Marine Marchande
Jean-Louis Bouchard : « Les marins des Abeilles sont ma première préoccupation »

Interview

Jean-Louis Bouchard : « Les marins des Abeilles sont ma première préoccupation »

Marine Marchande

Jean-Louis Bouchard est le président-fondateur d’Econocom, entreprise générale du monde digital, qui vient de racheter l’armement des Abeilles au groupe Bourbon. Il revient avec Mer et Marine sur la motivation qui l’a amené à cette opération et à ses projets pour cet armement qui emploie actuellement 140 marins français sur cinq bateaux.

MER ET MARINE : Vous êtes un entrepreneur du monde numérique, comment en êtes-vous venu à vous intéresser au milieu maritime et puis, plus spécifiquement, aux Abeilles ?

JEAN-LOUIS BOUCHARD : Il y a deux raisons. A titre personnel, d’abord, je suis très lié au milieu maritime. Un de mes aïeux est André-Paul, dit Hippolyte Bouchard, officier de marine de l’armée napoléonienne, qui a notamment combattu lors de la guerre d’indépendance argentine (NDLR : l’ancien OPV L’Adroit, revendu à l’Argentine il y a quelques mois, a été rebaptisé Bouchard). Depuis, toutes les générations de ma famille ont été des serviteurs civils ou militaires de l’État. J’ai moi-même étudié au Prytanée militaire de la Flèche en préparation à Navale où de nombreux camarades de promotion sont devenus officiers supérieurs de la Marine nationale. J’ai ensuite intégré l’école nationale supérieure du génie maritime et suis devenu architecte naval. Lors de ces études, j’ai embarqué au commerce sur le Kerouan sur la ligne Marseille - Alger. Et même si ma carrière s’est tournée vers le numérique, je suis resté passionné par la mer, que ce soit en tant que voileux mais aussi en tant qu’entrepreneur.

Par ailleurs, à titre professionnel, le groupe Econocom que j’ai créé en 1974, a accompagné le développement du numérique dans de nombreux secteurs économiques et industriels, dans les transports en particulier : automobile, ferroviaire, aviation. Depuis quelques années, nous assistons au début de la révolution digitale du monde maritime à laquelle nous avons pris part, d’abord avec le groupe Bourbon. Cela fait plusieurs années que, non seulement nous équipons, mais que nous finançons des équipements de Bourbon : les navires des Abeilles depuis trois ans, les robots sous-marins de Bourbon Offshore depuis cinq ans, le PSV Bourbon Explorer…

Alors quand, son fondateur et mon ami, Jacques de Chateauvieux m’a expliqué que les Abeilles avaient, un temps, appartenu, au groupe des taxis G7, je me suis dit qu’un entrepreneur non-maritime comme moi pouvait aussi bien investir et contribuer à son évolution digitale et à sa diversification. Cela semblait finalement très logique de transformer notre engagement financier pour devenir l’actionnaire de cette entreprise, fleuron de l’armement français, dont nous financions les navires et ainsi de recréer une unité de direction entre le capital et la stratégie. Avec le rachat du groupe Bourbon, les banques qui ont repris le contrôle renégociaient tous les contrats, y compris celui des Abeilles. C’était le bon moment et cela avait beaucoup de sens de réunir actionnariat et financement ; d’autant qu’Econocom va jouer pleinement son rôle d’actionnaire en soutien des Abeilles.

Vous financiez, vous possédez désormais. Quelles sont vos premières préoccupations, notamment vis-à-vis de vos marins ?

Ils sont ma première préoccupation. Je suis très impressionné par leur savoir-faire, leur professionnalisme, leurs compétences. Je sais que c’est cela qui fait la force des Abeilles et ma priorité c’est non seulement de conserver ces talents mais aussi de proposer un avenir aux générations suivantes. J’ai pu déjà en rencontrer quelques-uns et compte continuer à le faire. Pour m’imprégner mais aussi pour recueillir leurs idées pour imaginer l’avenir des Abeilles.

La priorité est bien sûr de servir, comme les Abeilles le font depuis 40 ans, l’action de l’Etat en mer et toutes les missions que la Marine nationale nous confie. Mais je suis aussi persuadé que ces navires sont capables de rendre de nombreux services parallèlement à d’autres missions.

Garder l’alerte pour l’assistance aux navires et développer d’autres métiers ?

Absolument. Tout cela ne se fera, évidemment, qu’en concertation et en accord avec les autorités militaires et dans la stricte limite des contraintes opérationnelles du contrat d’affrètement avec la Marine. L’idée, c’est qu’en développant d’autres activités compatibles avec la prise de l’alerte, nous augmentions notre chiffre d’affaires, ce qui nous permettra à la fois d’investir dans la modernité et de soulager la charge financière de l’Etat qui va en avoir grand besoin. 

A quelles activités pensez-vous ?

Il y en a de nombreuses, l’économie bleue est un tel réservoir d’activités : l’assistance aux énergies marines renouvelables, les travaux en mer, la dépollution, le démantèlement d’infrastructures en mer, la formation… il y a beaucoup de  pistes de réflexions à ce stade et encore une fois, elles sont à travailler, en accord avec la Marine nationale. Nous cherchons actuellement, avec Pascal Potrel, à adjoindre à l’équipe de direction des Abeilles un talent hautement qualifié pour mener à bien cette diversification. Je ne suis pas armateur, je suis entrepreneur et c’est donc mon rôle d’insuffler de nouvelles idées tout en respectant l’héritage de cette entreprise. Beaucoup d’idées viennent des équipages eux-mêmes et quoi que nous entreprenions, nous le ferons en accord avec eux.

Propos recueillis par Caroline Britz, ©  Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.