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La déconstruction des anciens sous-marins du type Agosta renvoyée à plus tard
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La déconstruction des anciens sous-marins du type Agosta renvoyée à plus tard

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Le marché portant sur la déconstruction des derniers sous-marins diesels de la Marine nationale devait être notifié ces temps-ci. Mais en raison de la crise du coronavirus, qui mobilise actuellement les services de l’Etat, y compris le ministère des Armées, son attribution a été reportée, a appris la rédaction de Mer et Marine. Parmi les candidats en lice se trouve Naval Group, déjà en charge de la déconstruction des anciens sous-marins français à propulsion nucléaire, pilotée par son site de Cherbourg.

Une coque à Toulon, deux à Brest

Trois anciens sous-marins classiques sont concernés, l’ex-Agosta, mis en service en 1977 et désarmé en 1997, l’ex-Bévéziers (1977 - 1998) et l’ex-La Praya (1978 - 2000). Le premier est en attente à Toulon, où il a servi il y a quelques années au profit de la DGA de « caisson de choc » afin de mesurer l’impact des explosions sous-marines. Quant aux deux autres, ils sont stockés dans l’ancienne base sous-marine de Brest. Pour mémoire, cette série comprenait une quatrième unité, l’Ouessant, qui a servi de 1978 à 2001 dans la flotte française.

 

L'Ouessant à Brest au milieu des années 2000 (© : MER ET MARINE)

L'Ouessant à Brest au milieu des années 2000 (© : MER ET MARINE)
 

Un destin malaisien pour l’Ouessant

Ce bâtiment avait cependant connu une seconde vie puisqu’il avait été remis en service en 2005 dans le cadre du contrat Scorpène Malaisie. L’Ouessant avait assuré la formation à la mer des premiers équipages des deux nouveaux bâtiments commandés par la marine malaisienne, qui ne disposait pas jusque-là de sous-marins. Au total, 146 hommes ont obtenu à bord de l’Ouessant leur qualification de sous-marinier lors des 42 sorties à la mer et plus de 9100 heures de plongée réalisées entre 2005 et 2009, année de la livraison du premier Scorpène malaisien, le Tunku Abdul Rahman, suivi l'année suivante par son sistership, le Tun Razak.

 

L'Ouessant servant d'école embarquée aux Malaisiens (© : DCI NAVFCO)

L'Ouessant servant d'école embarquée aux Malaisiens (© : DCI NAVFCO)

 

Chargement de l'Ouessant à Brest en novembre 2011 (© : LE TELEGRAMME)

Chargement de l'Ouessant à Brest en novembre 2011 (© : LE TELEGRAMME)

 

A l’issue de cette mission, le vieux sous-marin français avait été donné à la Malaisie, qui souhaitait le transformer en musée. L’Ouessant avait rejoint l’Asie sur le pont du cargo Fairpartner, qui l’avait chargé en octobre 2011 dans le port de Brest au moyen de ses deux puissantes grues.

 

Le Bévéziers à Toulon en février 1979 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Le Bévéziers à Toulon en février 1979 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

 

Ultime évolution des sous-marins classiques de la marine française

Construits à Cherbourg, les Agosta sont des bâtiments de 67.6 mètres de long pour 6.8 mètres de diamètre. Leur déplacement en surface était de 1450 tonnes et atteignait 1725 tonnes en plongée. Aboutissement de plusieurs générations de sous-marins diesels français, ces bateaux étaient armés par un équipage de 54 marins et pouvaient embarquer 20 torpilles et missiles antinavire Exocet SM39. Ces armes étaient mises en œuvre au moyen de quatre tubes de 550mm situés à l’avant. Une disposition qui avait constitué à l’époque de leur sortie une nouveauté pour la Marine nationale, dont les sous-marins d’attaque océaniques, jusqu’aux Daphné, disposaient aussi de tubes à l’arrière. Un héritage de leurs ancêtres d’avant-guerre qui avait perduré sur les unités des types Aurore et Narval notamment.

Avec les deux ultimes Daphné, les Psyché (1969-1997) et Sirène (1970-1998), les Agosta, Bévéziers, La Praya et Ouessant ont constitué la dernière escadrille des sous-marins de l’Atlantique (ESMAT) affectée à la base sous-marine de Keroman, à Lorient, fermée par la Marine nationale en 1997.

 

Le sous-marin espagnol Mistral (© : NAVANTIA)

Le sous-marin espagnol Mistral (© : NAVANTIA)

 

Un modèle vendu à l’Espagne et au Pakistan

Le type Agosta a également été vendu à l’Espagne, qui en a construit quatre exemplaires aux chantiers de Carthagène avec l’assistance technique française. Mis en service entre 1983 et 1986, trois d’entre eux (Galerna, Mistral et Tramontana) sont toujours opérationnels en attendant la mise en service des nouveaux S80, le quatrième (Siroco) ayant été désarmé en 2012. Deux autres sous-marins ont été construits par les défunts chantiers Dubigeon de Nantes pour le Pakistan, qui en a pris livraison en 1979 (Hashmat) et 1980 (Humat). Ce pays a plus tard commandé une version modernisée (Agosta 90B) à Naval Group, qui a produit la tête de série à Cherbourg (le Khalid, livré en 1999), les deux autres (Saad, 2003 et Hamza, 2008) étant réalisés en transfert de technologie à l’arsenal de Karachi. Les trois Agosta 90B pakistanais ont été équipés d’un système de propulsion anaérobie MESMA.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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