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Marine Marchande
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La drague Samuel de Champlain prépare sa conversion au GNL

Marine Marchande
Vie Portuaire

Alors que la construction de la remplaçante de la drague bordelaise La Maqueline doit débuter à la fin du mois, la Samuel de Champlain se prépare quitter le port de Nantes Saint-Nazaire pour être équipée à Dunkerque d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié. Un projet majeur conduit par le GIE Dragages Port qui fera de ce navire le premier sous pavillon français à naviguer au GNL, un carburant qui permet d’éliminer ou de réduire sensiblement les émissions polluantes (SOx, NOx, particules fines, CO2).

Les travaux, prévus pour durer trois mois et demi avec les essais, seront réalisés par le chantier dunkerquois de Damen, l’ingénierie étant confiée au cabinet toulousain LMG Marin France, filiale du groupe norvégien LMG Marin et grand spécialiste de la propulsion GNL.

Il s’agit de remplacer le compartiment machines de la Samuel de Champlain, aujourd’hui dotée d’une propulsion diesel électrique. Les deux moteurs électriques de propulsion seront conservés, ce sont les groupes diesels qui vont être remplacés par trois nouveaux moteurs duals MAN 35/44 DF fonctionnant aussi bien au GNL qu’avec un carburant classique.

Un nouveau bloc pour remplacer le compartiment machines

Pour faciliter l’opération de conversion, qui doit être bouclée dans des délais assez serrés, il a été décidé de fabriquer un nouveau bloc intégrant ces moteurs et différents systèmes auxiliaires. Cela découle notamment du fait qu’il fallait complètement revoir le compartiment en raison de la hauteur et de la longueur plus importantes des nouveaux moteurs.

La fabrication du bloc a été lancée en juin dernier chez Damen Dunkerque. Il mesure 2 mètres de hauteur pour 10 mètres de largeur et 12 mètres de long. Une fois la drague en cale sèche, son compartiment machines sera découpé et extrait, puis remplacé par la nouvelle structure. On notera que le navire ne sera pas scindé en deux, la partie supérieure de la coque au niveau du compartiment machines étant conservée. L’ancien compartiment machines et le nouveau bloc seront donc extraits et mis en place à la façon d’un tiroir. Les cuves de stockage du GNL seront quant à elles posées sur le puits du navire. Au nombre de deux, elles présentent un volume total de 170 m3 chacune, pour une contenance unitaire de 153 m3 de GNL. 

 

Le nouveau bloc produit par Damen (© GIE DRAGAGE PORT)

Le nouveau bloc produit par Damen (© GIE DRAGAGE PORT)

 

Départ fin septembre

Le départ de la Samuel de Champlain a été légèrement retardé, le navire étant arrêté depuis le début du mois d’août à Saint-Nazaire en raison d’une avarie sur l’un de ses moteurs de propulsion. Les réparations sont en cours, sans avoir besoin de passer en cale sèche mais la remise en état de certaines pièces prend un peu de temps. Du coup, le navire devrait être finalement remis en exploitation vers le 17 septembre, pour trois semaines. Après des interventions en Loire, il devrait partir à la fin du mois et pourrait profiter de son transit en Manche pour s’arrêter en Seine et y travailler brièvement avant de remonter jusqu’à Dunkerque. Son entrée en cale sèche chez Damen est prévue au cours de la première quinzaine d’octobre (vers le 8/10 normalement) en vue d’une remise à l’eau après travaux juste avant Noël. Suivra ensuite une période d’essais, à quai puis en mer. Le GIE Dragages Port a pour objectif que la drague soit de nouveau opérationnelle fin janvier.

La plus grosse unité du GIE Dragages Ports

Plus grosse unité du GIE Dragages Ports, la Samuel de Champlain a été construite en 2002 à Gijón, en Espagne. Drague aspiratrice en marche d’une capacité de 8500 m3, elle mesure 117 mètres de long pour 24 mètres de large. Disposant d’une élinde latérale, elle peut opérer par des profondeurs de 10 à 26 mètres. Il s’agit du principal moyen de dragage du port de Nantes Saint-Nazaire, qui en est le principal utilisateur (six mois par an), la loue coque nue auprès du GIE et en assure l’armement. Le navire intervient en complément, via des sous locations, au profit du Havre et de Rouen, avec aussi quelques missions dans le port de Bordeaux.

Une nouvelle drague GNL pour Bordeaux

Ce dernier va d’ailleurs lui aussi disposer de moyens propres fonctionnant au GNL, le dragage faisant donc office de pionnier en France sur le développement de ce nouveau mode de propulsion plus respectueux de l’environnement. Ainsi, en janvier dernier, une nouvelle unité de 40 mètres de long pour 11 mètres de large, qui mettra en œuvre un système de dragage par injection d’eau (à 2.5 bar), a été commandée au chantier boulonnais Socarenam. Destinée à remplacer La Maqueline, drague à benne de 49.9 mètres construite à Strasbourg en 1984 et exploitée au profit du port de Bordeaux, L’Ostrea doit être livrée à l’été 2019. La construction de la coque, sous-traitée par Socarenam au chantier Crist de Gdansk, doit débuter à la fin du mois. Elle sera ensuite remorquée à Boulogne pour son achèvement. On notera que L’Ostrea sera le premier navire neuf doté d’une propulsion GNL sortant d'un chantier français. Son design a été élaboré par le bureau d’études de Socarenam, en collaboration sur ce projet avec le cabinet d’ingénierie belge Multi, qui travaille de longue date avec des opérateurs majeurs du dragage, comme DEME et Jan de Nul.

Port de Nantes Saint-Nazaire Damen