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Défense

Reportage

La défense anti-missile balistique navale

Défense

Les récents essais nord-coréens comme les recherches entreprises par l’Iran laissent planer le spectre d’une menace nucléaire sur les pays occidentaux et leurs alliés. C’est pourquoi, bien que complexe et coûteuse, la défense contre les missiles balistiques n’en sera pas moins l’un des grands enjeux militaires des prochaines années. Un impératif face à la prolifération d’engins aux portées croissantes.

 

La défense anti-missile balistique (DAMB) constitue une préoccupation croissante à travers le monde, notamment en Europe, autour du Moyen-Orient et dans la zone Asie/Pacifique. La prolifération des armes balistiques représente en effet une réelle menace, d’autant que le nombre et la portée de ces missiles ne cessent de s’accroître et que certains pays ont, ou auront à terme, la possibilité de les doter d’ogives nucléaires, ainsi que de têtes bactériologique ou chimiques.  En 2010, le Conseil de l’Atlantique estimait qu’en dehors de l’OTAN, de la Russie et de la Chine, 5550 à 6250 missiles balistiques étaient en service dans le monde, dont 500 à 700 d’une portée de 2000 à 3000 km et une quarantaine pouvant atteindre de 3000 à 5500 km. Et ces portées devraient continuer de croître avec le recours à des engins multi-étages. Ainsi, le missile iranien Shahab-6, dérivé du Taep'o dong 2 nord-coréen, pourrait atteindre s’il devient opérationnel la barre des 6000 km. Mais, d’ores et déjà, le sud-est de l’Europe est à portée des missiles iraniens, alors que la Corée du nord semble bien partie pour être en mesure, un jour prochain, d’atteindre le territoire américain. 

 

 

Portées des missiles iraniens et nord-coréens (© MER ET MARINE - VW)

Portées des missiles iraniens et nord-coréens (© MER ET MARINE - VW)

 

Missile balistique iranien (© DROITS RESERVES)

Missile balistique iranien (© DROITS RESERVES)

 

 

La mobilité, atout des marines

 

 

Face à cette nouvelle menace, les Occidentaux veulent développer des boucliers anti-missiles se basant à la fois sur des sites terrestres, mais aussi sur des plateformes navales. Celles-ci offrent comme principal avantage d’être mobiles et, ainsi, peuvent se positionner au mieux pour la détection et l’interception. En dehors de la protection des territoires nationaux, l’enjeu est de pouvoir offrir une DAMB de théâtre à des pays alliés éloignés, ainsi qu’à des forces expéditionnaires, qu’elles soient déployées à terre ou en mer. Car il faut aussi songer à protéger les forces maritimes d’une attaque balistique. Dans les années à venir, les groupes aéronavals ne seront, en effet, probablement plus à l’abri de cette menace car certains missiles, en projet, intègrent des systèmes de guidage terminal infrarouge pour frapper une cible mobile, par exemple un porte-avions. C’est le cas du DF-21 chinois, dont le développement est pris très au sérieux par les Américains. Les Chinois auraient d’ailleurs mené à bien, en 2012, un tir d’essai de ce nouvel engin, imaginé pour frapper un porte-avions en pleine mer, très loin des côtes.  

 

 

Missile balistique d'essai tiré depuis Hawaii (© US NAVY)

Missile balistique d'essai tiré depuis Hawaii (© US NAVY)

 

 

Combinaison de plusieurs moyens de défense

 

 

La défense anti-missile balistique est, néanmoins, une science complexe, qui nécessite des capacités technologiques de pointe, des moyens d’alerte avancée (satellites, radars à longue portée…) et des équipements d’interception spécifiques. Car il existe plusieurs types de missiles balistiques et, en fonction de leur portée et de la nature de la trajectoire, le volume d’interception varie significativement. Au-delà de pouvoir concevoir un missile d’interception capable de neutraliser une cible qui, en phase terminale, atteint une vitesse de 4000 à 6000 m/s, il faut également disposer de systèmes pouvant de traiter la menace à des altitudes très variables. En effet, les missiles balistiques peuvent s’élever jusqu’à 800 kilomètres d’altitude, c'est-à-dire dans l’espace, dans le cas d’une trajectoire en cloche. Celle-ci présente l’avantage d’augmenter significativement la vitesse lors de la phase de descente mais rend le missile détectable de loin. A l’inverse, les trajectoires en tir tendu montent beaucoup moins haut, ce qui permet de limiter les capacités de détection à longue portée de la défense adverse, mais l’énergie cinétique est moindre en phase terminale, ce qui rend l’interception des missiles plus « aisée ». Pour se donner une idée des valeurs, on estime que pour un missile d’une portée de 800 km, l’engin peut monter à 550 km d’altitude suivant un tir en cloche et demeurer sous la barre des 100 km en tir tendu.

