Construction Navale
Kership Lorient : Inquiétudes sur le maintien du plan de charge
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Kership Lorient : Inquiétudes sur le maintien du plan de charge

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Racheté l’an dernier à STX France par Kership, société commune de Piriou et DCNS, le chantier du Rohu à Lanester, près de Lorient, a tourné ces derniers mois à plein régime. Mais la situation pourrait rapidement se dégrader en raison d’un manque de commandes : « A partir d’octobre prochain et jusqu’à la fin mars, nous avons un gros creux de charge et avons été informés d’un risque de chômage partiel », s’inquiète la CGT.

Après avoir achevé la coque du nouveau ferry de Groix, mise à l’eau fin mai et désormais en armement à Lorient (Keroman), Kership Lorient, qui compte 45 salariés, n’a plus dans son plan de charge que le troisième bâtiment de soutien et d’assistance hauturier (BSAH) destiné à la Marine nationale (les trois autres sont réalisés par Piriou à Concarneau), ainsi que des blocs de frégates multi-missions produits en sous-traitance pour DCNS. Il s’agit de structures métalliques destinées aux futures FREMM Normandie et Alsace, qui doivent être livrées fin 2019 et en 2021 à la flotte française. Resteront ensuite des blocs pour la dernière frégate de la série, la Lorraine, prévue pour être achevée en 2022. « Lors de la reprise du chantier, DCNS s’est engagé à fournir 50.000 heures de travail par an à Kership Lorient mais nous ne sommes pas certains que cette charge sera totalement assurée puisque le site lorientais de DCNS voit lui-même sa charge baisser », souligne un responsable syndical. De fait, après avoir fourni beaucoup de travail au Rohu ces derniers mois, DCNS devrait réduire les transferts pour continuer d’alimenter ses propres ateliers.

Baisse de charge chez DCNS

Ce fléchissement de l’activité de l’établissement lorientais du groupe naval intervient en fait après un pic d'activité lié à la réalisation de la corvette égyptienne Elfateh, désormais en essais et qui sera livrée en septembre. Dans le même temps, on assiste au ralentissement de la cadence de production des FREMM, qui était jusqu’ici d’une unité par an. Ainsi, la fabrication de la Normandie a été étalée de six bons mois afin de lisser la charge avec les deux dernières frégates de la série (Alsace et Lorraine), celles qui seront dotées de capacités de défense aérienne renforcées. La machine sera relancée avec le programme des nouvelles frégates de taille intermédiaire (FTI), mais la tête de série ne verra pas sa construction commencer avant 2019. En attendant que la production de ce nouveau bâtiment monte en puissance, DCNS n’a donc que peu de sous-traitance à offrir.

Une trop forte dépendance aux marchés publics 

La charge provenant du groupe naval ne doit, toutefois, constituer qu’une force d’appoint. Le vrai problème, pour Lorient, c’est le manque de commandes enregistrées par Kership. Après avoir servi à délester le chantier Piriou de Concarneau, qui ne pouvait assumer seuls tous les contrats engrangés avec la Marine nationale et l’administration des Taaf, il va falloir trouver des relais de croissance. Or, Kership, qui devait selon ses actionnaires devenir un champion français sur le segment des patrouilleurs et bâtiments multi-missions, a depuis sa création en 2014 rencontré un succès très relatif. Car si l’on enlève les commandes publiques (B2M et BSAH), la nouvelle société n’a guère remporté qu’une victoire commerciale pour le moment, celle du bâtiment hydro-océanographique multi-missions (BHO2M) commandé par le Maroc il y a un an et qui sera livré par Concarneau mi-2018. Il va donc falloir d’urgence percer à l’international et sortir de la dépendance à la commande publique, qui n’est ni saine ni pérenne, même si elle peut encore, pour un temps du moins, sortir Kership de l’ornière.  

BATSIMAR dans le viseur

La direction n’a pas encore souhaité réagir pour le moment à l’inquiétude exprimée par la CGT. On sait néanmoins l’entreprise mobilisée pour décrocher de nouvelles commandes, plusieurs fers étant au feu, notamment sur le marché export. La société commune de Piriou et DCNS se positionne aussi résolument sur le futur programme des bâtiments de surveillance et d’intervention maritime (BATSIMAR). La marine française en veut 18 afin de remplacer ses avisos et patrouilleurs en Métropole et Outre-mer. Il s’agit donc d’un contrat majeur par le nombre d’unités à réaliser, aucun chantier français ne pouvant d’ailleurs assurer seul une telle charge, surtout à la cadence souhaitée, avec jusqu’à 5 livraisons par an envisagées. C’est pourquoi la logique voudrait que Kership s’allie à un autre industriel, par exemple CMN, pour cette compétition, qui doit normalement passer par un appel d’offres européen. Quoiqu’il en soit, BATSIMAR ne pourra, au mieux, être mis sur les rails qu’en 2018 et, même si les Bretons ont de sérieux espoirs de l’emporter, et de puissants appuis politiques, rien n’est pour le moment acquis.

Intérimaires et travaillleurs détachés comme variable d'ajustement

Consciente que l’embellie des derniers mois n’allait probablement pas durer à Lanester, la direction de Kership, prudente, ne s’était heureusement pas lancée dans une grande vague de recrutements, préférant avoir recours à des intérimaires et de nombreux travailleurs détachés. S’y sont ajoutés quelques sous-traitants habituels de DCNS. Une main d’œuvre externe qui va pouvoir servir de variable d’ajustement pendant la phase de sous-charge. Mais ce ne sera peut-être pas suffisant, d’où la menace de chômage partiel cet hiver.

Changement de directeur

Il n’y aurait, en tous cas, pas péril en la demeure et il n’est pas question à ce stade de fermer le chantier. Mais il est clair que ce dernier est dans une situation délicate, non seulement au regard de la baisse de charge qui se profile, mais aussi de ses résultats. Selon la CGT, la direction a présenté lors du Comité d’entreprise du 12 juin « des chiffres catastrophiques pour cette année », le syndicat s’interrogeant sur les raisons de cette situation : « soit il y a un problème de gestion soit les bateaux ont été vendus à un prix trop bas, on ne sait pas ». Jean-Marc Estival, qui dirigeait le site depuis la reprise par Kership en octobre 2016, a en tous cas été débarqué et remplacé par David Rocaboy, ancien dirigeant de Timolor et qui assurait auparavant la gestion du ferry de Groix.

 

Piriou Naval Group (ex-DCNS)