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Reportage

La Confiance : A bord du premier patrouilleur léger guyanais

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Nous vous emmenons aujourd’hui à bord de La Confiance, premier des deux nouveaux patrouilleurs légers guyanais (PLG) de la Marine nationale, sur lequel nous avons pu embarquer avant son grand départ de Brest. Conçu par Bureau Mauric et réalisé par Socarenam, le bâtiment met cette semaine le cap sur la Guyane, où il remplacera La Capricieuse, patrouilleur du type P400 datant de 1987. Il sera rejoint à Dégrad-des-Cannes au printemps par son sistership, La Résolue, qui succèdera à La Gracieuse.

 

La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le début d’une nouvelle phase de renouvellement 

Si la Marine nationale s’est enrichie récemment de frégates de nouvelle génération et de ses premiers bâtiments multi-missions, c’est, en dehors de l’expérience de L’Adroit, la première fois depuis près de 20 ans que la Force d’action navale intègre un patrouilleur flambant neuf, qui plus est réalisé selon ses spécifications. Un vrai évènement au sein de la flotte qui marque le début du processus de renouvellement de ce type de bâtiments. « Ce bateau, c’est la modernisation de la marine qui continue et, après les FDA, les FREMM et les B2M, nous débutons ce processus pour les patrouilleurs », souligne le capitaine de corvette Stanislas Marande, commandant de La Confiance.

 

Le commandant Marande (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La technologie bouleverse l’organisation

De fait, c’est un équipage de 24 marins manifestement motivé et conquis qui a pris en main ce nouvel outil ces derniers mois. Il faut dire que par rapport aux anciens patrouilleurs, comme les P400, La Confiance représente un saut capacitaire significatif et offre un niveau de confort bien supérieur. La technologie comme les standards d’habitabilité ont largement évolué et, aujourd’hui, les marins s’en rendent bien compte. « C’est le jour et la nuit », confie l’un d’eux. Le pacha du PLG retient pour sa part que cette modernité engendre aussi de profonds changements sur le plan organisationnel : « Il y a beaucoup d’électronique et de nombreux systèmes automatisés conduisant à avoir un équipage plus réduit que ce que nous connaissions jusqu’ici. Il faut donc abandonner nos vieux modèles, s’adapter et changer nos habitudes comme notre organisation afin de tirer le meilleur parti de toutes les nouvelles technologies que nous avons à bord. Nous devons apprendre à les maitriser et à réagir en cas de problème, c’est le vrai défi des PLG ».

Personne en machine et un contrôle pouvant s’effectuer directement depuis la passerelle, des systèmes de management de la plateforme et de sécurité automatisés, une artillerie principale sans servant, des dispositifs de mise à l’eau des embarcations de nouvelle génération… A l’instar des frégates il y a quelques années, les marins font désormais leur révolution sur les patrouilleurs.

 

La passerelle de La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Une première avec Socarenam

Et ils découvrent également de nouvelles collaborations avec des chantiers qu’ils ne connaissaient pas, comme ce fut le cas avec Piriou pour les B2M et cette fois pour Socarenam, qui produit là ses premiers OPV pour la Marine nationale. Le constructeur a réalisé les coques des PLG sur son site de Saint-Malo avant de les achever dans son fief de Boulogne-sur-Mer. Les marins, habitués aux constructions militaires, apprécient certaines solutions venant du civil, de la pêche ou de l’offshore par exemple, qui leur simplifient la vie et leur permettent de disposer d’un outil vraiment très performant et agréable à vivre. « Cette collaboration avec Socarenam est une réussite. Les relations se sont vraiment très bien passées et nous avons réalisé un beau travail d’équipe avec l’industriel et la DGA », se félicite le commandant Marande.

 

La Confiance a été mise à l'eau en décembre 2015 (© DGA)

