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La France engage son groupe aéronaval en Libye

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La France engage son groupe aéronaval en Libye

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Le porte-avions Charles de Gaulle a finalement appareillé hier, cap sur la Libye. Familles, amis, journalistes, curieux... De nombreux Toulonnais sont venus saluer le départ du puissant bâtiment, qui va participer aux opérations menées contre les troupes du colonel Kadhafi. Depuis samedi, une coalition internationale, emmenée par la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, est entrée en action suite à une résolution des Nations Unies visant à empêcher le régime de Tripoli de s'en prendre aux populations civiles dans la zone contrôlée par les rebelles. L'aviation et les bâtiments croisant au large de la Libye ciblent différents objectifs, comme les aéronefs, la défense antiaérienne, ainsi que les moyens de communication et de commandement libyens. L'armée de l'Air française a ouvert les hostilités en engageant, samedi, une vingtaine d'appareils. Cette première vague a mobilisé 8 Rafale, 2 Mirage 2000-5, 2 Mirage 2000 D, 6 avions ravitailleurs C135 et un avion radar E3F Awacs, les appareils de combat décollant de bases françaises (Saint-Dizier, Dijon et Nancy).

Tirs de Tomahawk  (© : US NAVY)
Tirs de Tomahawk (© : US NAVY)

Les anglo-saxons tirent 110 missiles Tomahawk

Ces avions emportaient différents armements pour la défense aérienne (missiles Mica), l'attaque au sol (bombes GBU-12, AASM), ainsi que des moyens de reconnaissance et de guidage. Intervenant d'abord autour de Benghazi, les avions français ont détruit plusieurs blindés des forces fidèles à Mouammar Kadhafi, permettant de desserrer l'étau autour du fief des insurgés en faisant refluer les troupes qui menaçaient la ville. Après ce raid, c'est la flotte présente au large qui est entrée dans la dance. Depuis les destroyers et sous-marins déployés dans le secteur par l'US Navy et la Royal Navy, pas moins de 110 missiles de croisière Tomahawk ont été tirés contre des objectifs terrestres (on notera que la France ne disposera de cette capacité très utile qu'en 2012/2013 avec l'entrée en service du Scalp Naval sur les frégates du type FREMM), notamment dans la région de Tripoli.

Le Charles de Gaulle quittant Toulon, hier  (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Le Charles de Gaulle quittant Toulon, hier (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Charles de Gaulle : Un moyen souple et réactif

L'arrivée du porte-avions Charles de Gaulle va permettre de compléter les moyens déployés en disposant, à proximité de la zone d'intervention, d'un aérodrome mobile. Car la mise en oeuvre des moyens de l'armée de l'Air depuis des bases françaises impose aux avions, qui doivent se ravitailler en cours de route, de parcourir 1500 kilomètres avant d'arriver sur place. Même si le positionnement d'unités en Italie réduit considérablement le temps de transit, le Charles de Gaulle pourra évoluer au plus près de la zone, permettant à la coalition de disposer d'une capacité souple et très réactive, complétant l'aviation basée à terre. « Le groupe aéronaval permettra de mettre en place sur zone des moyens aériens et maritimes pour conduire des missions de reconnaissance, de contrôle aérien et de détection. Ils seront complémentaires des avions de l'armée de l'Air qui opèrent depuis la France », expliquait hier l'Etat-major des Armées. Au cas où un appareil de la coalition serait abattu, le Charles de Gaulle pourra également mener des opérations CSAR (Combat Search And Rescue) afin de récupérer les équipages. A cet effet, le bâtiment embarque plusieurs hélicoptères, dont deux Caracal et un Puma de l'armée de l'Air.

Sur le Charles de Gaulle  (© : MARINE NATIONALE)
Sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Un groupe aérien limité à 16 avions

Pour mémoire, le Charles de Gaulle peut embarquer une trentaine d'avions de combat (Rafale, Super Etendard Modernisés) et de guet aérien (Hawkeye) mais, cette fois-ci, son groupe aérien embarqué se limite à 8 Rafale Marine de la flottille 12F, 6 Super Etendard Modernisés (SEM) de la 17F et 2 E-2C Hawkeye de la 4F, soit seulement 16 avions au total. Au regard des capacités du navire, c'est peu. Mais, au ministère de la Défense, on explique qu'il s'agit d'un « juste besoin » au regard de la menace. Il faut dire aussi que le parc d'appareils de l'aéronautique navale n'est malheureusement pas pléthorique. Les 60 Rafale commandés étant livrés au compte goutte et trois avions ayant été accidentellement perdus en 2009 et 2010, la Marine nationale dispose, pour le moment, de moins de 20 Rafale en ligne. Quant aux SEM, plus anciens et devant être retirés du service en 2015, ils peuvent encore rendre de grands services mais ne sauraient se comparer au nouvel avion de combat français. Les Super Etendard ne peuvent, de plus, mener que des missions d'assaut, que les militaires préfèreront sans doute, autant que possible, confier aux appareils basés à Terre ou, de préférence, à des Rafale, dont les capacités, notamment en emport d'armes, sont nettement plus importantes. Quoiqu'il en soit, on assure chez les militaires que si le groupe aérien du Charles de Gaulle doit être renforcé, la proximité de la Libye permet d'envisager une montée en puissance rapide.

