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La démolition navale

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À la demande de Mer et Marine, Georges Tourret a actualisé les pages qu'il avait consacrées à la démolition navale dans l'ouvrage collectif Mare Economicum (prix place de Fontenoy 2009) coordonné par Patrice Guillotreau. Ancien directeur du BEAmer, Georges Tourret a été rappelé à l'activité par le ministère des Transports de l'Equipement et de la mer pour suivre les travaux (février 2006 à février 2007) de la Mission interministérielle sur le démantèlement des navires civils et militaires (MIDN) mise en place au sein du Secrétariat général de la mer. En plus de l'actualisation de « L'acier est un produit éternel », Georges Tourret nous apporte également son avis d'expert à travers des questions d'actualité liées à la problématique du démantèlement des navires (dans la deuxième partie de l'article).
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L'ACIER EST UN PRODUIT ÉTERNEL

Par Georges Tourret, administrateur général des Affaires maritimes

Les produits issus des opérations de démolition navale (DN) sont constitués à plus de 95% par des éléments métalliques principalement en acier. Ces ferrailles navales retournent dans les circuits de l'industrie sidérurgique laquelle produit actuellement (et de plus en plus souvent en Chine) près de 1200Mt d'acier par an.

Trois processus techniques y sont en oeuvre : hauts-fourneaux/convertisseurs ; fours électriques ; relaminage/tréfilage direct de ferrailles.

- Le premier fabrique à partir de minerai de fer et de cokes des aciers de qualité et principalement des produits plats (tôles) ;

- le deuxième utilise pour l'essentiel des ferrailles de recyclage et fabrique surtout des produits longs (profilés, poutrelles, etc.) ;

- le troisième qui se sert aussi de ferrailles, est beaucoup plus marginal, concentré dans le sous-continent indien (SCI) et ne fabrique, à faible coûts, que des fers à béton bas de gamme (produit localement très demandé) mais du fait qu'on n'y utilise que des ferrailles navales, il a une importance particulière pour le sujet en cause.

La demande mondiale d'acier ne cesse, tendanciellement, de croître car corrélée à la croissance globale de l'économie notamment en Asie. Les prix de la ferraille s'en ressentent en fonction de la situation de l'offre par rapport à demande à un instant « t ». Il est à noter que l'industrie sidérurgique est la seule au monde dont près de la moitié la production est issue de produits de recyclage et que cette proportion ne peut aller que croissant, certes lentement mais sûrement. L'acier est, même si ce n'est pas intégralement, un produit éternel ... Les 500000Kt (ou 500Mt) de ferrailles annuellement remises dans le circuit sidérurgique proviennent pour la quasi-totalité de collectes terrestres, de plus en plus efficaces, d'équipements métalliques divers (véhicules hors d'usage, produits électroménagers, poutrelles, déconstructions d'usines et de bâtiments, etc.) La fabrication d'aciers issus de ferrailles est beaucoup moins gourmande en énergie et plus économe en émissions de CO2 que tous les processus utilisant le minerai de fer.

La démolition navale : une activité marginale ...

La flotte mondiale de haute mer est constituée d'à peu près 45000 à 60000 unités en fonction de la taille minimale prise en compte (100, 300 ou 500 Tb). En supposant de façon réaliste que la durée moyenne d'utilisation des navires est de 30 ans, on pourrait tabler sur des envois à la DN d'environ 1500 à 2000 navires par an. Il faut en fait nuancer cette estimation, car il faut en retirer les navires en perte totale et irrécupérables et les abandons plus ou moins sauvages notamment pour les petites tailles, ainsi que les maintiens en navigation, les reconversions, les désarmements. Le marché de la DN est assez bien suivi, mais les données disponibles ne sont collectées qu'au regard des diminutions induites de la capacité mondiale de transport et perdent de leur fiabilité au fur et à mesure que la taille des navires diminue. Il doit y avoir actuellement un certain nombre de démantèlements sauvages non référencés, une tendance à reculer l'âge de sortie de flotte en période de frets élevés, plus d'abandons encore qu'on ne le pense surtout en temps de crise ... Lissés sur les dix dernières années et en tenant compte