Taillé pour la Guyane

Longue de 60.8 mètres pour une largeur de 9.55 mètres et un déplacement d’environ 700 tonnes en charge, La Confiance dispose d’une coque en acier et de superstructures en aluminium. Elle adopte un design dérivé de celui des patrouilleurs hauturiers conçus et réalisés par Socarenam et Bureau Mauric pour la marine belge (Castor et Pollux, 2014/2014) et la Douane française (Jean-François Deniau, 2015). Mais les PLG sont, comme leur nom l’indique, spécialement conçus pour opérer dans les eaux guyanaises. Leur tirant d’eau est, par exemple, limité à 3.2 mètres, c’est-à-dire équivalent à celui des P400, pourtant plus petits (54.8 mètres) et moins lourds (480 tonnes en charge). Cela leur permettra d’évoluer dans des eaux côtières peu profondes et de remonter les grands fleuves. « Le tirant d’eau réduit est une caractéristique importante mais ce n’est pas la seule. En fait, les PLG tiennent compte du retour d’expérience des P400, c’est vraiment du sur-mesure pour la Guyane. Nous avons par exemple une climatisation adaptée à la région, des prises d’eau avec des filtres spécifiques pour supporter ce que charrient les rivières. Nous avons aussi deux propulseurs d’étrave ce qui nous procure une manœuvrabilité importante et nous permet d’évoluer sans problème dans la rivière donnant accès au port de Cayenne, où il y a beaucoup de courant ».

 

Les moteurs principaux ABC (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Une propulsion originale pour la marine

Capables d’atteindre 21 nœuds et de franchir 3500 milles à 12 nœuds, les PLG sont dotés d’une architecture propulsive originale pour un bâtiment de la marine française. Leurs deux moteurs diesels principaux sont des ABC 12 DZC d’une puissance unitaire de 2900 kW, couplés chacun à un réducteur entrainant une ligne d’arbres. Mais il y a un second mode. Pour les petites vitesses, jusqu’à 7.5 nœuds, trois groupes Scania de 340 kW alimentent directement deux moteurs électriques. « Au cours de nos missions, nous naviguons souvent à faible vitesse et cette double propulsion est mieux adaptée. Elle permet de réduire la consommation, ce qui est très intéressant en termes d’économies mais aussi d’environnement, et de préserver les moteurs à faible allure. On évite les problèmes d’encrassement et d’usure prématurée », explique un mécanicien de La Confiance, qui note que le PLG est également équipé d’un système de réchauffage des moteurs qui autorise dès que la passerelle le souhaite une utilisation à 100% de la charge. Les montées en allure peuvent donc être très rapides, le bâtiment n’ayant mis aux essais qu’une minute et trois secondes pour aller de 0 à 21 nœuds.

 

Les groupes Scania (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les moteurs principaux et les groupes sont répartis dans deux compartiments séparés, le bâtiment disposant en plus d’un générateur de secours Cummins de 170 kW capable d’alimenter en cas d’avarie les systèmes vitaux (navigation, communication, éclairage et propulsion en mode dégradé mais suffisante pour rentrer au port).

Conçue pour pouvoir rester assez longtemps en mer, avec une autonomie de près de deux semaines en opération, La Confiance, qui s’est montrée aux essais manoeuvrante et réactive, bénéficie d’un système de stabilisation passif développé par la société française Geps Techno, améliorant grandement le confort de la plateforme et efficace, selon les marins, au-delà d’une vitesse de 5/6 noeuds. Il s’agit d’un dispositif générant une contre-carène liquide, installé dans un grand caisson occupant presque toute la largeur du bâtiment et se situant sur la superstructure, derrière la passerelle.

La partie énergie/propulsion, mais aussi d’autres fonctions, comme les fluides et la ventilation, sont gérés par un système de management de plateforme fourni par la société marseillaise CMR. Dans le petit PC propulsion séparé des machines, un écran permet aux mécaniciens de surveiller tous les paramètres et commander les systèmes à distance. Mais le PC Propulsion n’est pas armé en permanence.

 

Le PC Propulsion (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Toutes les fonctions regroupées en passerelle

Comme tous les bateaux modernes, La Confiance est intégralement gérée depuis la passerelle, où l’on retrouve notamment une console CMR. « A la mer, nous gérons tout ici grâce aux automates et à un réseau de caméras qui nous permet de surveiller visuellement les extérieurs et différents locaux internes, comme les machines. La passerelle est répartie en différents espaces, avec la navigation sur l’avant, puis les communications et la partie PC Sécurité, avec les alarmes, le contrôle des trois portes étanches et des moyens de lutte contre les incendies… », détaille le lieutenant de vaisseau Clément A, officier en second du patrouilleur.

 

La passerelle (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

L'espace CO (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Le Central Opération n’est pas, ici, installé dans un local séparé. Senseurs et armes sont gérés depuis un espace dédié à l’arrière de la passerelle. Il y a là trois postes, encadrés par des rideaux afin d’éviter les reflets provenant de la lumière extérieure. L’une des consoles, qui double un autre écran à l’avant, est dédiée aux deux radars Sperry Marine de navigation et de surveillance, la seconde au contrôle du canon télé-opéré de la plage avant et la troisième au système optronique Sea Cobra, qui dispose de caméras TV et infrarouge, ainsi qu’un télémètre. « Cet espace permet de bien séparer la fonction CO du reste de la passerelle. Toutes les fonctions sont liées car elles se trouvent dans le même lieu mais cette configuration les rend autonomes ».

