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La formation des EPE, un stage chez les commandos marine (2/5)

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La formation des EPE, un stage chez les commandos marine (2/5)

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80 marins, issus d'une vingtaine de spécialités différentes et de 42 unités de la Marine nationale, ont été sélectionnés pour le stage de formation afin d'intégrer les équipes de protection embarquée (EPE) déployées à bord des thoniers aux Seychelles. 80 hommes, de la petite vingtaine à la quarantaine passée, du matelot au major, qui, pendant quinze jours, vont suivre un rythme intensif de formation, encadrés par des instructeurs issus du commando de Penfentenyo.

Le soleil tape sur les dunes de Gâvres. Les pavillons rouges sont hissés dans les mâts du terrain militaire. L'exercice de tir, le premier du stage de formation des futures équipes de protection embarquée (EPE), a commencé. Les 80 stagiaires ont été répartis en deux groupes : un jour pour s'entraîner au tir au fusil d'assaut, un autre pour la mitrailleuse.

Rappeler les fondamentaux du tir

Sur le pas de tir, les hommes s'alignent. Les cibles sont à 200 mètres. Derrière eux, des instructeurs de la base des fusiliers commandos dispensent des conseils et corrigent la position de tir. Un peu en retrait, les commandos marine observent et notent. Piazou, l'officier responsable de la sélection des futures EPE, évalue d'un coup d'oeil les marins selon leur posture de tir. « Tu vois, lui, il est fusilier, ça se voit tout de suite, il est dans la bonne position. C'est normal, évidemment. Les autres, ceux qui ne sont pas de spécialité fus', ne sont pas aussi familiers avec le maniement des armes. Ils ont eu des instructions quand ils sont rentrés dans la marine, mais souvent ils ne sont pas amenés à avoir des entraînements de tir dans le cadre de leur travail à bord. Ces deux jours d'entraînement sont aussi là pour leur rappeler les fondamentaux du maniement des armes ».

Entraînement au tir (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Entraînement au tir (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les marins transpirent dans leur treillis. Le rythme est intense et la pression monte. Les commandos sont silencieux et attentifs. Un jeune matelot quitte le pas de tir, le regard inquiet, il sait que sa cible n'est pas très réussie et il ne veut pas se disqualifier. Piazou le sait, le visage est impassible, mais le regard est indulgent. « Ils n'ont pas l'habitude de ça. Évidemment, les tests sont notés. Mais c'est surtout pour nous permettre d'identifier là où le bât blesse et pour leur permettre de progresser ». Le ton et l'ambiance sont quand même volontairement très militaires. Très commando ? « Un peu forcément. Le fait d'être commando nous permet de bien définir le cadre de leur action et de détecter rapidement comment les gens se comportent. Mais, attention, ils ne font pas le stage commando, là. Ils sont là pour apprendre à bien remplir une mission spécifique et nous sommes là pour les y préparer et les aider à la mener dans les meilleures conditions possibles ».

(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)



Assimiler les règles d'engagement

Un peu plus loin, des binômes s'entraînent au maniement de la mitrailleuse. « L'entraînement, c'est évidemment l'apprentissage du tir, mais c'est aussi l'apprentissage des règles d'engagement : savoir comment répondre selon l'intensité de la menace ». Les règles d'engagement, dans le cadre de la protection des navires civils contre la piraterie, sont définies clairement. Autour du navire, différentes zones, matérialisées par des cercles concentriques, sont définies. Si une embarcation s'approche, la réponse de l'équipe de protection embarquée va s'intensifier à chaque franchissement de zone, donc à chaque fois que l'embarcation suspecte va s'approcher du navire. « Il faut une vigilance de chaque instant. Avec une bonne veille, on peut normalement éviter une grande majorité d'évènements où l'usage de la force et des armes est nécessaire. Il faut que l'équipe puisse identifier suffisamment tôt une embarcation suspecte, de manière à pouvoir d'abord l'appeler à la VHF, pour lui demander ses intentions. Et cela est souvent dissuasif, les pirates ne vont avoir forcément envie de se frotter à un navire protégé par des militaires. Si cela ne suffit pas, et si l'embarcation poursuit son avancée vers le navire protégé, la réponse est graduée selon la distance de la zone sanctuaire ». Cela peut commencer par saturer la zone en faisant du bruit avec la mitrailleuse, puis ce sont des tirs de sommation. « Le tir au but, c'est le dernier recours, quand les intentions des pirates sont clairement identifiées et qu'ils ont pénétré la zone sanctuaire ; alors la menace est immédiate et réelle. Il faut qu'ils soient préparés à cette possibilité aussi ».

Entraînement au tir (© : MARINE NATIONALE)
Entraînement au tir (© : MARINE NATIONALE)

Des équipes avec des spécialités complémentaires

Cette possibilité, François y a pensé en se portant volontaire pour le stage. La petite trentaine, il est manoeuvrier de spécialité. « J'ai embarqué sur pas mal de bâtiments différents, des remorqueurs, des patrouilleurs, des frégates. À chaque fois, j'ai demandé à faire partie des brigades de protection de mes bâtiments. Alors, si je suis volontaire pour les EPE, c'est évidemment que j'aime l'action, mais aussi parce que je connais bien le monde de la pêche. Et je comprends la nécessité de protéger ces bateaux qui donnent du travail à beaucoup de marins, que ces gars ont des familles à nourrir et qu'ils n'ont jamais demandé à se retrouver dans de telles situations de danger. J'espère pouvoir les aider à ma manière en embarquant avec eux. Et je pense que le fait que je sois manoeuvrier, donc avec de bonnes connaissances de navigation, pourra être utile au sein d'une EPE ».
Piazou approuve. « Bien sûr, l'enveloppe des EPE, le chef et son second, est constituée par les hommes de spécialité fusilier-commando. Mais un manoeuvrier par ses compétences nautiques va, par exemple, pouvoir communiquer facilement avec le patron du thonier ou évaluer rapidement une situation sur l'eau. Il faut mixer ces populations et faire cohabiter les spécialités ». Et même les plus inattendues. Comme celle de Nicolas, mécanicien d'armes et "pilote" sur sous-marins. Un grand sourire sur les lèvres, il apprécie cette nouvelle expérience, « je voulais faire un peu de surface, découvrir autre chose, me sentir utile dans un autre contexte. » Dans le cadre de son métier, Nicolas embarque plusieurs semaines à bord d'un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE), à bord duquel il est torpilleur, « en poste de combat, mon rôle est de mettre en oeuvre la soute tactique. Je pense que cela m'a donné le sens du risque et appris la réaction d'urgence ». Le sang-froid du sous-marinier lui sera sans doute utile au large des Seychelles. « Et puis, j'ai envie d'être au contact des pêcheurs, cela me fera une expérience enrichissante ».
Les carnets de Piazou et de ses adjoints sont remplis. Il est temps de rentrer à Lorient. « Le groupe est motivé. Il y a cependant des éléments à surveiller, il y a chez un ou deux d'entre eux des signes qui ne nous satisfont pas ». Pour l'instant, les commandos marine en sont aux premières évaluations. Et déjà, ils esquissent les premières ébauches d'équipes. « On n'a vu que l'exercice de tir, mais déjà on sent les leaders naturels et les tempéraments qui vont bien. On note. On va voir si cela se confirme ».

La suite de ce reportage dans notre édition de demain.
Marine nationale