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La Ciotat : L’Allemand Blohm+Voss retenu pour exploiter la grande forme

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La Ciotat : L’Allemand Blohm+Voss retenu pour exploiter la grande forme

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« Un choc », « une catastrophe »… Les mots, qui surprennent par leur force, sont ceux entendus hier soir chez des industriels français candidats à l’exploitation de la grande forme de La Ciotat. Des acteurs encore sonnés par ce qu’ils considèrent comme un coup de massue suite à la désignation du groupe allemand Blohm+Voss.

Un poids lourd du secteur

Suite à l’appel à projets lancé en mars dans le cadre du développement des activités de réparation, maintenance et refonte de très grands yachts, la SEMIDEP, société d’économie mixte chargée de la gestion et de l’exploitation du site de La Ciotat pour le compte du Conseil général des Bouches du Rhône, a donc désigné Blohm+Voss. C’est un poids lourd du secteur, l’un des principaux constructeurs européens de méga-yachts, et un industriel qui dispose en plus des produits neufs d’une importante activité de réparation navale. L’offre allemande a été préférée à celles présentées par Monaco Marine et Compositeworks, déjà installés à La Ciotat. « Cette proposition a, en effet, été jugée la mieux-disante sur la base des trois critères de l’appel à projets, à savoir : - La qualité du projet envisagé, notamment en terme de développement d’activités et d’emplois pour notre territoire ; - La crédibilité de la candidature, au regard notamment des garanties professionnelles, techniques et financières apportées ; - La qualité de la proposition financière, notamment en regard du partage de la richesse créée avec la SEMIDEP ; Le Conseil d’administration a jugé que le projet de la société Blohm+Voss, centré sur l’accueil dans la grande forme de refit de méga-yachts de plus de 80 mètres offrait les meilleures perspectives de développement à long terme pour le territoire et pour l’emploi local », explique la SEMIDEP.

Un acteur prestigieux pour gagner le marché méditerranéen et nord-européen

Avec le groupe allemand, le gestionnaire de La Ciotat entend profiter d’un nom prestigieux dans l’univers de la grande plaisance pour développer l’activité du site, et pas seulement sur le marché méditerranéen. « La société Blohm+Voss est un grand nom du yachting mondial, spécialiste de refits d’envergure. Elle a aussi à son actif la construction de trois des cinq plus grands yachts existants. Elle prévoit de s’implanter durablement à la Ciotat, en créant une filiale locale autonome qui bénéficiera du transfert de son savoir-faire industriel et commercial. L’implantation de Blohm+Voss offre ainsi l’opportunité au site de la Ciotat de se différentier vis-à-vis de ses concurrents en Méditerranée, et d’aller concurrencer les chantiers d’Europe du Nord sur les plus gros projets. Ce faisant, la Ciotat Shipyards prend une longueur d’avance décisive par rapport à ses concurrents sur un marché du refit en évolution rapide du fait de la course au gigantisme dans le monde du yachting ».

Calmer les craintes des industriels français

Du côté des industriels locaux, c’est donc la douche froide et, après la stupeur, il y a aussi des craintes. On redoute, dans un univers très concurrentiel où les secrets sont jalousement gardés, des effets pervers, en particulier la fuite des navires réalisés par les principaux concurrents du constructeur allemand. Cela, alors que les candidats malheureux voulaient précisément conserver à La Ciotat son caractère « multimarques », sans étiquette et donc capable d’accueillir les bateaux de tout le monde. Avec au passage un grand projet d’alliance entre les industriels français qui occupent déjà le site. Mais à la SEMIDEP, on ne voit pas les choses ainsi : « La complémentarité du projet et du positionnement de ce nouvel opérateur avec les opérateurs déjà présents sur le site est un atout important, porteur de nouvelles synergies mutuellement bénéfiques, facteur d’équilibre, de diversification, et de sécurité pour le développement futur du site de La Ciotat (…) Le développement du site va d’ailleurs se poursuivre au-delà de la grande forme, et offrira des perspectives de croissance à toutes les entreprises qui sauront saisir les opportunités qui leur seront offertes. Dans le cadre d’une étude stratégique en cours, la SEMIDEP a d’ores et déjà commencé à étudier les extensions futures du site naval ».