 

Les radars et le Sea Cobra (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

On notera que le fauteuil du commandant, comme sur les dernières frégates françaises, est aussi équipé d’un écran présentant la situation tactique autour du bâtiment. En termes de communications, une antenne de liaison par satellite Comcept sera ultérieurement installée. Conçu spécifiquement pour l’armée française, le système est doté de modes de cryptage et de décryptage adapté au réseau militaire tricolore, ainsi qu’un important débit permettant de transmettre en temps réel des images et de la vidéo. Une capacité très utile pour la chaîne décisionnelle entre la terre et la mer lors de certaines interventions. Le bâtiment est bien entendu équipé d’un réseau Ethernet. 

En temps normal, seuls trois marins sont en passerelle : un chef de quart, un barreur-veilleur et adjoint de quart navire, ce dernier effectuant toutes les heures une ronde en machines. Des renforts s’ajoutent ensuite s’il faut armer l’espace CO. Derrière celui-ci, on trouve enfin un espace dédié en cas de besoin à la gestion de crise.

Plutôt vaste, mais bien remplie avec tous ses équipements, la passerelle, panoramique, offre une vue à 360 degrés sur l’extérieur, permettant de surveiller l’environnement du bâtiment mais aussi la plage arrière et, à l’avant, le canon de 20mm.

 

La passerelle (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© MICHEL FLOCH)

Premier patrouilleur doté du Narwhal

Il s’agit d’un affût télé-opéré du type Narwhal, développé par Nexter et installé pour la première fois sur un patrouilleur français. Equipant les frégates multi-missions (FREMM) et bâtiments de projection et de commandement (BPC) du type Mistral, ce système  gyrostabilisé est doté d’un ensemble intégré de caméras jour/nuit (TV/IR). Il dispose de sa propre conduite de tir, avec fonction de poursuite automatique couplée à un télémètre laser. Par rapport aux vieux canons manuels de 40mm et 20mm des P400, cet affût de nouvelle génération offrira une capacité de réaction et une puissance de feu plus importante. « Grâce à ce système et à l’optronique, nous pourrons également identifier nos cibles de plus loin », note le commandant. Pour les tirs de police, la caméra située sur le Narwhal permettra de vérifier le dépointage de la pièce afin de s’assurer que celle-ci réalise bien un tir de semonce et non un coup au but. Particulièrement à cheval sur la sécurité et viscéralement prudents avec les nouveaux matériels, surtout quand ils n’ont pas directement la main dessus, les marins pensent se servir du Sea Cobra pour effectuer une pré-désignation d’objectif et n’excluent pas, au moins dans un premier temps, des contrôles visuels pour vérifier le dépointage.

 

Le canon Narwhal sous sa protection (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Deux affûts de 12.7mm et un canon à eau

En dehors du Narwhal, La Confiance compte sur chaque bord, à l’arrière de l’aileron panoramique extérieur qui fait tout le tour de la passerelle, deux sellettes pour des mitrailleuses manuelles de 12.7mm, dont les servants sont protégés par des plaques de blindage. La position de ces affûts offre en complément du canon principal un champ de battage de l’artillerie sur tous les angles.

Le PLG est, en outre, équipé vers l’avant d’un puissant canon à eau. Projetant un jet à plus de 70 mètres, il pourra servir en cas de lutte contre un sinistre sur un autre navire, ainsi que de moyen d’action non létal. Cela permettra à l’équipage de graduer sa riposte face à une menace, sachant que les eaux guyanaises sont parfois turbulentes, en particulier en matière de pêche illicite.

 

Canon à eau (© MARINE NATIONALE)

Deux embarcations rapides

Pour mener les opérations de contrôle et d’intervention, La Confiance dispose de deux « embarcations de drome opérationnelle » (EDO), comme on les appelle dans la marine française. Elles sont en fait, souligne le commandant, « le système d’armes principal » du bâtiment. Ces semi-rigides, conçus et réalisés par Zodiac Milpro, sont des ZH 749 longs de 7.6 mètres et dotés d’un moteur Volvo de 260 cv, leur permettant d’atteindre la vitesse de 35 nœuds. « Ils sont dotés de rails sur le plancher qui permettent d’avoir une configuration modulaire. On peut par exemple jouer sur les places assises en mettant jusqu’à 12 sièges, ou encore des supports pour transporter une palette avec plus d’une tonne de fret », précise l’un des pilotes d’EDO, qui disposent en outre d’un support pour une mitrailleuse de 7.62mm.

