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La France et la Grande-Bretagne renforcent leur coopération dans le naval

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La France et la Grande-Bretagne renforcent leur coopération dans le naval

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Le 2 novembre, lors du sommet franco-britannique de Londres, David Cameron et Nicolas Sarkozy ont annoncé un renforcement significatif de la coopération entre la Grande-Bretagne et la France en matière de défense. Et, dans cette perspective, le domaine naval joue un rôle très important. « Nous avons signé deux traités : l'un engage nos forces de premier rang à travailler plus étroitement que jamais et l'autre porte sur la coopération en matière de sûreté nucléaire. Le résultat, c'est que nos citoyens seront en plus grande sécurité, en plus grande sûreté et seront mieux protégés dans cette ère d'incertitude que nous connaissons. Cela nous aidera également à maintenir et renforcer nos défenses à un moment où l'austérité budgétaire est de mise », a expliqué le premier ministre britannique. Alors que la création d'une « force expéditionnaire interarmées commune » a été annoncée, la coopération des deux pays en matière de porte-avions est confirmée. La décision de Londres de doter le futur porte-avions de la Royal Navy de catapultes permet, en effet, une interopérabilité avec les Rafale et Hawkeye de l'aéronautique navale française. Et, à l'inverse, les avions prévus pour la Fleet Air Arm (pour le moment des F-35 C) pourront opérer sur le Charles de Gaulle et, s'il est construit, sur le second porte-avions français. Selon David Cameron : « Grâce à la décision que nous avons prise, nous allons adapter notre capacité de porte-avions pour pouvoir opérer avec la France et les États-Unis. Et au moment où arrivera le nouveau porte-avion, à la fin de la décennie, nous aurons la capacité de déployer des forces aéronavales intégrées franco-britanniques, de sorte qu'il y aura toujours un porte-avions qui sera disponible pour des opérations ». De même, la coopération s'étendra, comme c'est déjà régulièrement le cas, à l'ensemble des groupes aéronavals, avec l'intégration dans les forces de bâtiments provenant des deux pays.

Frégate britannique dans le GAN en 2006 (© : MER ET MARINE V. GROIZELEAU)
Frégate britannique dans le GAN en 2006 (© : MER ET MARINE V. GROIZELEAU)

Porte-avions commun : Et en cas de crise ?

Ce rapprochement en matière de porte-avions doit permettre, pour Paris et Londres, d'assurer une permanence à la mer d'au moins un groupe aéronaval. Le gouvernement britannique a, en effet, décidé de ne conserver que l'un des deux navires de la classe Queen Elizabeth et la France ne dispose actuellement que du Charles de Gaulle. La mise en oeuvre de deux plateformes pouvant accueillir des avions catapultés permettrait donc d'assurer une permanence opérationnelle, même en cas d'arrêt technique de l'un ou l'autre des porte-avions. « A partir d'abord d'une coopération sur un groupe maritime autour du porte-avions Charles de Gaulle, le Royaume-Uni et la France se doteront, d'ici le début des années 2020, de la capacité à déployer une force aéronavale d'attaque intégrée franco-britannique composée d'éléments des deux pays. Ceci permettra à la Royal Navy et à la Marine française de travailler dans la plus étroite coordination pendant les 30 prochaines années », peut-on lire dans la déclaration franco-britannique du 2 novembre. Cette piste pose néanmoins un problème. Si une crise survient, les deux pays doivent être d'accord sur les modalités d'intervention. Interrogé sur cette question, Nicolas Sarkozy assure que les deux pays ont suffisamment d'intérêts en commun pour qu'en cas de crise grave, l'un et l'autre soient concernés. « Si le gouvernement britannique décidait d'envoyer son porte-avions, imaginez la gravité de la crise ! Est-ce que vous pensez franchement que nos amis Anglais pourraient être confrontés à une crise aussi importante sans que la France ne se sente concernée ? Imaginez à l'inverse que le Gouvernement français décide d'envoyer un porte-avion français, parce qu'il y a une crise majeure, cela ne concernerait pas les Anglais ? Il y a certainement des tas de dossiers qui nous différencient, nous ne sommes pas les mêmes et je sais bien qu'il y a le « Channel » entre nous, mais nos valeurs sont les mêmes, nos intérêts sont partagés », a affirmé le président français.