 

 

Tir de missile SM-3 depuis un bâtiment américain

Tir de missile SM-3 depuis un bâtiment américain (© US NAVY)

 

Tir de missile SM-3 depuis un bâtiment américain (© US NAVY)

Tir de missile SM-3 depuis un bâtiment américain (© US NAVY)

 

 

Actuellement, il existe trois volumes d’interception possibles : le bas endo-atmosphérique (jusqu’à 60 km d’altitude), le haut endo-atmosphérique (60 à 120 km) et l’exo-atmosphérique (au-delà de 120 km). Or, aucun missile anti-missile balistique ne peut couvrir l’ensemble du spectre. Ainsi, l’intercepteur américain SM-3 (150 à 300 km d’altitude), mis en œuvre depuis les destroyers du type Arleigh Burke (USA) et Kongo (Japon), équipés du système de défense aérienne Aegis, est conçu pour l’exo-atmosphérique,  c'est-à-dire plutôt pour la neutralisation de missiles à longue portée (+ de 5000 km) avec trajectoire en cloche. Il ne sera, en revanche, pas capable de s’opposer à un missile d’une portée de quelques centaines de kilomètres à tir tendu, volant beaucoup plus bas. C’est pourquoi les Etats-Unis, qui disposent aussi du système terrestre THAAD  (jusqu’à 150 km d’altitude) souhaitent développer le SM-6 afin de couvrir le bas endo-atmosphérique jusqu’à 25 km d’altitude.

 

 

Tir d'un missile Aster 30 depuis une frégate française (© MBDA)

Tir d'un missile Aster 30 depuis une frégate française (© MBDA)

 

 

L’Europe divisée

 

 

En Europe, des réflexions sont en cours pour se doter d’une DAMB. Mais les points de vue divergent, notamment au sein de l’OTAN, entre les partisans d’un recours aux moyens américains (l’US Navy va d’ailleurs baser quatre Arleigh Burke dotés de SM-3 en Espagne à partir de 2014) et ceux défendant le développement d’un système  européen autonome, qui garantirait la souveraineté opérationnelle et technologique de l’UE dans ce domaine.  Le missile Aster de MBDA s’y prête parfaitement. Alors que l’Aster Block1, qui existe en version terrestre, peut neutraliser des missiles de  600 km de portée pour une altitude d’interception de 10 km environ, le développement d’un nouveau missile, l’Aster Block2, permettrait une interception entre 20 et 60 km, assurant une défense contre des missiles d’une portée allant jusqu’à 3000 km. Un tel outil permettrait de se prémunir contre l’essentiel des menaces, 93% des engins balistiques existant aujourd’hui ayant une allonge inférieure à 1000 km. 

 

 

L'Aster Block 1 équipe l'armée de Terre française (© MBDA)

L'Aster Block 1 équipe l'armée de Terre française (© MBDA)

 

 

Au passage, l’Europe pourrait développer une composante de DAMB navale, puisque l’Aster 30 équipe les nouveaux bâtiments de défense aérienne britanniques, français et italiens (T45 et Horizon), par ailleurs dotés des indispensables moyens de détection à longue portée (radar SMAR-L) et de poursuite (Sampson, EMPAR). Moyennant certaines adaptations des systèmes de combat et l’optimisation des senseurs, ces navires pourront offrir une première capacité européenne de DAMB navale. Celle-ci fournirait un bouclier anti-missile au territoire de l’UE, à partir de la Méditerranée par exemple, mais pourrait aussi servir à la protection des bases et des unités déployées à l’étranger. On notera qu’en matière d’électronique, les moyens européens commencent déjà à évoluer. Thales développe, ainsi, une nouvelle version du SMART-L, optimisé pour la DAMB. Ce radar équipera les frégates néerlandaises du type LCF, leur offrant une capacité d’alerte lointaine et de désignation d’objectif. Le groupe d’électronique français planche, également, sur une évolution du radar multifonctions Herakles, afin que celui-ci puisse servir à la conduite de tir contre des missiles balistiques.

 

 

Frégate du type franco-italien Horizon (© MARINA MILITARE)

Frégate du type franco-italien Horizon (© MARINA MILITARE)

 

Destroyer britannique du type 45 (© ROYAL NAVY)

Destroyer britannique du type 45 (© ROYAL NAVY)

 

Frégate néerlandaise du type LCF avec son radar SMART-L en noir (© RNN)

Frégate néerlandaise du type LCF avec son radar SMART-L en noir (© RNN)