La frégate Dupleix quittant Toulon hier  (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
La frégate Dupleix quittant Toulon hier (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Six bâtiments français mobilisés

Le Charles de Gaulle ne part bien évidemment pas seul et, en tout, le groupe aéronaval rassemble 6 navires, 26 aéronefs (dont 10 hélicoptères) et plus de 2600 marins. Hier, le porte-avions français a quitté Toulon en compagnie de la frégate anti-sous-marine Dupleix. La frégate Aconit est également mobilisée pour cette opération, de même que le pétrolier-ravitailleur Meuse. Tous ces navires vont retrouver, au large de la Libye, la frégate de défense aérienne Forbin, ainsi que la frégate antiaérienne Jean Bart, qui avaient été pré-positionnées en avance de phase. Ce dispositif permet de faire face à tous types de situation et de répondre à l'ensemble du spectre de menaces. Les puissants radars des frégates de défense aérienne, ainsi que les capacités de détection des Hawkeye du Charles de Gaulle, offrent en outre la possibilité de contrôler l'espace aérien sur une très grande zone.

Le Forbin  (© : MARIONE NATIONALE)
Le Forbin (© : MARIONE NATIONALE)

Le dispositif monte en puissance

Conformément au mandat fixé par l'ONU dans le cadre de la résolution 1973, l'opération, connue en France sous le nom d'Harmattan et chez les Américains sous le nom d'Odyssey Dawn, vise à protéger les populations civiles en instaurant, dans le secteur de Benghazi, une zone d'exclusion aérienne. Hier, au terme d'un deuxième jour de bombardements, les militaires occidentaux se disaient satisfaits. Selon le Pentagone, les Tomahawk auraient atteint la plupart de leurs cibles et, hier soir, les Etats-Unis estimaient que la zone d'exclusion aérienne était en place. A Paris, le ministère de la Défense considère que l'opération est «efficace» et que «la pression s'est relâchée» à Benghazi.
Dans le même temps, le dispositif international continue de monter en puissance. Après son homologue française, l'aviation britannique est entrée en action avec un premier raid de bombardiers Tornado, lancé depuis la Grande-Bretagne et qui a nécessité plusieurs ravitaillements en vol. Après avoir mené ce strike à longue portée, la Royal Air Force se rapproche du théâtre d'opérations en utilisant une base au sud de l'Italie, où des chasseurs Typhoon (Eurofighter) sont arrivés hier. Les Etats-Unis, quant à eux, disposent toujours, à proximité, du porte-hélicoptères d'assaut Kearsarge, qui embarque notamment des avions Harrier. Le déploiement du porte-avions USS Enterprise, un temps pressenti, ne serait en revanche plus d'actualité, les moyens déjà mis en oeuvre ou prévus étant considérés comme suffisants. D'autres pays devraient se joindre aux raids franco-britanniques, comme le Canada, mais aussi des Etats arabes. Ainsi, le Qatar a annoncé l'envoi de 4 avions.

Un Mirage 2000-5 français  (© : EMA - ARMEE DE L'AIR)
Un Mirage 2000-5 français (© : EMA - ARMEE DE L'AIR)

Contrer d'éventuelles représailles en Méditerranée

Imposer la « «no-fly zone » au dessus de Benghazi demeure la priorité de la coalition, qui estime nécessaire, pour se faire, de neutraliser les moyens contrôlés par Kadhafi et ses partisans jusqu'à Tripoli (ce que contestent certains pays). Dans le même temps, les forces internationales doivent aussi assurer la protection du trafic maritime et aérien autour de la Libye. Car le colonel Kadhafi a menacé de faire de la Méditerranée un champ de bataille, en s'attaquant aux navires civils des pays participant à l'opération. Un rideau de protection est donc mis en place au large de la Libye, où de nombreux bâtiments sont déployés (notamment français, américains, britanniques et italiens). Certaines unités spécialisées, comme les frégates de défense aérienne, sont à même de neutraliser un raid aérien lancé par Tripoli contre les intérêts commerciaux, tous les navires militaires pouvant, en outre, repousser une attaque maritime.

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