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La France en guerre contre la piraterie ?

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La France en guerre contre la piraterie ?

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Un pirate tué, six autres capturés et deux otages libérés. C'est le bilan de l'assaut lancé par les commandos marine sur le Carré d'As, un voilier détourné au large de la Somalie. C'est lundi soir, à 21 heures, que Nicolas Sarkozy a donné l'ordre aux forces armées de libérer les deux Français retenus depuis le début du mois par des pirates. Le voilier qu'ils convoyaient avait été détourné dans le golfe d'Aden le 2 septembre. L'intervention, qui duré une dizaine de minutes, a été menée par une trentaine d'hommes des commandos marine à partir de la frégate Courbet. Le Carré d'As faisait alors route vers la localité d'Eyl, un repère de pirates situé dans la province semi-autonome du Puntland (nord-est de la Somalie). C'est là que plusieurs navires et équipages sont déjà retenus en otage. Au cours de l'opération, un pirate a été tué et six autres faits prisonniers, a précisé la présidence de la République. Transférés sur le Courbet, ces hommes vont être conduits à Djibouti puis, comme les pirates interceptés lors de la libération du Ponant, en avril, ils devraient être déférés devant la justice française. Ils pourront éventuellement retourner en Somalie, à la seule condition, précise l'Elysée, que le gouvernement ait la certitude qu'ils purgeront leurs peines après leur départ de France.

« Cette opération est un avertissement »

Dès l'annonce du détournement du Carré d'As, Nicolas Sarkozy avait demandé au chef d'état-major des armées de préparer une éventuelle action « de vive force ». Dans cette perspective, les moyens nécessaires avaient été regroupés, soit la mis en place d'une surveillance aérienne, le déroutement de la frégate Courbet et l'envoi à son bord d'unités des commandos marine. Les militaires français ont aussi bénéficié discrètement du soutien de plusieurs pays, dont l'Allemagne et la Malaisie. « Lorsque j'ai eu la certitude que les pirates cherchaient à rejoindre la région de Eyl, où se concentre la quasi-totalité des navires détournés et de nombreux otages, l'option militaire s'est imposée », a déclaré hier le chef de l'Etat. En effet, selon lui : « Les conditions de libération des otages à Eyl auraient été très difficiles et leur détention aurait pu durer des mois ». Pour Nicolas Sarkozy, cette nouvelle intervention des armées françaises, qui s'est soldée cette fois par un mort dans les rangs des pirates (un seul blessé pour le Ponant), est un « avertissement pour tous ceux qui se livrent à cette activité criminelle ». Quant au principe du paiement d'une rançon, le président a été très clair : « Le crime ne peut pas payer », a-t-il expliqué, tout en se ménageant des « marges de manoeuvres » pour certains cas, comme celui du Ponant, où la somme réclamée avait été, faute de mieux, versée (puis partiellement récupérée lors de l'interception à terre des pirates).

La France en appelle aux autres nations pour assurer la sécurité maritime

Face à l'explosion du nombre d'actes de piraterie au large de la Somalie, Nicolas Sarkozy appelle à la mobilisation de la communauté internationale. « J'appelle les autres pays du monde à assumer leurs responsabilités, comme la France vient de le faire ». Une quinzaine de bateaux et 150 personnes sont actuellement retenus en Somalie par les pirates. « 48.000 navires transitent chaque année dans le golf d'Aden. Ils sont autant de cibles potentielles pour ces pirates qui frappent de plus en plus loin des côtes. Il y a quelques jours, un thonier français a été attaqué à la roquette à plus de 750 kilomètres des côtes somaliennes. Le monde ne peut pas l'accepter. Il ne s'agit pas aujourd'hui de cas isolés mais bien d'une industrie du crime. Cette industrie remet en cause une liberté fondamentale, celle de la circulation et du commerce international ». Si le président de la République est resté très vague sur un éventuel renforcement des moyens de la Marine nationale dans les zones de pêche situées au large des Seychelles, il a néanmoins annoncé l'accompagnement, dès aujourd'hui, de tous les navires de commerce français transitant dans le golfe d'Aden.

Nicolas Sarkozy favorable à des « actions punitives »

Suite à l'activation lundi, par l'Union européenne, d'un centre de coordination chargé de la lutte contre la piraterie, Nicolas Sarkozy a également évoqué, sans en dire plus, la « préparation d'une opération navale » dans le secteur. Paris a proposé à ses alliés la mise en oeuvre, d'ici la fin de l'année, d'une mission militaire aéronavale européenne pour combattre la piraterie au large de la Somalie, a précisé le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. « J'espère qu'en décembre nous aurons une option militaire stratégique, qui regrouperait trois bateaux d'intervention, un bateau de support et trois avions de reconnaissance ». Pour Nicolas Sarkozy : « La France seule ne pourra avoir une action déterminante sur l'ensemble de la zone où se développe ce phénomène. La France ne peut pas porter seule la surveillance d'une zone aussi immense. C'est pourquoi j'en appelle à la mobilisation de la communauté internationale pour participer à la sécurité du trafic maritime au large des côtes somaliennes. La France prendra en ce sens une initiative devant le Conseil de sécurité des Nations Unies ». En novembre dernier, suite à l'affaire du Ponant, une première résolution avait été adoptée à l'ONU. C'est cette résolution, autorisant les flottes militaires, avec l'accord des autorités somaliennes, à intervenir dans les eaux territoriales du pays contre un acte de piraterie, qui a permis la reprise en main du Carré d'As. Mais, face à l'ampleur du phénomène, le président français, manifestement déterminé, souhaite aller plus loin. « Il y a deux choses à faire. D'abord une police des mers. C'est toute la communauté internationale qui doit mettre des bateaux à disposition, peut être pas pour accompagner les convois mais en tous cas pour sécuriser la zone. Et je souhaite aussi très clairement qu'en plus de cette action préventive, il y ait des actions punitives ». Refusant d'entrer dans le détail des opérations envisagées, le chef de l'Etat s'est contenté d'affirmer qu'il y avait « des objectifs », et pas seulement en territoire somalien. Le mystère demeure, tout comme la menace que Paris souhaite désormais faire planer sur les pirates.

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