Marine Marchande
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Reportage

Kea Trader : Récit d’un sauvetage de longue haleine

Marine Marchande

Les opérations de transbordement du fuel lourd sont terminées et les conteneurs continuent d’être extraits depuis le Kea Trader, porte-conteneurs échoué depuis le 11 juillet à 50 milles au sud-est de Maré, en Nouvelle-Calédonie. L’équipage est toujours à bord et de nombreux navires s’affairent dans la zone pour lui venir en aide. Retour sur un mois et demi d’opérations de sauvetage.

 

(© FANC)

 

Arrivée rapidement à bord après l’échouement, une équipe d’évaluation, composée d’experts privés et de l’Etat, s’est vite rendue compte que l’intégrité du navire était mise en cause. Mandatée par l’armateur, l'entreprise de sauvetage Ardent a alors pris le relais et affrété un remorqueur, le Tamanou, de la société Sora-Sorecal. Des plongeurs ont inspecté la coque et une remorque a été passée pour maintenir une traction afin d’éviter que le porte-conteneurs n’avance plus dans le récif à marée haute. Une opération rapidement jugée trop dangereuse pour un remorqueur de 40 tonnes.  

 

Le porte-conteneurs est échoué sur le récif Durand (© FANC)

Inspection de la coque par un plongeur d'Ardent (© FANC)

 

Au bout de 48 heures, aucune brèche n’est découverte sur les flancs du navire. En revanche, les doubles-fonds ont subi des dommages. A force de taper sur le récif, le safran s’est quant à lui tellement déformé qu’il ne peut plus pivoter. Le Kea Trader est, à ce moment-là, échoué à 70 % sur sa surface de coque.

Rapidement, de nombreux moyens de sociétés privées, du territoire et d’Etat gravitent autour de la zone. Des filets antipollution sont installés et les barges flottantes attendent les ordres. Dans les jours suivants, le Salvage Master d'Ardent devient maître à bord, en charge de la supervision de l’ensemble des opérations, la mise en place des moyens et la communication avec les autorités françaises.

 

Le B2M D'Entrecasteaux déploie des moyens antipollutions (© MARINE NATIONALE)

 

La barge Chasseloup modifiée pour recevoir le fuel lourd

Les opérations de grande envergure ont démarré assez vite après l’échouement, avec notamment la mise en place de moyens nautiques transportant du matériel antipollution. 700 tonnes de fuel lourd étaient à bord du navire. Afin de diminuer la quantité de carburant, le Kea Trader a gardé son groupe électrogène en marche.

En l’absence de pétrolier à Nouméa, la société Sorecal a proposé de modifier sa barge Chasseloup pour lui permettre de recevoir le fuel lourd. Un processus inédit. Quatre ballasts de la barge ont été dédiés à ce combustible alors qu'un tuyau de remplissage, un tuyau d’aération (event) et un tuyau de sonde ont été ajoutés sur chacun des ballasts. Une fois sur zone, la barge est mise à couple pour tenter de pomper directement le HFO du porte-conteneurs, mais très vite les aussières cassent et les risques sont jugés trop importants. En effet, la houle tape par le quart arrière bâbord du navire, formant une sorte de mascaret où les vagues déferlent le long du bordé pendant 6 heures. 

 

 

Modifications sur le pont de la barge Chasseloup (© SORA-SORECAL)

 

Pour extraire le fuel du Kea Trader, un hélicoptère d’Hélicocéan vient en renfort. Il permettra de transporter des caisses d’un mètre cube remplies de fuel pour les déposer sur la barge et ensuite les vider dans les ballasts. Les opérations de récupération du fuel durent trois semaines. Le 11 août dernier, la barge Chasseloup est rentrée au port de Nouméa avec à son bord 600 m3 de fuel lourd et de produits dangereux. Le Posh Commander est retourné récupérer quelques dizaines de tonnes des huiles de moteurs.

Des conteneurs en attente et un hélicoptère en renfort

Le transbordement des conteneurs a pour sa part démarré début août. Aujourd’hui, de nombreux Calédoniens sont en attente de leurs marchandises. « Sur une cible évaluée à 300 conteneurs devant être débarqués pour alléger le navire et permettre son renflouement, 219 conteneurs ont été retirés du Kea Trader depuis le début des opérations », a indiqué le 1er septembre du Haut-Commissaire de la République de Nouvelle-Calédonie. Les manœuvres se sont accélérées depuis que l’hélicoptère Sikorsky Skycrane est en mesure de transborder des conteneurs qu’il dépose ensuite sur les supply Clipper New-York et Industrial Headlands. Mais l’hélicoptère ne peut pas charger plus de 10 tonnes, sachant qu’un conteneur vide pèse déjà 4 tonnes. Les boîtes plus lourdes sont chargées directement par les grues du navire sur deux barges : l’Hibiscus de la Sorecal et la Capricorne de Reviso. Cependant, la fenêtre météo doit être excellente pour que les barges se mettent à couple. Pour venir en renfort des grues du bord et de l’hélicoptère, une grue flottante devrait arriver de Singapour début septembre.

 

Déchargement sur l'Hibiscus (DROITS RESERVES)

Transbordement du fuel par hélicoptère (DROITS RESERVES)

(DROITS RESERVES)

 

Encore plusieurs semaines avant de déséchouer le bateau

Concernant le renflouement du Kea Trader, des opérations sont mises en oeuvre : « les réparations des ballasts latéraux et l’isolement des ballasts intègres ont pu se poursuivre pour assurer la stabilité du porte-conteneurs en vue de son renflouement », explique le Haut-Commissaire, Thierry Lataste, dans un communiqué. Pour la suite, personne ne sait où sera remorqué le bateau. Le risque demeure tant que le navire reste sur le récif, d’autant plus si la houle monte à 5 ou 6 mètres. « Quand la houle tape, l’écume arrive près du radar soit à 30 mètres de haut », a observé l’agent de liaison pour Sorecal, Antonin Le Trocquer. Aujourd’hui encore, 18 membres d’équipage du Kea Trader (en grande majorité Philippins) et une dizaine d’experts de l’Ardent sont à bord du porte-conteneurs. Ils produisent leur propre électricité mais ont parfois du mal avec l’eau douce car le navire est posé sur un récif avec peu de fond. Un hélicoptère les approvisionne en eau potable. Il se dit, dans le milieu maritime, qu’il faudrait encore « un à deux mois » pour déséchouer le bateau.

Noémie Debot-Ducloyer, à Nouméa pour Mer et Marine

 

Sauvetage et services maritimes