Quand un homme n'y arrive pas, il pose son sac. Une femme peut craquer mais, soyez-en sûrs, elle repart ». Reçu 5 sur 5. Aujourd'hui, il n'est plus étonné. « Chaque femme du bouquin montre qu'il n'y a pas un endroit où elles ne soient pas légitimes », dit-il.

Il a su les faire parler

Le Breton a su les faire parler. Natacha, croisée en Afghanistan, seule avec cinq hommes à bord d'un blindé, Anne-Claire, pilote de chasse, Jessy, mécano au sol qui vole aujourd'hui sur Atlas. Ces femmes, il les trouve « passionnées, courageuses. Et humbles ». Oui, il est bluffé. Un tel niveau d'engagement ! Tout n'est pas rose pour autant. « Il ne faut pas être hypocrite, dit-il. Une femme, c'est une place en moins pour les hommes. Tout du moins, selon certains. Ça crée des tensions. Les plus antiféministes, on les trouve dans l'armée de Terre avec le pompon décroché par l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (56) qui est pourtant une école de la République ! ».

N'essayez pas de le coincer sur les Forces spéciales, le Raid, le Famas. Il connaît tout de l'A 400 M, du Rafale ou du Caracal. Il a grandi avec les avions en tête. Dans la chambre du petit Jean-Marc, on ne comptait plus les maquettes. Flash-back. Il est au collège, à Morlaix (29). Ses copains le chambrent. À la télé, passent « Les chevaliers du ciel ». Et lui, il s'appelle comment ? Tanguy bien sûr ! Ça fait rigoler. Sans Laverdure, il décide de faire sa journée « Découverte » sur la base de Landivisiau (29). Il s'entraîne sur un simulateur de Super Etendard. Il se crashe trois fois ! De plus, il est daltonien. Son rêve, devenir pilote de chasse, s'envole. Il prendra alors d'autres armes, la plume, la photo. Son idée fixe, sa mission, ce sera l'information.

Des héros et des crapules

Après Sciences Po Bordeaux, un IUT de journalisme, le petit provincial - c'est lui qui le dit - s'installe à Paris. C'est là que sont les centres de décision. C'est là, aussi, que sa petite famille voit le jour. Jean-Marc Tanguy défend la Défense. « Dans quelle autre spécialité trouvez-vous tous les jours de l'humain, du politique et de la technique ? Où peut-on côtoyer des héros et des crapules ? ». Le Breton, qui peut être taiseux, est intarissable sur le combat des Forces spéciales contre Aqmi, sur la façon dont les militaires portent le fer contre Daesh. Il s'enflamme. Et redescend sur terre ! Pour parler des difficultés que rencontrent aujourd'hui les journalistes pour aller sur les zones de combat. « On est en démocratie. Les citoyens ont le droit de savoir ce qu'on fait des armes ! Comment on utilise leurs euros ! Je ne comprends pas. L'état-major des Armées m'oppose le risque. Je suis désolé, je suis comme un soldat. J'ai accepté ces risques. Ma famille est au courant. Ils savent que ça fait partie du bonhomme ». Il en fait un combat personnel. Il fusille... du regard.

On l'aura compris : Jean-Marc Tanguy n'est pas homme de compromis. Ça se sait. Ça peut agacer. Il s'en fout. Il est un penn kalet. Mais aussi un « torr-penn », dit-il. Un emmerdeur. Au grand coeur.

Un sacré chevalier

Il n'a pas oublié ce premier choc, quand il est parti en Afghanistan, embarqué avec la troupe en gilet pare-balles. Il retournera sept fois là-bas. Fidèle, il l'est aussi depuis plus de 10 ans avec les vétérans, ceux du commando Kieffer, Léon Gauthier, Guézennec et les autres. Désormais, tous les 6 juin, le jour du « D-Day », il est avec ceux qui sont encore en vie, sur les plages de Normandie. « On s'attache à ces papys, des héros qui sont d'une incroyable modestie ». Fidèle, il l'est encore avec les femmes. Il soutient ardemment l'idée de Le Drian qui les appelle à créer « un véritable réseau associatif des femmes de la Défense », pour plus d'égalité. Un juste combat, estime Jean-Marc Tanguy. Il n'est pas un chevalier du ciel mais les femmes des armées ont trouvé en lui un porte-étendard et un sacré chevalier. Il n'a pas l'intention de les laisser tomber. Quand on le connaît, on sait que c'est vrai.

* « L'armée au féminin ». Éditions Pierre de Taillac. 22,90 €.

Un article de Catherine Magueur, de la rédaction du Télégramme