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La filière des éoliennes offshore voit le jour en Pays de la Loire

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La filière des éoliennes offshore voit le jour en Pays de la Loire

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Après les grands discours, voici venue l’heure des concrétisations. Annoncée depuis plusieurs années, la filière de l’éolien offshore et, plus largement, celle des énergies marines renouvelables, devient une réalité dans les Pays de la Loire. Vendredi dernier, à l’occasion du Comité stratégique sur les EMR organisé à Nantes, politiques et industriels ont fait le point sur les avancées du secteur. « L’éolien en mer est l’un des piliers de la stratégie industrielle et de transition énergétique de la région Pays de la Loire. Les gisements d’emplois sont réels sur les activités de construction, de pose et de maintenance d’éoliennes marines. L’équipement du parc de Saint-Nazaire va porter cette nouvelle filière, qui pourrait générer, à terme 3500 emplois, se développer à l’export et générer plusieurs milliards d’euros de retombées économiques. Notre mobilisation à tous porte aujourd’hui ses fruits, grâce au rôle moteur de nos industriels, qui, quelle que soit leur taille, convergent pour déployer une stratégie de long terme en faveur des énergies marines renouvelables », s’est félicité Jacques Auxiette, président du Conseil régional des Pays de la Loire.

 

 

Jacques Auxiette faisant le point vendredi avec le industriels (© OUEST MEDIA)

Jacques Auxiette faisant le point vendredi avec le industriels (© OUEST MEDIA)

 

 

180 millions d’euros d’investissements régionaux d’ici 2020

 

 

Depuis 2009, la région apporte un soutien très fort à la constitution de la nouvelle filière, pas moins de 180 millions d’euros devant être investis d’ici 2020 dans chaque maillon de la chaîne de valeurs, de la conception à l’exploitation. Un effort régional qui s’ajoute à celui de l’Etat, qui a déjà mobilisé 150 millions d’euros, au titre du programme des investissements d’avenir, pour des projets de R&D et de démonstrateurs sur l’Ouest de la France, impliquant notamment des entreprises ligériennes.

 

Alors que les élus locaux souhaitent faire de l’axe Nantes – Saint-Nazaire le premier pôle français dans le domaine des EMR, la filière se construit autour de plusieurs grands acteurs industriels : EDF Energies Nouvelles, lauréat notamment de l’appel d’offres pour le futur champ éolien de Saint-Nazaire (banc de Guérande) et candidat à celui de Noirmoutier, un peu plus au sud, Alstom qui fournira les machines équipant les parcs exploités par EDF, ou encore les chantiers STX France, qui se positionnent sur les sous-stations électriques, les fondations de type jacket et les pièces de transition.

 

 

Le chantier des nouvelles usines de Montoir (© ALSTOM)

Le chantier des nouvelles usines de Montoir (© ALSTOM)

 

Le chantier des nouvelles usines de Montoir (© ALSTOM)

Le chantier des nouvelles usines de Montoir (© ALSTOM)

 

 

Deux usines en cours de construction à Montoir

 

 

Anticipant le résultat favorable des études de levée de risques (période durant laquelle les consortiums lauréats du premier appel d’offres sur l’éolien offshore ont validé techniquement et financièrement la viabilité de leurs projets), Alstom, qui dispose d’un atelier provisoire à Saint-Nazaire, a déjà lancé, à quelques kilomètres de là, la construction de deux nouvelles usines, implantées à Montoir-de-Bretagne. Dédiées à la fabrication des turbines et nacelles de l’éolienne géante Haliade 150, d’une puissance de 6 MW, ces sites, qui pourront produire jusqu’à 100 machines par an, seront achevés fin 2014 pour être opérationnels l’année suivante.

 

 

Vue de l'une des futures usines de Montoir (© ALSTOM)

Vue de l'une des futures usines de Montoir (© ALSTOM)

 

Vue de l'une des futures usines de Montoir (© ALSTOM)

Vue de l'une des futures usines de Montoir (© ALSTOM)

 

 

Alors que leur mise en service va générer la création de 300 emplois, la construction à elle seule représente un investissement de 45 millions d’euros, les trois-quarts étant revenus à des entreprises de Loire Atlantique.

Alstom poursuit en outre ses tests sur le prototype de l’Haliade 150, installé en bord de Loire sur le site du Carnet. Cette machine, inaugurée en mars 2012, a vu sa courbe de puissance validée cette année et doit recevoir sa certification finale au premier semestre 2014.