 

L'une des deux EDO de La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Coque alu et flotteurs en mousse

Comme La Confiance, ces embarcations ont été spécialement conçues pour les eaux guyanaises. Pour la coque, l’aluminium a, ainsi, été préféré aux matériaux composites afin de résister aux débris charriés par les fleuves et présents dans les zones côtières. Idem pour les flotteurs, qui ne sont pas constitués de boudins gonflables mais sont en mousse, ce qui les rend également résistants aux tirs d’armes légères. La contrepartie est un bateau plus lourd et, pour atteindre les mêmes performances que les EDO classiques, il a fallu augmenter la puissance du moteur et les réserves de carburant. 

 

La plage arrière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Bossoir offshore et rampe à l’arrière

Pour la mise à l’eau et la récupération des EDO, la marine a choisi deux modes différents. L’une des embarcations est logée à l’arrière sur une rampe inclinée, l’autre étant déployée au moyen d’un bossoir Vestdavit, fournisseur nordique réputé notamment pour équiper les navires offshore. « Le bossoir est équipé d’un croc qui maintient le bateau et permet une mise à l’eau et une récupération directement avec le personnel équipé à bord. C’est un système simple, sécurisé et puissant. En moins d’une minute la manœuvre est effectuée. A l’arrière, la rampe est protégée par une porte qui s’ouvre en une minute, le lancement ne prenant que 20 secondes. Cela signifie qu’il nous fait moins de 3 minutes pour déployer nos deux EDO, sachant que nos procédures sont basées sur une mise à l’eau des embarcations l’une après l’autre, même s’il est possible de le faire simultanément », explique le second. Qu’il s’agisse du bossoir ou de la rampe, les manœuvres sont prévues pour être effectuées jusqu’à une vitesse de 6 nœuds pour le patrouilleur.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

A bord d'une EDO de La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

La rampe arrière (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Commandos à bord

Techniquement, les PLG pourront aussi embarquer des semi-rigides de commandos marine, non pas les nouvelles ECUME, mais les ETRACO, que les moyens de mise à l’eau peuvent prendre en charge moyennant une petite adaptation technique sur le système d’accroche. La mise en œuvre de forces spéciales a, d’ailleurs, été intégrée dès la conception des nouveaux patrouilleurs. Car les PLG seront notamment appelés à embarquer de telles unités pour différentes missions, comme la lutte contre le narcotrafic ou les opérations coup de poing régulièrement menées par les commandos marine contre les pêcheurs étrangers venant piller les eaux guyanaises.

Les nouveaux patrouilleurs disposent par exemple d’armureries distinctes pour le bord et les « passagers », tout en ayant une capacité de logement de 14 personnes supplémentaires en plus de l’équipage. Ils disposent en outre d’un beau local plongée pouvant accueillir le matériel d’une bonne demi-douzaine de plongeurs ou nageurs de combat (bouteilles et système de gonflage, armoires séchantes pour les combinaisons…). Cet espace dispose d’un accès direct sur le pont, les plongeurs disposant d’une descente avec plateforme proche de la ligne de la flottaison. Celle-ci sert également à faciliter les transbordements de personnel avec les EDO.

 

 

Capacité d’emport d’un conteneur sur la plage arrière

On notera par ailleurs que la plage arrière, bien occupée par de nombreux équipements, dispose d’une grue et d’un espace libre dimensionné pour un conteneur de 10 pieds. Une capacité qui permettra d’embarquer du matériel supplémentaire en fonction des missions, comme par exemple des équipements pour les commandos, des moyens de lutte contre la pollution ou encore du fret humanitaire en cas d’intervention suite à une catastrophe naturelle.

 

 

Réflexion sur un moyen aérien

Il n’y a en revanche pas de moyen aérien à bord. Toutefois, en plus d’un spot d’hélitreuillage, le vaste espace situé devant la passerelle (qui sert aujourd’hui aux appels matinaux et accueillera des réceptions) pourrait à l’avenir servir à la mise en œuvre d’un petit drone aérien. Les marins réfléchissent au sujet, car un tel moyen permettrait d’étendre les capacités de surveillance et d’identification à distance. Toutefois, rien n’est encore décidé à ce niveau.