Des centaines d’emplois et des partenariats locaux

Le gestionnaire se montre donc rassurant pour les industriels français et annonce que les Allemands veulent travailler avec le tissu local : « A échéance des 35 mois, la société Blohm+Voss prévoit de créer une centaine d’emplois directs (ce que prévoyaient également les offres françaises, ndlr) sur le site de la Ciotat, auxquels s’ajouteront 400 emplois environ dans les entreprises locales cotraitantes. Pour la mise en oeuvre de sa stratégie, elle compte s’appuyer sur des partenariats forts et équilibrés au niveau local et rencontrera dans les tous prochains jours les entreprises du secteur présentes à La Ciotat et dans ses environs pour envisager la mise en œuvre rapide de collaborations concrètes. Le Conseil d’administration se félicite de la volonté de la société Blohm+Voss de privilégier la sous-traitance locale et de s’engager fortement, aux côtés des pouvoirs publics et des partenaires sociaux, sur la formation professionnelle, initiale et continue au profit du tissu industriel régional. Ces engagements sont d’autant plus crédibles que la société dispose, en la matière, d’une longue expérience issue du modèle allemand d’apprentissage ».

Une période probatoire de 35 mois

Suite à la décision du Conseil d’administration, des discussions vont s’engager avec Blohm+Voss en vue de signer une convention d’occupation de 35 mois pour la grande forme. Une période considérée comme probatoire à l’issue de laquelle l’industriel et la SEMIDEP pourront décider de poursuivre ou non leur collaboration. Côté financier, ce qui fut apparemment l’un des points forts des Allemands, Blohm+Voss a proposé une redevance basée sur un mécanisme d’intéressement direct de la SEMIDEP, proportionnel au chiffre d’affaires généré par le nouvel opérateur. « Ce mécanisme laisse augurer d’une multiplication par 5 de la redevance perçue jusqu’à présent. Ces sommes permettront de continuer à investir dans le développement du site La SEMIDEP sera, bien sûr, particulièrement vigilante à la réalisation des objectifs affichés par le candidat, dans le cadre de la période probatoire de 35 mois qui lui sera consentie ».

 

La grande forme en travaux (© LA CIOTAT SHIPYARDS)

La grande forme en travaux (© LA CIOTAT SHIPYARDS)

 

Grands travaux pour adapter la forme

Pour mémoire, la grande forme des anciens chantiers de La Ciotat mesure 360 mètres de long pour 60 mètres de large. Depuis novembre 2015, la SEMIDEP a entrepris d’importants travaux sur l’infrastructure. Il s’agit en particulier de pouvoir positionner le bateau-porte à 200 mètres seulement du fond, de manière à disposer d’une cale sèche plus adaptée à l’accueil des très grands yachts, dont la plupart ont une longueur inférieure à 150 mètres (180 mètres pour l’Azzam, le plus grand actuellement en service). Pour cela, un nouveau seuil est en cours de réalisation afin d’assurer le maintien du bateau-porte, alors qu’une nouvelle station de pompage va être installée. Les bords de forme, conçus pour la construction navale, sont également reconstruits en « nez de quai » et seront équipés pour l’alimentation des yachts en électricité, eau potable et traitement des eaux usées. Le chantier, qui voit aussi la réfection de la voirie autour de la forme, doit s’achever en novembre prochain. Il représente un investissement de 11 millions d’euros.

La « limitation » de la cale sèche permettra d’optimiser les coûts d’exploitation et, surtout, de disposer d’un outil adapté à l’accueil des yachts. De plus, une cale sèche plus courte libérera, pendant les passages en forme, plus de 130 mètres de linéaire de quai de chaque côté de l‘ouvrage, laissant ainsi de la place supplémentaire pour les travaux sur des navires à flot.

Traiter des navires plus grands

De cette manière, tout en conservant de l’espace pour les chantiers à quai, des yachts plus gros pourront être accueillis. Alors que le portique des anciens chantiers ne peut lever que 600 tonnes, l’ascenseur actuellement utilisé pour mettre les bateaux sur les terre-pleins n’offre qu’une capacité de 2000 tonnes, ce qui empêche La Ciotat de traiter à sec des unités de plus de 100 mètres (les plus grandes accueillies actuellement mesurent autour de 90 mètres), sachant qu’environ 600 bateaux sont accueillis ici chaque année.  

Actuellement, une trentaine d’entreprises, représentant environ 700 emplois, sont installées sur les 34 hectares du site de La Ciotat, avec cinq opérateurs principaux : Monaco Marine, Composite Works, H2X, Classic Works et Sailing Concept. 

 

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