Construction Navale

Reportage

Kleven : La pêche et les navires complexes succèdent à l’offshore

100 ans d’histoire familiale au fond des fjords et un carnet de commandes toujours plein et diversifié : le chantier Kleven tire son épingle du jeu dans la tourmente qui agite actuellement l’industrie navale norvégienne. « Peut-être parce que ce sont encore les actionnaires familiaux  de la troisième génération qui sont aux commandes, et que sur les 12 membres du conseil d’administration, 11 sont des femmes », suggère malicieusement Ellen Kvalsund de Kleven. Le groupe, qui compte deux sites (Ulsteinvik et Myklebust), est actuellement le plus important constructeur naval de Norvège.

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Ce qui est certain, c’est que le choix du groupe de ne pas avoir de design propre et de se focaliser sur la fabrication semble payant. Après avoir surfé, comme tous ses concurrents, sur la vague de la servitude offshore, Kleven a rapidement pris la tangente quand l'industrie s’est effondrée. Les chiffres sont éloquents : en 2014, les 8 navires en construction étaient tous destinés à l’offshore et tous norvégiens ; en 2016, sur les 16 navires en commande, 14 sont étrangers et seule la série des AHTS de Maersk Supply Services est dans le secteur de l’offshore. Ce dernier contrat, signé en 2014, n’aurait, selon les représentants du chantier, « sans doute pas été signé actuellement ».

 

(© KLEVEN)

 

En quelques mois, Kleven a enregistré la commande d’un câblier, destiné à ABB, d’un navire minier pour la Namibie, de transporteurs de poissons vivants, de bateaux de pêche et de deux navires d’expéditions pour un milliardaire néo-zélandais. Et, bientôt, les futurs navires d’Hurtigruten, dont la commande doit être prochainement affermie. « Des navires complexes, que nous remportons avec nos partenaires designers, et pour lesquels nous avons beaucoup investi ». Pour pouvoir se positionner sur des navires aussi techniques et exigeants en termes de rentabilité, Kleven a lancé un important plan de modernisation de 500 millions de couronnes norvégiennes (53 millions d’euros).

 

Le yacht d'expédition Ulysse(© KLEVEN)

Le navire minier de DeBoers (© KLEVEN)

Le futur câblier d'ABB (© ABB)

 

« Nous avons beaucoup misé sur la robotisation et notamment pour la soudure. Nous avons acquis une machine qui nous permet de souder de l’acier de 5 mm à la vitesse de 80 mètres par heure », précise-t-on au chantier. Cette technique, mise au point avec l’école d’ingénieurs norvégienne du NTNU, permet également de ne souder, conventionnellement ou au laser, qu’une seule face de l’acier, offrant un gain de temps considérable.

 

(© MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« C’est sans doute cet investissement, unique au monde pour un chantier de notre taille, qui nous a permis de nous positionner favorablement sur le contrat Hurtigruten, dont le cahier des charges sur l’épaisseur des tôles va être très technique ». Comme pour la majeure partie des navires en construction dans le chantier, une partie des blocs est fabriquée en Pologne. Kleven se garde la construction des ensembles les plus complexes, comme les superstructures ou la salle des machines. « C’est là où nous pouvons utiliser nos avantages techniques ». 

 

Le site d'Ulsteinvik (© KLEVEN)

Myklebust, spécialisé dans la construction pêche et la réparation (© KLEVEN)

 

Le site de Myklebust, qui dispose d’un dock flottant, est de plus en plus dédié à la réparation, aux transformations - comme le Skandi Arctic actuellement en cours de conversion vers un navire de stimulation de puits - et aux bateaux de pêche. Quatre d’entre eux figurent actuellement sur le carnet de commandes de Kleven, dont le nouveau chalutier des Français Euronor-Compagnie des Pêches de Saint-Malo. « Une belle surprise pour nous qui venons historiquement de la pêche. Nous pensions que cette ère était définitivement passée ». Kleven capitalise donc sur les compétences des employés du site de Myklebust, qui ont pour beaucoup connu la construction des bateaux de pêche. « C’est une diversification passionnante, que nous allons continuer à développer à côté de tous les autres secteurs dans lesquels notre technicité nous permet d’être compétitif ». Kleven veut désormais jouer au niveau mondial et entend bien s’en donner les moyens.

 

Kleven Maritime