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La Bulgarie se positionne pour construire des anneaux de frégates multi-missions

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La Bulgarie se positionne pour construire des anneaux de frégates multi-missions

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La presse bulgare a fait état cette semaine du positionnement du chantier Bulyard Shipping Industry pour la construction de blocs destinés aux futures frégates franco-italiennes. Selon le journal Dnevnik, BSI fait partie d’une « short list » établie à l’issue d’une consultation réalisé en 2005 par Armaris, filiale commune de DCN et Thales, chargée des marchés à l’export et en coopération. Lancé en octobre dernier, le programme FREMM doit voir la construction de 17 frégates pour la marine nationale et 10 navires pour la Marina militare. Le groupe bulgare a lancé, cette année, un important plan de modernisation de son outil de production et de formation de ses personnels. L’obtention d’un contrat avec l’industrie française « permettrait à BSI d’obtenir une solide position de construction et de réparation navale pour les navires de la mer Noire et de la Méditerranée », affirme le président de Bulyard, Friedrich Katzer, qui souligne que, « pour décrocher un contrat avec Armaris, nous avons acheté une licence pour l’utilisation de Tribon ». Ce logiciel d’architecture navale, utilisé par certains bureaux d’études européens, comme ceux des Chantiers de l’Atlantique, n’est, toutefois, pas celui prévu pour le programme FREMM. En plus du logiciel Cadds 5, DCN utilisera, cette fois, Napa, pour les études de stabilité et d'hydrolique (en remplacement d'Argos). Trois logiciels sont également en lice pour les avant-projets, Intergraph, Catia (Matra-Dassault) et l'espagnol Foran. Ce dernier aurait la faveur des ingénieurs.

En attente de Barracuda et du second porte-avions

Si, du côté de DCN, on ne nie pas que le chantier bulgare ait pu être consulté, on se veut toutefois très clair : « le montage industriel des Fremm ne sera pas annoncé avant que nous soyons fixés sur Barracuda et PA 2 ». La notification du contrat des sous-marins nucléaires d’attaque de nouvelle génération est attendue en juin. Presque aussi important que celui des frégates, ce programme de 6 milliards d’euros doit assurer le plan de charge de DCN Cherbourg et, dans une moindre mesure, celui de DCN Nantes-Indret, entre 2008 et 2022. En terme de charge, un Barracuda équivaudrait à dix Scorpene… Décrocher ce marché est donc vital pour les anciens arsenaux. Le projet de second porte-avions concerne plus particulièrement Brest, qui participe aux études et doit gérer la phase d’armement du navire. Cet hiver, le président de DCN, Jean-Marie Poimboeuf, a assuré que les creux de charges rencontrés à Cherbourg et Brest seraient comblés, si besoins, avec la réalisation d’anneaux destinés aux FREMM. Ce transfert d’activité ne sera, bien évidemment, pas de la même ampleur si Barracuda et PA2 venaient à être signés rapidement. En revanche, cette mesure ne restera, quoiqu’il arrive, qu’un expédiant. La construction de blocs ne concerne en effet que quelques spécialités, comme les « coquiers ». Utiliser au maximum les capacités de Cherbourg pour la fabrication d'anneaux n'équivaudrait qu'à remplir 10% de la charge totale de l’établissement. L’entreprise ne peut donc compter sur les frégates que pour combler, sur une courte période, les aléas budgétaires impactant la montée en puissance d’autres projets majeurs.

La Pologne bien placée

De manière très classique, la FREMM n°1, dont la découpe de la première tôle est attendue en 2007, sera intégralement construite à Lorient. A partir de la seconde, et surtout de la troisième unité, le rythme de production va s’accélérer, menant à une saturation rapide des capacités morbihannaises de DCN. Selon certaines sources, au moins 60% de la coque pourrait, alors, être sous-traitée à l'extérieur, Lorient restant chargé de l’assemblage et de l’intégration finale des bâtiments. Au cas où Barracuda et PA 2 prendraient du retard, les sites de Brest et Cherbourg seraient les premiers sollicités. Ce transfert ne devrait, toutefois, pas être suffisant. D’autres industriels se positionnent donc pour la construction des sections, notamment à l’étranger. Logiquement, la Pologne serait en première ligne, les chantiers de Gdansk ayant réalisé la partie arrière des BPC du type Mistral. Le recours à la sous-traitance extérieure, française ou européenne, sera d’autant plus important que les autres programmes respecteront le planning fixé initialement. Outre le problème de la cadence, avec trois navires à livrer tous les deux ans, DCN est également confrontée à un challenge très strict en terme de coûts. Toutes les solutions pour tenir dans une enveloppe budgétaire très serrée sont donc bonnes à prendre. Le prix d’une frégate multi-missions est donné à 280 millions d’euros, soit 30% de moins que ses équivalentes européennes.

Les corvettes bulgares

Le remous bulgare intervient au moment où le projet Gowind semble au point mort. Fin 2005, il a beaucoup été question de la vente à Sofia de quatre corvettes. Ces navires, qui pourraient, ou auraient pu, être financés par l’Europe, sont spécialement conçus par DCN pour le marché export. Le projet prévoyait une construction éventuelle des bateaux sur la mer Noire. C’était, toutefois, sans compter avec un adversaire commercial improbable, à savoir la Belgique. Bruxelles, qui recevra en 2007 deux frégates néerlandaises du type Karel Doorman, va se séparer de ses unités du type Wielingen. Les autorités belges auraient entamé des pourparlers avec la Bulgarie, en vue de transférer les frégates Wielingen, Wesdiep et Wandelaar. Ces navires, livrés en 1978, ont été récemment refondus et remotorisés. Ils constituent donc un excellent compromis coût/performances pour une marine de petite taille. Tout ne serait, ceci dit, pas perdu pour DCN. Le prix des frégates multi-missions étant particulièrement attractif, « il pourrait y avoir des opportunités avec FREMM », confie-t-on dans l’entourage de l’industriel.
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Voir la fiche technique des frégates multi-missions

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