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La France dévoile son prochain porte-avions nucléaire
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La France dévoile son prochain porte-avions nucléaire

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Avec une longueur de plus de 300 mètres et un déplacement en charge d’au moins 75.000 tonnes, ce sera le plus grand bâtiment de guerre ayant vu le jour en Europe et, à ce stade, le plus imposant au monde après ses homologues américains, dont il approchera le gabarit. Cependant, alors que, sur fond d’accroissement des tensions internationales et de militarisation des espaces maritimes, de plus en plus de nations se dotent de porte-aéronefs ou développent et renouvellent leurs moyens dans ce domaine, des bâtiments aussi imposants pourraient bien voir le jour dans les deux prochaines décennies. On pense en particulier à la Chine et à la Russie, qui disposent aujourd’hui d’unités de 304 mètres et 60.000 tpc. Mais pas, comme la France et les Etats-Unis, de porte-avions à catapultes offrant des capacités nettement supérieures à l’aviation embarquée. 

« Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie stratégique »

Dans ce contexte international difficile et face à un avenir des plus incertains, la France a donc fait le choix de doter sa flotte d’un outil de projection de puissance comme elle n’en a jamais eu. Cela, 100 ans après les débuts du tout premier porte-avions français, l’ancien Béarn, à bord duquel le lieutenant de vaisseau Paul Teste, aux commandes d'un Hanriot monoplace, réalisa un premier appontage le 20 octobre 1920 en rade de Toulon.

Hier, à l’occasion d’un déplacement sur le site Framatome du Creusot (Saône et Loire) au cours duquel il a affirmé son soutien à la filière nucléaire française, civile et militaire, Emmanuel Macron a officialisé sa décision de lancer le programme de porte-avions de nouvelle génération (PANG). Et son choix d’opter, comme c’est le cas du Charles de Gaulle, pour une propulsion nucléaire. « Le nucléaire restera la pierre angulaire de notre autonomie stratégique (...) notre statut de grande puissance passe par la filière nucléaire. La dissuasion, nos sous-marins, notre porte-avions, tout ce qui fait que la France est une puissance indépendante, écoutée, respectée, repose sur vos savoir-faire », a dit le président de la République aux salariés de Framatome et aux représentants de toute la filière venus au Creusot.

Un nouveau géant pour les chantiers de Saint-Nazaire

Appelé à succéder à l’actuel porte-avions français, mis en service en 2001 et qui doit prendre sa retraite en 2038, le PANG verra le jour aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, désigné depuis 2008 par l’Etat pour la construction de toutes les plateformes militaires de plus de 8000 tonnes. Naval Group, qui avait réalisé le Charles de Gaulle à Brest, a en effet cessé son activité de constructions neuves à la pointe Bretagne, ne conservant en la matière que son site de Lorient pour les unités de surface de moins de 8000 tonnes, essentiellement des frégates et corvettes, ainsi que Cherbourg pour la production de sous-marins.

Grâce à ses immenses infrastructures, Saint-Nazaire peut réaliser rapidement et à un coût bien plus compétitif que les anciens arsenaux brestois les plus grands navires du monde. Le record y demeure détenu par le supertanker Pierre Guillaumat, né en 1977 dans l’estuaire de la Loire. Un mastodonte de de 414 mètres de long pour 63 mètres de large et 555.000 tonnes de port en lourd. Plus récemment, les Chantiers de l’Atlantique ont produit les plus gros paquebots de l’histoire de la croisière, dont le dernier représentant, le futur Symphony of the Seas (362 mètres de long pour 47 mètres de large à la flottaison et 66 au niveau des superstructures), est en achèvement à flot en vue d’une livraison fin 2021.

 

Les Chantiers de l'Atlantique (© : BERNARD BIGER)

Les Chantiers de l'Atlantique (© : BERNARD BIGER)

 

Egalement chargés, après les derniers porte-hélicoptères amphibies (ex-BPC) du type Mistral (le Dixmude pour la France puis deux unités livrées à l’Egypte), de construire les quatre futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) de la Marine nationale, les Chantiers de l’Atlantique ont en fait un passé assez riche en matière de bateaux gris. C’est en effet sur les bords de Loire que sont par exemple nés les croiseurs Emile Bertin (1934) et Georges Leygues (1937), ainsi que le croiseur de bataille Strasbourg (1939) ou encore le cuirassé Jean Bart, achevé après la guerre après sa célèbre évasion de Saint-Nazaire, en juin 1940, sous les bombes allemandes. Les premiers porte-avions construits localement devaient être les Joffre et Painlevé, mis sur cale en 1938 et 1939 mais dont la construction fut interrompue par l’invasion allemande. Le premier « pont plat » nazairien sera finalement le Foch (1963-2000), sistership du Clemenceau (1961-1997) ayant pour sa part vu le jour à Brest, où la fin de l’armement de son jumeau a été menée à bien par l’ex-Direction des Constructions Navales, aujourd’hui Naval Group.

Naval Group sera l’architecte d’ensemble

Ce dernier sera architecte d’ensemble du porte-avions, qui sera réalisé en cotraitance avec les Chantiers de l’Atlantique mais aussi TechnicAtome pour les chaufferies nucléaires. La maîtrise d’ouvrage du programme sera assurée par la Direction Générale de l’Armement (DGA) et celle des chaufferies par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Les chaufferies seront réalisées par le site Naval Group d’Indret, près de Nantes, et convoyées par barge jusqu’à Saint-Nazaire, via un trajet fluvial direct sur la Loire d’une cinquantaine de kilomètres. Elles seront ensuite embarquées sur le bâtiment à un stade avancé de sa construction.

 

Le site d'Indret, dans l'agglomération nantaise (© : NAVAL GROUP)

Le site d'Indret, dans l'agglomération nantaise (© : NAVAL GROUP)

Indret, 1994: les deux chaufferies du Charles de Gaulle embarquée sur une barge pour être convoyées à Brest (© : NAVAL GROUP)

Indret, 1994: les deux chaufferies du Charles de Gaulle embarquée sur une barge pour être convoyées à Brest (© : NAVAL GROUP)

 

Où charger les réacteurs ?

Concernant le lieu où les cœurs seront chargés en combustible nucléaire, deux options sont sur la table : à Saint-Nazaire où à Toulon. La première solution serait la plus logique puisqu’elle permettrait de conduire les essais près du chantier constructeur. Ce dernier ne dispose certes pas des moyens industriels nécessaires pour une telle opération, mais celle-ci n’est en réalité pas aussi compliquée et sensible qu’on pourrait l’imaginer. C’est en effet le

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