Salle modulaire

A l’intérieur, La Confiance dispose d’une salle modulaire pouvant remplir différentes fonctions, dont au moment où nous étions à bord celle de logement et de stockage. En mode un peu désordre, ce qui est logique avec un bateau fraîchement pris en main par son équipage et qui, à ce moment précis, était en pleine préparation de sa traversée transatlantique, avec beaucoup de choses à amener en Guyane et, dans le même temps, la présence à bord d’équipes de la DGA et des industriels pour les derniers tests. « Tout cela va vite être rangé », s’empresse d’assurer un marin, qui détaille les capacités de cet local : « On peut s’en servir de salle de briefing, de vestiaire ou de logement pour 6 passagers grâce à des bannettes rabattables. Il y a des casiers et, à proximité, les sanitaires ». Ceux-ci et la salle peuvent communiquer directement tout en constituant un espace isolé, permettant de disposer d’une zone de rétention en cas d’interpellation d’individus en mer. Les locaux sont alors fermés et sécurisés, avec hublot sur la porte et vidéo-surveillance.

Non loin se trouve l’infirmerie. « Elle est plutôt conçue pour prodiguer de petits soins car ce bâtiment évoluera généralement près des côtes, ce qui donne la possibilité d’évacuer facilement un blessé. Mais nous sommes quand même bien équipés et avons un chariot d’urgence », note l’infirmière du bord.

 

 

Les locaux vie

En termes d’habitabilité, l’équipage, constitué de 4 officiers, 17 officiers-mariniers et 3 quartiers-maîtres et matelots, apprécie indéniablement l’amélioration des conditions de confort par rapport aux patrouilleurs de la précédente génération. L’un d’eux, précédemment affecté sur un aviso, ou on compte des postes de 30 couchages, mesure bien la différence : « Le commandant et le second ont leur cabine individuelle et les autres membres d’équipage sont logés dans des postes de deux à quatre personnes, avec douche et hygiènes à l’intérieur ». Le plus grand poste, qui compte 6 places, est réservé aux passagers.

 

Cabine de deux officiers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Le bâtiment compte en outre un carré officier et, pour l’équipage, une salle à manger et un carré séparé. La cuisine, très spacieuse, donne sur la coursive, les marins venant chercher leurs repas à la rampe. Mais chez les officiers, on fait ici de la résistance à la formule du self-service, qui se généralise peu à peu dans la Marine nationale. Le second a, en effet, tenu à maintenir la tradition du service à table, pour le plus grand plaisir de certains de ses collègues, qui estiment que la rampe contribue à « tuer » la vie de carré. « Les repas sont très importants sur un bateau, c’est un moment de plaisir où l’on se détend et on communique. Le service à table est plus convivial et agréable. Avec un plateau, on a tendance à manger rapidement, en décalé les uns par rapport aux autres, on se parle moins… », assure l’un d’eux, très heureux que l’on continue ici de sortir quotidiennement la vaisselle en porcelaine et les couverts estampillés Marine nationale.

 

Le tableau d'Ambroise-Louis Garneray (© TEDDY SEGUIN)

 

L’héritage de Surcouf

Toujours en matière de tradition, on note la présence d’une reproduction d’un tableau d’Ambroise-Louis Garneray, illustrant un combat intervenu le 7 octobre 1800 en océan Indien. Il s’agit de la prise du HMS Kent, bâtiment anglais de 1200 tonneaux, 38 canons et 400 hommes, par les 160 marins français de La Confiance. Alors flambante neuve, la nouvelle frégate de Surcouf, bien que nettement moins grosse (490 tonneaux), puissante (24 canons) et aux effectifs largement inférieurs, réussit à s’emparer du navire anglais, qui fut l’une des plus belles prises du célèbre corsaire malouin. Plus de deux siècles après, une nouvelle Confiance reprend donc le nom de ce fameux bateau.

En Guyane mi-décembre

Attendu mi-décembre dans la base navale de Dégrad-des-Cannes, près de Cayenne, le patrouilleur transitera par le Cap Vert ainsi que Fort-de-France, une escale importante puisque La Confiance sera amenée à travailler avec les unités de la Marine nationale et d’autres administrations basées en Martinique. De plus, c’est depuis les Antilles que doit être assuré son soutien technique, sachant que la société bretonne CNN MCO est chargé du maintien en condition opérationnelle des PLG.

