Science et Environnement
La Comex orpheline de son fondateur

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La Comex orpheline de son fondateur

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Alors que la Comex fête ses 50 ans d'existence, son président et fondateur, Henri-Germain Delauze, s'est éteint à Marseille à l'âge de 82 ans. Né en septembre 1929, cet ingénieur des Arts et Métiers et diplômé en géologiede l'université américaine de Berkeley avait découvert la plongée lors de son service militaire à Madagascar. Il se passionne alors pour le monde sous-marin, espace presque totalement méconnu à cette époque, où seuls quelques militaires et scientifiques ont pu étudier les profondeurs avec des engins encore rudimentaires et parfois réputés comme dangereux. Rejoignant l'équipe de Jacques-Yves Cousteau au début des années 50, il participe aux premiers travaux d'archéologie sous-marine. Puis, après avoir piloté à la construction d'un tunnel routier immergé en baie de La Havane, à Cuba, Henri-Germain Delauze crée en novembre 1961 la Compagnie Maritime d'Expertise. Dans le même temps, il travaille, aux côtés de l'ingénieur Pierre Willm, sur les aspects techniques du bathyscaphe Archimède, premier submersible capable d'atteindre le point le plus bas du plancher océanique. Henri Germain Delauze reste d'ailleurs, 50 ans plus tard, le Français le plus « profond » du monde, après avoir atteint 9545 mètres en immersion le 25 juillet 1962, quelques mois après la naissance de la Comex.

Le bathyscaphe Archimède (© : COMEX)
Le bathyscaphe Archimède (© : COMEX)

Défis techniques et recherche scientifique

Basée à Marseille, la jeune société décolle rapidement, les besoins de travaux en milieu sous-marins étant très importants. Grâce notamment à son expérience cubaine et la notoriété acquise auprès de l'équipe Cousteau, Henri-Germain Delauze décroche ses premiers gros contrats internationaux, qui assurent le démarrage de l'entreprise. « Des chantiers inédits, complexes et risqués qui n'avaient rien d'une sinécure pour les jeunes employés de l'entreprise, mais des chantiers excessivement rentables qui ont apporté le cash flow nécessaire à la mise en route de ce qui allait garantir l'avance technologique de la Comex pour les trente années suivantes : le Centre d'essais hyperbares (CEH), où les médecins, les scientifiques et les ingénieurs allaient progressivement mettre au point les techniques et les outils qui allaient permettre de partir avec succès à la conquête des grandes profondeurs. Les recherches de Xavier Fructus en physiologie de la plongée, la mise au point de mélanges gazeux originaux et l'idée de Delauze d'associer deux techniques alors très expérimentales, la saturation des plongeurs dans un caisson de surface et des tourelles-ascenseurs pour les descendre, déjà en pression, jusqu'à la profondeur voulue : c'est l'association de tous ces travaux et réflexions qui sont à la base de la fulgurante réussite de la Comex », rappelle l'entreprise marseillaise.

Opérations sous-marines  (© : COMEX)
Opérations sous-marines (© : COMEX)

De l'âge d'or du parapétrolier au recentrage des activités

A partir des années 70, la Comex connait son âge d'or avec le développement des champs pétroliers offshores, pour lesquels son expertise est très prisée. La société, qui connait un développement industriel considérable, est alors présente aux quatre coins de la planète et compte près de 3000 salariés, dont 600 ingénieurs et 700 plongeurs. Elle innove constamment, mène des travaux scientifiques très importants sur les interventions en milieu sous-marin et enchaîne les records de plongée, ce qui participe à sa renommée internationale. En 1992, les plongeurs de la Comex parviendront à travailler jusqu'à 701 mètres de profondeur, une performance restée inégalée.
Mais les soubresauts du secteur pétrolier et le développement de la robotique vont fragiliser financièrement l'entreprise. En 1992, Henri-Germain Delauze est contraint de céder sa filiale pétrolière, Comex Services, au groupe américano-luxembourgeois Stolt Tankers & Terminals. La société française se recentre alors sur son savoir-faire technologique et industriel en créant des filiales renommées dans le secteur de la robotique et de l'intelligence artificielle, comme Cybernétix. Elle mène aussi de nombreuses campagnes d'archéologie sous-marine.

Le centre d'essais hyperbares (© : COMEX)
Le centre d'essais hyperbares (© : COMEX)

« Si je devais recommencer, je ferais exactement la même chose »

Aujourd'hui, la Comex se consacre à l'ingénierie hyperbare et aux interventions « sur mesure » dans les domaines de l'océanographie, de la détection, de la bathymétrie, de l'archéologie et de la biologie marine. Un demi-siècle après sa création, elle demeure une référence mondiale, tant pour son rôle de pionnière dans milieu sous-marin que pour ses records, ses défis technologiques et ses recherches scientifiques. « Cinquante ans que la Comex a commencé son aventure, dans ce monde encore presque totalement vierge à l'époque de sa création : les profondeurs marines. Un demi-siècle que cette idée, cette intuition, ce rêve que j'ai eus, sont devenus une longue et belle histoire industrielle, grâce aux centaines, aux milliers d'hommes et de femmes qui ont travaillé pour l'entreprise au fil du temps et aux quatre coins de la planète. Pour moi, et sans doute pour la grande majorité d'entre eux, c'est une fierté d'avoir conduit la Comex là où elle est aujourd'hui, avec une réputation et une notoriété dont je m'étonne encore, vingt ans après que nous ayons quitté le monde de l'offshore pétrolier, sur lequel nous avons construit la réussite qu'on nous reconnait. Une fierté parce que tout au long des ces années, au côté des clients prestigieux qui ont été les nôtres parmi les compagnies pétrolières, les grandes entreprises, les Etats et les institutions, la Comex a constamment participé à l'effort de recherche de la France, à la prospérité de son économie et au rayonnement de sa culture scientifique. Une fierté parce que les actuels et les anciens collaborateurs de l'entreprise sont pour l'essentiel aussi attachés que moi à ce que nous avons accompli dans nos métiers et à ce que nous accomplissons encore avec nos navires et nos équipes, en Méditerranée, en mer Rouge ou dans l'océan Indien. Et dans nos ateliers de Marseille, dédiés à l'hyperbarie, à la physiologie et à la connaissance du milieu marin. Une fierté, encore, parce que la Comex a réussi à vivre cinquante ans sur ses valeurs : la rigueur, la confiance, la créativité, la réactivité, le respect, l'exigence, l'envie. Une ligne de conduite qui a permis de repousser très loin les limites de la plongée humaine et d'ouvrir la voie aux robots toujours plus sophistiqués qui ont désormais remplacé l'homme dans les grandes profondeurs océaniques. Une fierté, enfin, parce que ce demi-siècle de réflexions, de projets, d'échecs et de réussites, aura aidé à défricher, en compagnie des nombreuses autres entreprises, instituts et laboratoires, un univers dont je suis convaincu qu'il continuera longtemps d'offrir à l'humanité des perspectives nouvelles, au fur et à mesure que progresseront les connaissances, alors même qu'il reste encore très largement inexploré », confiait en janvier Henri-Germain Delauze dans un magazine de la Comex spécialement réalisé à l'occasion des 50 ans de la société (*). Et le défunt président de la Comex d'ajouter : « Si je devais recommencer, je ferais exactement la même chose ».
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- VOIR LE MAGAZINE SUR LES 50 ANS DE LA COMEX


Henri-Germain Delauze (© : COMEX)
Henri-Germain Delauze (© : COMEX)