Marine Marchande
La capitaine du Sea-Watch 3 libérée par la justice italienne

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La capitaine du Sea-Watch 3 libérée par la justice italienne

Marine Marchande

C’est un camouflet pour Matteo Salvini, qui voulait faire de Carola Rackete un exemple. Arrêtée par la police samedi dernier à Lampedusa peu après avoir forcé le blocus des autorités italiennes pour débarquer les 41 migrants qu’elle avait à son bord depuis 17 jours, la capitaine du Sea-Watch 3 était depuis sous le coup d'une assignation à résidence. Elle a été remise en liberté hier. La justice italienne en a décidé ainsi, le tribunal sicilien d’Agrigente estimant qu’elle ne devait pas être maintenue en détention alors que le parquet continue de vérifier s’il existe suffisamment de preuves pour l’inculper formellement. Une enquête qui pourrait prendre beaucoup de temps.

En attendant, la juge a estimé que le décret du ministre italien de l’Intérieur sur la sécurité et l’immigration clandestine, sur la base duquel Carola Rackete aurait pu être poursuivie, n’était « pas applicable aux actions de sauvetage mais seulement aux passeurs ». Selon l’ONG Sea-Watch, la magistrate a par ailleurs repoussé les faits présumés d’agression à l’encontre d’un navire militaire italien. Il s’agit de l’affaire de la vedette de la Guardia di Finanza qui a tenté d’empêcher l’accostage du Sea-Watch 3 en se plaçant entre le navire et le quai, pour finalement se retirer face au risque d’être coincée alors que le bateau humanitaire manoeuvrait très lentement mais résolument.  « Le juge a contesté le crime de violence à l’encontre d’un navire de guerre et a estimé que la résistance aux agents était justifiée "dans l'exercice d'un devoir", le devoir de sauver des vies en mer ». Enfin, le tribunal a selon l’ONG souligné que la décision de Carola Rackete de rejoindre Lampedusa était « obligatoire car la Lybie et la Tunisie ne pouvaient être considérés comme des ports sûrs », notion inscrite dans le droit maritime international pour le débarquement de personnes sauvées en mer.

Faute de mieux, le ministre de l’Intérieur italien, qui fustigé la décision du tribunal d’Agrigente, a annoncé que la jeune capitaine de 31 ans, présentée par Matteo Salvini comme « dangereuse pour la sécurité nationale », allait faire l’objet d’une procédure d’expulsion vers l’Allemagne. Une décision qui doit toutefois être validée par la justice italienne. A sa sortie du tribunal, Carola Rackete s’est pour sa part dite « soulagée de la décision du juge, dans laquelle je vois une grande victoire pour la solidarité envers les réfugiés, les migrants et les demandeurs d’asile, et contre la criminalisation des gens qui viennent en aide aux autres dans de nombreux pays d’Europe ».  

On rappellera que l’ancienne capitaine du Sea-Watch 3, Pia Klemp, comparait actuellement devant la justice italienne. Elle fait l’objet d’un procès pour « aide et de complicité à l'immigration illégale » de 2016 à 2017 et encourt jusqu'à 20 ans de prison. 

 

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