Quant à La Résolue, en achèvement à Boulogne, elle devrait quitter Socarenam en avril et, après un passage de quelques semaines à Brest, rejoindra normalement son aînée en Guyane mi-juin. Son admission au service actif étant attendue dès le mois de juillet.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Plateforme polyvalente pour de nombreuses missions

Successeurs comme on l’a vu de La Capricieuse et de La Gracieuse, qui rallieront Brest au printemps et à l’été en vue d’y être désarmées et intégrées à la filière de démantèlement, les nouveaux PLG offrent des capacités de surveillance, d’intervention et de projection sensiblement accrues. Conçus comme des plateformes très polyvalentes, ils pourront remplir de nombreuses missions : souveraineté de la France sur ses eaux et défense maritime du territoire guyanais, surveillance et la protection de la zone économique exclusive, lutte contre le narcotrafic et bien sûr la chasse aux bateaux qui se livrent à la pêche illicite.

 

Interception d'une tapouille en Guyane (© MARINE NATIONALE)

La chasse aux pêcheurs brésiliens et surinamiens

Traditionnellement, celle-ci occupe beaucoup les unités de la marine et des autres administrations présentes en Guyane, comme la Gendarmerie et les Affaires maritimes, ou encore l’armée de l’Air. Du fait d’une baisse considérable de la ressource dans les pays voisins, due à la surpêche, les tapouilles brésiliennes et surinamiennes viennent en nombre ratisser les eaux françaises. Les autorités multiplient les interventions pour faire cesser ce pillage, avec parfois des rencontres musclées, allant c’est arrivé jusqu’à des échanges de tirs. C’est pourquoi les PLG sont solidement armés et, avec les EDO et leurs systèmes de mise à l’eau rapide, dotés de tels moyens d’intervention. Dans le cadre des opérations contre la pêche illicite, les patrouilleurs interviendront de manière autonome, sachant qu’en cas de flagrant délit, les marins français interpellent les pêcheurs et saisissent leur bateau et le matériel. Ces dernières années, les contrevenants avaient d’ailleurs trouvé une parade en jetant leurs filets à l’eau avant d’être interceptés. « Les tapouilles ne coûtent rien, ce sont les filets qui ont de la valeur et nous n’avions pas jusqu’à l’an dernier de moyen pour les chercher au fond de l’eau ». Le matériel était donc récupéré ultérieurement par les pêcheurs, provoquant en attendant d’importants dégâts sur les fonds et la faune marine, comme les tortues. Une solution a été trouvée avec la construction de la Caouanne, un engin remonte filet (ERF) livré en 2015 par le chantier finistérien Gléhen et qui est spécialement équipé pour récupérer les filets abandonnés.

 

L'ERF Caouanne (© MARINE NATIONALE)

Protection de Kourou

Les PLG, qui pourront intervenir en soutien de la Caouanne, reprendront également une mission stratégique des P400 : la protection des approches maritimes du centre spatial de Kourou. Ils pourront aussi participer à des opérations de sauvetage en mer, d’assistance aux navires en difficulté ou encore de lutte contre la pollution. Il n’est, toutefois, pas prévu pour le moment une participation aux missions de lutte contre l’orpaillage, même si les embarcations peuvent offrir, le cas échéant, une capacité intéressante de projection de forces terrestres via les fleuves.

 

Le commandant et le second de La Confiance (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

« Tout le monde est motivé et a envie de mordre dedans » 

Après la création en janvier d’un noyau constitué d’un chef machine et d’un chef passerelle, qui a suivi à Boulogne l’armement du bâtiment, l’équipage, constitué en juin, s’approprie peu à peu La Confiance et la met à l’épreuve pour connaître l’étendue de ses capacités. Au travers des tests, des essais et des exercices, puis bientôt la vérification des capacités militaires suivie de la phase de mise en condition opérationnelle, la montée en puissance du premier PLG va se poursuivre dans les prochains mois. Même s’ils sont traditionnellement prudents, surtout avec les nouveaux matériels, les marins français, à l’image du commandant Marande, se montrent enthousiastes et semblent éprouver la vertu dont leur patrouilleur porte le nom : «  Dès le 27 octobre, quand nous avons appareillé de Boulogne avec, pour la première fois, l’équipage constitué à la manœuvre, on voyait que l’équipage était impatient et avait faim de ce bateau. Tout le monde est motivé et a envie de mordre dedans. C’est un beau produit, de bonne qualité et je pense que nous sommes sur la route d’un joli succès ».

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Marine nationale Socarenam