Construction Navale
A la découverte des nouveaux chantiers roumains de Piriou
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Reportage

A la découverte des nouveaux chantiers roumains de Piriou

Construction Navale

Vincent Faujour l’appelle sa « belle endormie ». A Giurgiu, ville roumaine d’un peu plus de 60.000 habitants, le président de Piriou fait visiter à Mer et Marine la toute nouvelle acquisition du groupe breton. Ce dernier vient de s’offrir des chantiers navals en Roumanie, complétant ainsi ses sites de production en France et au Vietnam. Situé à une soixantaine de kilomètres au sud de Bucarest, ATG Giurgiu est installé au bord d’une darse s’ouvrant sur le Danube, qui marque la frontière avec la Bulgarie. Le fleuve permet de rejoindre la mer Noire après un transit de quelques jours, en suivant d'abord son cours naturel puis en empruntant un canal qui oblique directement à l’Est pour déboucher dans le port de Constantza. Là où Piriou va développer un second site dédié à l’armement à flot des navires qui seront construits dans son nouveau chantier.

 

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Le Danube, à Giurgiu, sépare la Roumanie de la Bulgarie (

Le Danube, à Giurgiu, sépare la Roumanie de la Bulgarie (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les grandes nefs du chantier de Giurgiu (

Les grandes nefs du chantier de Giurgiu (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les grandes nefs du chantier de Giurgiu (

Les grandes nefs du chantier de Giurgiu (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Capable de produire des navires jusqu’à 110/120 mètres, ATG Giurgiu, qui emploie 300 personnes, s’étend sur 15 hectares, dont plus de 18.000 m² de nefs et ateliers couverts. Un site imposant, bien qu’extérieurement un brin décrépi. Vincent Faujour en convient parfaitement. Cependant, souligne-t-il, il ne faut pas s’arrêter à la peinture qui s’écaille, aux routes d’accès craquelées et à la végétation qui a poussé de façon un peu anarchique au fil des années : « Le chantier est encore dans son jus, c’est vrai. Mais il y a ici un très grand potentiel avec un outil industriel offrant d’importantes capacités et des équipes qui ont de solides compétences. Evidemment, il faut faire des investissements pour rénover les installations qui sont devenues vétustes, moderniser des outils, réorganiser et optimiser le chantier, mais nous avons là d’excellentes bases ». Un bel outil industriel donc, qui ne demande qu’à être réveillé, ce que Piriou va s’employer à faire.

 

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(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Plus d’un siècle et demi de construction navale

Ici, la construction navale est une histoire ancienne. Les premiers navires naissent sur les berges du Danube dans les années 1850 et, en 1897, un premier atelier est édifié sur le site. Dans les années 1910, le chantier se spécialise dans la réparation navale, à commencer par l’entretien des bateaux empruntant le grand fleuve, qui traverse l’Europe de la Forêt Noire allemande à la mer Noire. Après la seconde guerre mondiale, la Roumanie devient un satellite de l’URSS, la monarchie fait place à une « république socialiste » et, en 1967, Nicolae Ceausescu en devient le président. Avec sa femme Elena, le nouveau maître de Bucarest et sa tristement célèbre police, la Securitate, tiennent le pays d’une main de fer. Leur mégalomanie atteint son paroxysme avec le titanesque palais présidentiel qu’ils font édifier (et qui abrite aujourd’hui le parlement roumain) dans la capitale. Un superbe quartier historique est rasé pour ériger ce symbole du pouvoir, les bâtiments des grands ministères et une version roumaine des Champs Elysées.

 

L'ancien palais présidentiel des Ceausescu à Bucarest (

L'ancien palais présidentiel des Ceausescu à Bucarest (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

L’ambition du couple de dictateurs est dévorante, ils veulent peser dans le bloc soviétique, tout en y occupant une position singulière. Pour cela, le régime développe son industrie, et notamment la construction navale. Les chantiers situés en bord de mer Noire sont modernisés et agrandis, tout comme celui de Giurgiu, qui voit ses capacités sensiblement accrues pour produire de nombreux bateaux fluviaux et maritimes. Il est reconstruit et étendu à deux reprises, entre 1973 et 1980. C’est à ce moment-là que les grandes nefs sortent de terre, alors qu’une immense plateforme de 280.000 m² est créée en extérieur. « Le chantier a été complètement refait sous Ceausescu, qui a aussi creusé le canal permettant d’accéder à Constantza. Du temps de l’URSS, il y avait une communauté économique entre les Etats communistes et une planification dans la construction navale pour tous les pays. On avait des plans quinquennaux et Giurgiu a construit des navires pour de nombreux pays, comme la Pologne, la Hongrie, la RDA, la Russie, la Chine… », nous explique Teodor Apostol, ancien patron d’ATG Giurgiu qui vient de vendre son entreprise à Piriou. En 1989, l’URSS s’effondre, les Roumains se révoltent et renversent les Ceausescu, qui sont exécutés. Une période difficile commence alors pour le secteur économique, qui du jour au lendemain doit se passer de la planification d’Etat et du marché soviétique. « Le chantier a fait faillite, à deux reprises. Je l’ai finalement racheté en 2002. Quand nous sommes arrivés, les locaux étaient presque vides, une grande partie du matériel avait disparu ». Le site fantôme reprend progressivement vie, Teodor Apostol le rééquipe et la production reprend. « J’ai investi, ramené des gens, et nous avons redéveloppé l’activit

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