 

 

Le prototype de l'Haliade 150 au Carnet (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le prototype de l'Haliade 150 au Carnet (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

 

Des promesses de commandes pour STX France

 

 

Alstom et STX France ont, par ailleurs, annoncé vendredi la signature d’un protocole de collaboration exclusive portant sur la fourniture des pièces de transition (permettant de fixer le mât de l’éolienne à sa fondation). Cet accord concerne le second appel d’offres français, sur lequel Alstom et EDF EN sont en compétition face à GDF Suez et Areva sur les sites de Noirmoutier et du Tréport, soit 80 machines chacun concernant le premier consortium. Rien n'est donc fait, mais le partenariat se révèle de très bon augure pour le chantier nazairien, qui se positionne sur les pièces de transition du premier appel d’offres (240 éoliennes sur les sites de Guérande, de Fécamp et de Courseulles-sur-Mer). De même, STX France propose ses services pour réaliser les sous-stations électriques de chaque champ, une première structure de ce type ayant été vendue à l’export. Destinée à un parc britannique en mer du Nord, elle est en cours de réalisation en vue d’une livraison au printemps prochain. La sous-station repose sur un jacket, type de fondation métallique dont STX France a développé des modèles innovants afin de percer le marché international.

 

 

Construction d'une première sous-station électrique (© STX FRANCE - B. BIGER)

Construction d'une première sous-station électrique (© STX FRANCE - B. BIGER)

 

Construction d'un jacket (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Construction d'un jacket (© STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

 

Entrainer les sous-traitants dans le sillage des donneurs d’ordres

 

 

Sur tous les sujets liés aux énergies marines renouvelables (EMR), STX France travaille en étroite collaboration avec son réseau de sous-traitants. Celui-ci s’est structuré depuis plusieurs années autour d’un groupement professionnel, Neopolia, qui rassemble 165 entreprises représentant 13.000 emplois en Pays de la Loire. Des sociétés qui travaillent pour STX France mais aussi d’autres grands donneurs d’ordres régionaux, comme Airbus ou DCNS. Dans le domaine naval, et plus particulièrement celui des énergies marines, un cluster EMR regroupant 85 entreprises s’est fédéré depuis 2011. « Nous travaillons sur tous les sujets pouvant générer du business pour nos entreprises. Notre objectif est d’accompagner les grands donneurs d’ordres, ce qui ne signifie pas forcément être suiveur, mais aussi travailler directement avec eux comme co-développeurs », souligne Jean-Claude Charrier, président de Neopolia. Plusieurs membres du groupement sont, ainsi, mobilisés sur la sous-station électrique de Dong, qui génère 1.5 million d’euros pour les sous-traitants. Les coréalisateurs ligériens ont, par ailleurs, été retenus par Alstom pour développer et réaliser un nouveau berceau destiné au transport des nacelles d’Haliade 150. Et Neopolia mise sur d’autres projets, comme les jackets conçus par STX France ou les helipads (plateformes pour les hélitreuillages de matériels) intégrés aux nacelles d’éoliennes.  « Il est très important d’entrainer avec nous, dans ce nouveau secteur d’activité, des entreprises avec lesquelles nous travaillons d’habitude », souligne Laurent Castaing, directeur général de STX France. Le son de cloche est le même du côté d’Alstom : «Nous avons une règle dans le groupe, dans tous les métiers, qui est de créer 3 à 4 emplois induits pour chaque emploi créé en interne. Ici, nous travaillons en symbiose avec les sous-traitants locaux. Nous avons déjà passé de premières commandes à des entreprises de Neopolia et cela va s’accélérer dans les mois à venir », assure Jérôme Pécresse, président d’Alstom Renewable Power.  

 

 

Helipad d'une Haliade 150 (© ALSTOM)

Helipad d'une Haliade 150 (© ALSTOM)

 

Transport d'une turbine d'Haliade 150 (© ALSTOM)

Transport d'une turbine d'Haliade 150 (© ALSTOM)

 

 

Un hub logistique aménagé à Saint-Nazaire

 

 

EDF EN n’est pas en reste. Le groupe a officialisé le 6 décembre le choix de Saint-Nazaire pour implanter le hub logistique qui servira au pré-assemblage des éoliennes avant leur installation en mer. Pour se faire, le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire va aménager une zone d’une quinzaine d’hectares jouxtant la forme-écluse Joubert, où les navires de pose viendront embarquer les différents éléments de machines. C’est également là qu’arriveront les pièces produites par d’autres sites (notamment les pales et mâts fabriqués dans les nouvelles usines d’Alstom à Cherbourg). Ce hub logistique va permettre de créer 200 emplois directs et indirects.

