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La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive

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La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive

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Ce fut un tournant, une véritable rupture technologique et industrielle. Vingt ans déjà que le La Fayette, admis au service actif le 22 mars 1996, sillonne les mers du globe. Première frégate furtive, elle fut suivie de quatre sisterships au sein de la Marine nationale : Surcouf et Courbet en 1997, Aconit en 1999 puis Guépratte en 2001. Et ce modèle a remporté de beaux succès à l’export, à Taïwan d’abord (6 exemplaires) et dans des versions évoluées en Arabie Saoudite (3) puis à Singapour (6).

Deux décennies après leurs débuts, les « FLF », comme on les appelle, ne semblent pas avoir pris une ride et leur design, avant-gardiste pour l’époque, leur permet de garder une allure des plus modernes. Au point qu’on les confond souvent avec des bateaux neufs. « Souvent imité, rarement égalé », comme le rappelle l’actuel commandant du La Fayette, ce bâtiment conserve selon le capitaine de frégate Ouk « de belles capacités qui entretiennent encore aujourd’hui l’image de modernité qu’il véhicule ».

 

Le La Fayette (© : MARINE NATIONALE)

Le La Fayette (© : MARINE NATIONALE) 

 

La naissance d’un tel navire n’a, toutefois, rien eu d’évidente. Ce fut le fruit d’une démarche longue et complexe entre besoins opérationnels et innovations. Et dans un milieu naval habituellement très conservateur, une poignée d’architectes, d’ingénieurs et d’officiers a su faire preuve d’audace et, contre vents et marées, résister aux doutes, aux critiques et aux pressions pour permettre à cette avancée majeure de voir le jour.

C’est cette passionnante histoire, avec le souvenir d’acteurs clés de l’époque, que nous vous racontons aujourd’hui.

 

L'aviso-escorteur Victor Schoelcher (© : MARINE NATIONALE)

L'aviso-escorteur Victor Schoelcher (© : MARINE NATIONALE) 

 

La succession des avisos-escorteurs

Nous sommes au milieu des années 80. A l’état-major de la Marine nationale et au Service Technique des Constructions et Armes Navales (STCAN) - DCNS est encore la Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN), rattachée directement au ministère de la Défense - on commence à plancher sur la succession des avisos-escorteurs, dont 9 exemplaires ont été construits dans les années 60. Ces bâtiments de 102 mètres et 2200 tonnes de déplacement en charge sont conçus pour l’escorte et la présence outre-mer. Alors qu’il va également falloir penser au remplacement des 17 avisos du type A69 les plus anciens, dont certains sont également employés pour la surveillance des territoires ultramarins, les marins français imaginent pour succéder à ces bateaux une frégate légère.

Le retour d’expérience des Malouines et de la guerre Iran-Irak

Première guerre navale moderne depuis 1945, le conflit des Malouines entre le Royaume-Uni et l’Argentine, qui s’est déroulé en 1982, s’est invité dans les réflexions. Car il a apporté des enseignements précieux quant à la vulnérabilité des bâtiments de combat. Face à l’aviation argentine, la Royal Navy paye en effet un lourd tribut, en perdant notamment quatre unités très modernes, les destroyers Sheffield et Coventry (type 42), ainsi que les frégates Ardent et Antelope (type 21). Le premier a été mis hors de combat par un missile antinavire AM39 Exocet tiré d’un Super Etendard. Les lance-leurres n’ont pas été activés assez tôt et, même si le missile n’explose pas, son carburant embrase le premier T42, âgé de seulement 7 ans et qui finit par couler quelques jours plus tard. Quant aux frégates du type 21, le recours à l’aluminium se révèle désastreux pour maîtriser les incendies provoqués par les bombardements argentins.

 

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