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La Chine va construire des paquebots du type Carnival Vista

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Le groupe italien Fincantieri et les chantiers China State Shipbuilding Corporation ont annoncé ce vendredi la signature d’un protocole d’accord portant sur la construction en Chine de deux paquebots (plus deux en option) destinés au marché local de la croisière. Alors que la tête de série est livrable à partir de 2022, ces navires seront basés sur le design du Carnival Vista, un bateau de 324 mètres de long, 37 mètres de large, 133.500 GT de jauge et 1967 cabines livré au printemps dernier par le site Fincantieri de Monfalcone à la compagnie américaine Carnival Cruise Lines. Son sistership, le Carnival Horizon, sortira quant à la lui du chantier italien de Marghera en mars 2018.

Alliance sino-américano-italienne

Adaptées aux spécificités du marché chinois, les deux unités qui seront produites en Chine verront le jour chez Shanghai Waigaoqiao Shipbuilding (SWS), l’un des chantiers les plus performants de CSSC et qui a une bonne expérience des navires à passagers. Les futurs paquebots seront exploités par une société commune formée par le groupe Carnival Corporation, CSSC et le fonds souverain chinois CIC Capital. Cette JV, dont la création a été annoncée en 2015, n’est à ce jour par encore opérationnelle. Le protocole d’accord conclu pour la réalisation de ses premiers paquebots, qui n’est pour l’heure pas encore engageant, dépend de la mise en route effective de la nouvelle société sino-américaine.

Au niveau des chantiers, cette annonce fait suite à l’accord conclu en juillet dernier par Fincantieri et CSSC pour la création d’une société commune. Celle-ci a pour objectif de permettre aux chantiers chinois de produire localement des paquebots sur la base de plateformes développées par Fincantieri et réalisées sous licence, avec l’assistance technique italienne. Un projet directement lié à celui de la joint-venture formée par Carnival, CSSC et CIC Capitals pour développer la première grande compagnie de croisière chinoise.

 

Le Carnival Vista (© FINCANTIERI)

 

Garder en Italie les plateformes innovantes et maintenir des verrous technologiques

Alors que l’armateur américain est le client principal de Fincantieri, le groupe italien, vivement critiqué en Europe pour le transfert de technologie qu’il va opérer en Chine, assure que les navires qui y seront réalisés sont uniquement destinés au marché asiatique. Le constructeur a, de plus, conservé la haute main sur certains éléments clés et fournira directement certains équipements critiques, le détail de ces sauvegardes en matière de technologie et de savoir-faire n’ayant pas encore été révélé. On notera par ailleurs que l’architecture des paquebots de la classe Vista s’appuie sur une base déjà ancienne puisqu’il s’agit de l’ultime évolution d’un design né dans les années 90 avec les Carnival Destiny. Depuis, ce modèle a, toutefois, été largement modernisé et optimisé, intégrant de multiples améliorations et un certain nombre d’avancées technologiques. Sans oublier un agrandissement progressif au fil des classes (Destiny, Conquest, Dream, Vista), dont certaines ont été par souci de mutualisation et de réduction des coûts déclinées pour Costa (Concordia, Diadema), l’une des principales filiales de Carnival. Pour autant, les Vista ne représentent pas un prototype innovant, Fincantieri souhaitant bien entendu conserver pour ses propres chantiers l’avance technologique des plateformes les plus modernes qu’il est en train de développer.

 

Le Carnival Vista en construction en juin 2015 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un coup de pouce à une future concurrence ?

Cela étant, de nombreux experts et professionnels de la construction navale estiment que malgré les précautions prises par les Italiens, ce partenariat devrait faire gagner de précieuses années aux chantiers chinois, avec le risque de les voir à plus ou moins long terme venir concurrencer directement leurs homologues européens. D’autant que le marché asiatique est, aujourd’hui véritablement considéré par l’industrie de la croisière comme le principal levier de croissance des 20 prochaines années. De fait, les chantiers européens voient une part de plus importante de leur carnet de commandes constitué de navires conçus dès l’origine pour être exploités en Asie. C’est le cas par exemple de Fincantieri et certaines marques du groupe Carnival, avec des unités comme le Majestic Princess (145.000 GT, 3600 passagers), livrable en 2017, ou encore les deux nouveaux navires de Costa Asia (135.500 GT et 4200 passagers), attendus en 2018 et 2019.

Le marché chinois en plein essor

L’alliance entre CSSC, Fincantieri et Carnival pourrait donc changer la donne sur le marché de la croisière en boostant la montée en puissance des chantiers chinois. La volonté de Pékin est d’autant plus forte que la navale dans le pays, avec le ralentissement des échanges mondiaux, est actuellement en grande difficulté. Or, dans le même temps, les perspectives de croissance de la croisière sont impressionnantes. Un million de Chinois ont opté en 2015 pour des vacances en mer, ils devraient être 4.5 millions d’ici 2020 et, selon les estimations, entre 8 et 10 millions à l’horizon 2030. L’ambition de la Chine est même de devenir à terme le premier pays émetteur au monde, les deux marchés leaders étant aujourd’hui les Etats-Unis (13 millions de passagers, 16 attendus en 2026) et l’Europe (6.5 millions, 11 prévus en 2026). 

 

Fincantieri Chine, Asie du sud-est Carnival