Marine Marchande
Kreiz er Mor : Une seconde vie à Madagascar

Reportage

Kreiz er Mor : Une seconde vie à Madagascar

Marine Marchande

De 1977 à 2008, il a assuré la liaison maritime entre Lorient l’île de Groix. En 2018, il reprendra du service à Madagascar sur une nouvelle ligne commerciale vers les Comores. A Nantes, l’ex-Kreiz er Mor est en plein travaux.

Le navire, qui n’a pas pris la mer depuis 2010 et attendait depuis bien longtemps sous le pont de Cheviré, a été remorqué le 9 octobre au chantier de l’Esclain, où la restauration du bateau a débuté une semaine plus tard.

 

Le Kreiz er Mor au chantier de l'Esclain la semaine dernière  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Kreiz er Mor au chantier de l'Esclain la semaine dernière  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Sept ans d’attente

Construit il y a 40 ans dans l’estuaire de la Loire, au chantier Chauvet de Paimboeuf, le Kreiz er Mor, désarmé en 2008, avait été vendu en 2010 par le Conseil général du Morbihan à la compagnie Finist’Mer, qui envisageait de s’en servir pour développer de nouvelles lignes en Bretagne. Mais le bateau ne reprendra finalement pas du service et, dès 2010, des projets alternatifs émergent. Son nouveau propriétaire envisage une transformation du Kreiz er Mor en bâtiment de soutien scientifique, alors que la piste d’une exploitation pour le transport de marchandises entre Madagascar et les Comores est aussi évoquée. C’est cette dernière solution qui l’emporte et, dans cette perspective, l’ancien courrier de Groix est revendu à un armateur comorien. Le projet rencontre néanmoins des difficultés et finit par s’enliser, alors que le bateau se dégrade au fil des années dans le port de Nantes.

 

En 2011 à Saint-Nazaire  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En 2011 à Saint-Nazaire  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En attente dans le port de Nantes en 2012  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En attente dans le port de Nantes en 2012  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En attente dans le port de Nantes en 2012  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En attente dans le port de Nantes en 2012  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Créer une ligne régulière au départ de Majunga

C’est en avril dernier qu’enfin, les choses bougent. De nouveaux acteurs rejoignent le projet, qui prend en plus de sa finalité commerciale une dimension associative. Entrepreneurs et armateurs à Madagascar depuis une vingtaine d’années, deux frères originaires de Marseille, Grégory et Patrick Psalida, s’associent au propriétaire du navire et organisent la remise en service du Kreiz er Mor. « Le navire assurera une liaison régulière, avec deux à trois rotations par mois, entre Majunga, sur la côte nord-ouest de Madagascar, et les Comores. Il acheminera principalement des denrées alimentaires, en particulier des légumes, et tout autre type de fret à destination du marché comorien. Il pourra aussi transporter jusqu’à 150 passagers, une capacité moindre qu’auparavant puisqu’il pouvait accueillir plus de 500 personnes sur la ligne vers Groix  », explique Patrick Psalida. Le projet doit permettre de soutenir l’économie locale dans ce pays très pauvre : « Il n’existe aujourd’hui aucune liaison régulière alors qu’il y a un commerce à développer. L’idée est donc de d’inventer quelque chose qui crée du développement économique et de l’emploi ».

Un bateau tropicalisé et simplifié

Pour cela, le navire de 435 GT de jauge, long de 39 mètres pour une largeur de 10.5 mètres, est « tropicalisé ». Il faut en effet adapter l’ancien transbordeur, qui a passé 40 ans dans les eaux bretonnes, à ses nouvelles conditions d’exploitation en région chaude. Cela passe par le conditionnement d’air ou encore l’installation de prises reefer sur la plage avant, où les panneaux de cale vont être soudés, cet emplacement étant aménagé pour accueillir trois conteneurs de 20 pieds réfrigérés. Cela participe aussi de l’un des grands volets du chantier d’adaptation : simplifier le navire pour tenir compte des usages malgaches, qui ne sont pas les mêmes qu’en Europe. Ainsi, en plus de la condamnation des panneaux de cale, la grue à l’avant, qui n’a d’ailleurs du temps du service Groix-Lorient jamais vraiment servi, va être démantelée et ne sera pas remplacée. Car la manutention, à Madagascar et à Moroni aux Comores, sera essentiellement réalisée manuellement par des dizaines de personnes. Quant aux marchandises les plus lourdes, dont les conteneurs et éventuellement des véhicules, ils seront chargés et débarqués par les moyens de levage présents dans les ports desservis.

 

La porte de bordé sur tribord est démontée (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La porte de bordé sur tribord est démontée (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)