 

 

La zone de la forme Joubert (© EIFFEL INDUSTRIE MARINE)

La zone de la forme Joubert (© EIFFEL INDUSTRIE MARINE)

 

Une idée du futur hub logistique (© GPMNSN)

Une idée du futur hub logistique (© GPMNSN)

 

 

Former les nouvelles recrues

 

 

Fabrication d’équipements, logistique, installation en mer puis maintenance… L’éolien offshore va donc engendrer la création de plusieurs milliers d’emplois directs et indirects dans la région. Des personnels qui devront disposer de savoir-faire particuliers, les recrutements s’accompagnant bien sûr de plans de formation, puisqu’il s’agit en partie de nouveaux métiers. « Nous avons beaucoup investi sur la formation car nous avons des besoins spécifiques. Nous avons des équipes à Nantes afin de recenser les formations existantes. Nous recherchons notamment des bacs pro et des BTS axés sur la maintenance industrielle. Ils existent dans la région mais il nous faut une spécialisation sur les travaux maritimes. De même, il est nécessaire de mettre en place des actions de formation professionnelle pour les candidats déjà diplômés. Nous travaillons sur le sujet avec Pôle Emploi », explique par exemple Yvon André, directeur général d’EDF EN. Les autres acteurs, comme Alstom, ont également lancé des plans d'action afin de recruter des personnels qualifiés. 

 

 

Fabrication d'une turbine d'éolienne (© ALSTOM)

Fabrication d'une turbine d'éolienne (© ALSTOM)

 

 

Montée en puissance de la recherche

 

 

Les choses bougent aussi dans le domaine de la recherche et du développement. STX France et le cluster EMR de Neopolia travaillent sur différentes innovations dans le secteur des énergies marines. Alstom, de son côté, a annoncé la création d’un nouveau centre de recherche qui comprendra à terme 250 personnes spécialisées en ingénierie, logistique, maintenance, installation et mise en service des futurs projets. Il sera ouvert en 2015 à Bouguenais, près de Nantes, juste à côté de l’Institut de Recherche Technologique Jules Verne, axé sur les technologies avancées de production et qui doit accueillir un millier de scientifiques. Un nouveau pôle de recherche qui disposera d’une structure dédiée au secteur naval, le Technocampus Océan, dont la pose de la première pierre interviendra le mois prochain. Cette plateforme, dédiée aux expérimentations propres à la construction navale et aux EMR, sera dotée de bancs de test des nouveaux objets industriels à la mer (soumis aux fortes contraintes spécifiques du milieu marin).

 

 

Le projet Winflo (© DCNS)

Le projet Winflo (© DCNS)

 

 

Les autres énergies marines

 

 

En dehors de l’éolien offshore « posé », c'est-à-dire reposant sur des fondations en prise avec le fond marin, les acteurs régionaux du secteur travaillent sur d’autres types d’EMR. C’est le cas par exemple des hydroliennes, pour lesquelles Alstom dispose depuis 2010, à Nantes, d’une équipe forte d’une cinquantaine de personnes planchant sur cette technologie. Le groupe s’intéresse également à l’éolien flottant. Mais, dans les deux cas, les essais en mer sont ou seront réalisés à l’étranger.

L’expérimentation en mer d’autres projets, comme l’éolienne flottante Winflo, développée par DCNS et Nass&Wind, sera en revanche réalisée au large de la Loire Atlantique. Un site d’essais dédié aux tests de ce type de machines, mais aussi de projets houlomoteurs, a en effet été implanté devant Le Croisic. Il s’agit du SEM-REV, qui a été raccordé l’an dernier au réseau électrique terrestre. Ce moyen d’essais s’ajoute au site d’expérimentation du Carnet, ainsi qu’à la soufflerie aérodynamique du CSTB, un outil unique en Europe.

 

 

Vent d’enthousiasme

 

 

L’ensemble des pièces constituant le grand puzzle de la nouvelle filière EMR s’assemble donc progressivement dans les Pays de la Loire. Et cela dans un bel enthousiasme général, porté par l’ampleur des projets et les enjeux qui en découlent. « Chaque champ représente un investissement d’environ 2 milliards d’euros. Les enjeux sont très importants, d’un point de vue industriel bien sûr, puisqu’il s’agit de constituer une nouvelle filière, mais aussi en termes d’environnement. L’éolien offshore, en complétant d’autres dispositifs existants, comme le solaire, doit permettre d’atteindre les objectifs de la France de disposer à l’horizon 2020 de 23% d’énergies renouvelables », rappelle Yvon André. Bien sûr, l’engouement est d’autant plus fort qu’en cette période économique et sociale difficile, les grands projets, pourvoyeurs de développement industriel et de créations d’emplois, ne sont pas légion. L’ensemble des acteurs concernés mise donc sur l’éolien offshore pour initier une grande dynamique et sortir de la morosité qui a prévalu dans l’industrie navale ces dernières années. 

 

 

Première Haliade 150 installée en mer, dans les eaux belges (© ALSTOM - NICOLAS JOB)

Première Haliade 150 installée en mer, dans les eaux belges (© ALSTOM - NICOLAS JOB)

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