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La Ciotat : Appel à projets pour l’accueil de méga-yachts dans la grande forme

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Alors que les anciens chantiers navals renaissent avec l’entretien, la réparation et le refit de yachts, la SEMIDEP, société d’économie mixte chargée de la gestion et de l’exploitation du site de La Ciotat pour le compte du Conseil général des Bouches du Rhône, vient de lancer un appel à projets pour l’utilisation de la grande forme. Longue de 360 mètres pour une largeur de 60 mètres, celle-ci fait, depuis novembre dernier, l’objet d’importants travaux.

Réduction de la cale sèche et réfection des quais

Il s’agit en particulier de pouvoir positionner le bateau-porte à 200 mètres seulement du fond, de manière à disposer d’une cale sèche plus adaptée à l’accueil des très grands yachts, dont la plupart ont une longueur inférieure à 150 mètres (180 mètres pour l’Azzam, le plus grand actuellement en service). Pour cela, un nouveau seuil est en cours de réalisation afin d’assurer le maintien du bateau-porte, alors qu’une nouvelle station de pompage va être installée. Les bords de forme, conçus pour la construction navale, sont également reconstruits en « nez de quai » et seront équipés pour l’alimentation des yachts en électricité, eau potable et traitement des eaux usées. Le chantier, qui voit aussi la réfection de la voirie autour de la forme, doit s’achever en novembre prochain. Il représente un investissement de 11 millions d’euros.

 

(© H2X)

(© H2X)

 

La « limitation » de la cale sèche permettra d’optimiser les coûts d’exploitation et, surtout, de disposer d’un outil adapté à l’accueil des yachts. De plus, une cale sèche plus courte libérera, pendant les passages en forme, plus de 130 mètres de linéaire de quai de chaque côté de l‘ouvrage, laissant ainsi de la place supplémentaire pour les travaux sur des navires à flot.

Traiter des navires plus grands

De cette manière, tout en conservant de l’espace pour les chantiers à quai, les opérateurs présents sur le site pourront accueillir des yachts plus gros. Alors que le portique des anciens chantiers ne peut lever que 600 tonnes, l’ascenseur actuellement utilisé pour mettre les bateaux sur les terre-pleins n’offre qu’une capacité de 2000 tonnes, ce qui empêche La Ciotat de traiter à sec des unités de plus de 100 mètres (les plus grands accueillis actuellement mesurent autour de 90. La transformation de la forme est donc perçue comme un véritable atout pour les acteurs locaux, en plein essor et qui sont actuellement limités dans leur développement. Une trentaine d’entreprises, représentant environ 700 emplois, sont pour mémoire installées sur les 34 hectares du site des anciens chantiers de La Ciotat, avec cinq opérateurs principaux : Monaco Marine, Composite Works, H2X, Classic Works et Sailing Concept.

 

(© MONACO MARINE)

(© MONACO MARINE)

 

C’est dans ce contexte qu’intervient l’appel à projets de la SEMIDEP, dont la nouvelle direction a clairement décidé de soutenir l’essor du pôle de grande plaisance de La Ciotat. Après des années sans grand mouvement, probablement pour des questions politiques entre collectivités, les élections de 2015 (qui ont vu le départ de Jean-Noël Guérini, ancien président du Département), ont en effet relancé les projets de développement.

L’appel à projets pour l’utilisation de la forme et de surfaces

Dans son appel à projets, la SEMIDEP indique vouloir « recueillir des propositions d’opérateurs de réparation ou de conversion de yachts de plus de 80 mètres en vue de la conclusion d’un accord de partenariat stratégique matérialisé, à titre principal, par l’attribution d’une convention d’occupation portant sur le droit d’occuper de façon privative une grande forme de radoub de 200m*60m, pour une durée maximale de 35 mois sur le domaine public portuaire placé sous sa gestion ». L’utilisation de surfaces autour de la nouvelle forme est également prévue, jusqu’à 10.000 m² de terrain étant disponibles hors surfaces utilisées par les opérateurs actuellement présents sur le site.

 

(© MONACO MARINE)

(© MONACO MARINE)

 

36 mois d’ « expérimentation »

La durée de la convention, soit moins de trois ans, parait extrêmement courte. « C’est une période pendant laquelle celui qui va investir et la SEMIDEP vont se mettre en place. Il s’agit d’une expérimentation, afin de jauger le marché, avec derrière l’idée d’attribuer une AOT (autorisation d’occupation temporaire, ndlr) beaucoup plus longue. Nous discuterons ensuite de la durée exacte de cette future concession en fonction des investissements », explique-t-on à la SEMIDEP, où l’on précise que le candidat retenu pour l’actuel appel à projets devra aussi faire ses preuves pendant ces 35 mois. « Si l’expérience n’est pas démonstrative, il pourra très bien y avoir un autre candidat pour l’AOT longue ».

 

(© SEMIDEP)

(© SEMIDEP)

 

Les acteurs locaux craignent l’arrivée d’un gros opérateur étranger

Les industriels locaux ont évidemment été invités à postuler à cet appel à projets, pour lequel les dossiers doivent être déposés d’ici le 29 avril. Mais il n’y a guère que les opérateurs les plus importants, à l’image de Monaco Marine et Composite Works, qui paraissent susceptibles de pouvoir se positionner. A La Ciotat, où l’activité liée à la grande plaisance se développe rapidement depuis une dizaine d’années (l’élévateur à bateaux date de 2007), le volontarisme de la SEMIDEP est salué. Mais on s’inquiète aussi de l’arrivée potentielle d’un troisième gros acteur sur le site, surtout s’il s’agit d’un groupe étranger : « La Ciotat dispose d’un très grand potentiel et on peut imaginer que tous les grands acteurs internationaux, à commencer par les Allemands et les Néerlandais, s’intéressent à ces capacités. Ça ne peut évidemment pas arranger les entreprises en place, qui ont besoin de place pour répondre à la demande croissante de leurs clients. Ce serait donc dommage d’aller chercher ailleurs ce que l’on peut développer en France ». Du côté de la SEMIDEP, on rappelle que les appels à projets doivent être légalement ouverts au niveau européen et on assure qu’il n’y a pas de parti pris : « Le seul objectif de cette opération est d’optimiser en termes d’activité, de chiffre d’affaires et d’emploi l’utilisation de la grande forme. Si un opérateur déjà présent démontre sa capacité à répondre à ces enjeux, il n’y a aucune raison qu’il ne soit pas retenu ». 

 

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