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Cherbourg: à la découverte du chantier CMN
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Cherbourg: à la découverte du chantier CMN

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Il y a près d’un siècle, on y produisait des chasseurs-bombardiers. Aujourd’hui, en sortent des bateaux militaires, à l’occasion des unités civiles et depuis quelques années des hydroliennes avec sa filiale HydroQuest. A Cherbourg, les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) sont une institution. Derrière les grandes nefs bientôt centenaires, qui seront prochainement rénovées, le chantier normand préserve jalousement son savoir-faire, se modernise et innove, dans le sillage de son mythique fondateur, Félix Amiot.

 

Le chantier CMN de Cherbourg (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le chantier CMN de Cherbourg (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un avionneur comme fondateur

Né en 1894 à Cherbourg et parti vivre avec ses parents à Issy-les-Moulineaux en 1908, ce passionné de mécanique et d’avions se distingue d’abord dans le secteur aéronautique, construisant son premier appareil à l’âge de 18 ans. Repéré par le constructeur Morane-Saulnier, il y invente un procédé novateur d’assemblage de pièces métalliques et crée sa première entreprise, la Société d’Emboutissage et de Constructions Mécaniques (SECM) à Paris, dès 1916. L’entreprise, qui produit et entretien des avions, contribue aux avancées du secteur aéronautique dans l’entre-deux-guerres. Puis le Front populaire arrive au pouvoir en 1936. Prenant conscience du péril que représente l’Allemagne nazie et du risque d’une nouvelle guerre, le gouvernement de Léon Blum lance un plan massif de réarmement. Mais l’industrie française s’avère très éclatée, avec des fabricants trop nombreux et des méthodes de production encore trop souvent artisanales qui ne permettent pas de répondre aux cadences souhaitées par le ministère des Armées. L’Etat décide donc de réorganiser plusieurs secteurs, dont l’aéronautique, en procédant à des nationalisations, accompagnées de lourds investissements dans la modernisation de l’outil industriel. Cela se traduira par un redressement spectaculaire de la production d’équipements militaires en France, notamment d’avions et de chars, qui dépasse celle de l’Allemagne lorsque la guerre éclate. Malheureusement trop tard pour que ces efforts colossaux puissent faire la différence, sans compter des atermoiements désastreux au niveau ministériel et des états-majors quant au choix des modèles à construire, à une époque où la technologie progresse très vite. C’est ainsi que l’armée de l’Air se retrouve en 1940 avec de nombreux avions, mais beaucoup d’appareils dépassés bien que très récents. Et de toute façon pas assez de personnel pour les mettre en œuvre.

De l’aéronautique à la construction navale

Toujours est-il qu’une partie de la SECM est nationalisée en 1937. Félix Amiot décide alors d’édifier une nouvelle usine loin de Paris, sur ses terres natales de la presqu’île du Cotentin. C’est ainsi que les Chantiers Aéronautiques de Normandie (CAN) sont édifiés à Cherbourg en 1938, complétant l’usine de Colombes. Le développement d’appareils imaginés avant la nationalisation partielle de la SECM se poursuit et d’autres sont conçus. Parmi eux, les bombardiers bimoteurs des séries Amiot 340 et 350, ainsi que l’Amiot 370 qui, de 1937 à 1939, enchaine les records de vitesse.

 

Un Amiot 350 en 1938. Photo parue à l'époque dans le magazine L'Aéronautique 

Un Amiot 350 en 1938. Photo parue à l'époque dans le magazine L'Aéronautique (COLLECTION WIKIPEDIA)

Un Amiot 354 en 1940. Photo parue à l'époque dans le magazine L'Aérophile 

Un Amiot 354 en 1940. Photo parue à l'époque dans le magazine L'Aérophile (COLLECTION WIKIPEDIA)

 

Puis la guerre éclate, la France est battue et l’aventure de Félix Amiot dans l’aéronautique s’arrête là car, après la libération, la SECM est pour de bon nationalisée. L’industriel est contraint d’abandonner les avions et décide alors de se lancer dans la navale. Il remet en état son usine cherbourgeoise, touchée par les bombardements qui ont ravagé le port normand durant la guerre, et la transforme pour y produire des bateaux. Les Chantiers Aéronautiques de Normandie deviennent les Constructions Mécaniques de Normandie. Un premier navire en sort en 1948, en l’occurrence le chalutier en bois Annie. Puis l’entreprise s’oriente vers les bateaux gris, l’une des toutes premières réalisations étant le dragueur de mines côtier Achernar (type D) en 1954. Huit autres suivent, ainsi que le dragueur Mercure en 1958, évolution des précédents qui sert de prototype à une série de bâtiments commandés par la République Fédérale d’Allemagne.

 

Le dragueur côtier Céphée (ici en 1984) sorti en 1956 des CMN 

Le dragueur côtier Céphée (ici en 1984) sorti en 1956 des CMN (BERNARD PREZELIN)

Le dragueur côtier Capella (ici en 1984) sorti en 1955 des CMN 

Le dragueur côtier Capella (ici en 1984) sorti en 1955 des CMN (BERNARD PREZELIN)

Le dragueur côtier Mercure (ici dans les années 80) sorti en 1958 des CMN 

Le dragueur côtier Mercure (ici dans les années 80) sorti en 1958 des CMN (BERNARD PREZELIN)

 

Les CMN ont aussi, plus tard, une belle période autour de la grande plaisance et la course au large, avec en particulier le trimaran de 23 mètres en aluminium Kriter IV pour Olivier de Kersauson en 1978 et le trimaran foiler Paul Ricard pour Eric Tabarly en 1979, ou le monocoque de 25 mètres Milène en carbone en 1985. Un univers de haute technicité et de records qui sied à l’esprit qu’a voulu insuffler l’ancien avionneur à son aventure dans la navale, toujours en quête de performances et d’innovation.

 

La première Combattante, ici en 1971 (© GIORGIO ARRA)

La première Combattante, ici en 1971 (© GIORGIO ARRA)

 

Un tournant avec La Combattante

Mais c’est dans le domaine militaire que CMN va se faire une réputation mondiale à partie des années 60. Sous l’impulsion d’Amiot et de ses ingénieurs, sur la base de réflexions initiées à la fin des années 50, le ch

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