Le Charles de Gaulle  (© : MARINE NATIONALE)
Le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Suivant ce principe, on peut donc estimer que, si l'Argentine venait par exemple à envahir une nouvelle fois les Malouines et que la Royal Navy ne dispose pas d'un indispensable groupe aéronaval pour reconquérir l'archipel (ce qui sera le cas pendant près de 10 ans avec le retrait des Harrier et en attendant le nouveau porte-avions), la France épaulerait son allié avec son groupe aéronaval. Cela peut se concevoir, du moins sur le papier. Car une telle intervention serait sans nul doute extrêmement préjudiciable aux intérêts tricolores en Amérique latine. De plus, malgré les assurances du chef de l'Etat, un nouveau scénario comme celui de l'Irak en 2003 n'est, à l'avenir, pas impossible. Et, en cas de divergence de vue, il poserait un gros problème au cas où, par exemple, la Grande-Bretagne devait avoir recours au porte-avions français pour mener à bien une intervention militaire que la France ne souhaite pas. Et inversement. David Cameron se veut donc très pragmatique sur cette question, évoquant plutôt un groupe aéronaval commun servant aux exercices et pouvant être, au cas où, totalement interopérable : « Nous n'engagerons des forces ensemble que si nous sommes d'accord sur la mission, mais l'idée c'est d'avoir des forces qui sont formées et qui font des exercices ensemble. C'est une très bonne idée car il y a beaucoup d'endroits du monde où on travaille ensemble, par exemple l'Afghanistan, par exemple dans les Balkans, au Proche Orient. Donc je crois qu'il y a bien des occasions de coopération mais en tout état de cause, cela ne se pourra se faire que s'il y a un accord politique ».

SNLE du type Vanguard (© : ROYAL NAVY)
SNLE du type Vanguard (© : ROYAL NAVY)

Un accord sur le nucléaire

Les deux pays se sont également mis d'accord sur une coopération en matière de nucléaire. « Même si nous conserverons toujours une dissuasion nucléaire indépendante, il nous faut rechercher plus d'efficacité dans l'infrastructure nécessaire pour développer et soutenir nos deux dissuasions. Donc plutôt que de faire la même chose de façon séparée, effort qui serait coûteux pour la sécurité de nos moyens, nous allons partager notre connaissance, nos expertises et ainsi économiser des millions », précise la déclaration commune. Nicolas Sarkozy a insisté sur l'importance de cette décision, considérée comme historique : « Nous avons décidé de lancer une coopération nucléaire militaire. C'est une décision sans précédent. C'est un niveau de confiance entre nos deux nations jamais égalé dans l'Histoire. Nous allons donc partager une installation de simulation en France liée à nos dissuasions nucléaires et un centre de recherche associé ». Ainsi, les deux pays ont décidé de collaborer au sein d'une installation commune à Valduc, où sera modélisée la performance des têtes nucléaire et des équipements associés, afin d'en assurer la viabilité, la sécurité et la sûreté à long terme. Un centre de développement technologique commun à Aldermaston soutiendra ce projet. La France devrait donc aider la Grande-Bretagne à moderniser les têtes nucléaires embarquées sur les missiles balistiques des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins du type Vanguard. Il conviendra de voir comment se traduira cette coopération, Londres étant très dépendante des Etats-Unis pour sa dissuasion, les SNLE de la Royal Navy embarquant des missiles Trident 2 D-5 américains. Les deux pays pourront, en tous cas, sans doute collaborer dans le cadre du programme de renouvellement de leurs SNLE, qui doit débuter au cours de la prochaine décennie.

Le concept SLAMF (© : DCNS)
Le concept SLAMF (© : DCNS)

Un programme de guerre des mines

Les accords de défense entre Paris et Londres comprennent également un volet sur la guerre des mines. La Marine nationale et la Royal Navy doivent, en effet, renouveler au cours de cette décennie leurs moyens dans ce domaine très sensible, qui permet notamment d'assurer le libre accès aux ports et la circulation dans les détroits stratégiques. « Nous harmoniserons nos plans concernant les équipements et systèmes anti-mine. Ceci pourrait renforcer l'efficacité, assurer l'interopérabilité et contribuer à soutenir la base industrielle franco-britannique dans le secteur sous-marin. A cette fin, nous mettrons en place en 2011 une équipe de projet commune pour définir les spécifications d'un prototype de système anti-mines », précise la déclaration commune du 2 novembre. Pour mémoire, la France travaille actuellement sur un concept de lutte anti-mine basé sur l'emploi de drones de surface et de drones sous-marins. Dans cette perspective, le contrat d'étude Espadon a été notifié en 2009 à DCNS, Thales et ECA, afin de valider le concept d'emploi et de vérifier le fonctionnement d'un double étage de téléguidage entre le drone de surface et des drones sous-marins, ainsi que la mise à l'eau depuis l'USV d'un sonar ou d'UAV. On notera que la France n'a jamais caché sa volonté de trouver des partenaires européens pour mener à bien le programme de système de lutte anti-mine futur (SLAMF).

Missile Aster 30 (© : MBDA)
Missile Aster 30 (© : MBDA)

Meilleure intégration de l'industrie missilière

Londres et Paris ont également annoncé leur volonté de renforcer leurs liens en matière de missiles. « Nous sommes parvenus à un accord sur un plan stratégique décennal concernant le secteur britannique et français des missiles. Nous allons travailler à la mise en place d'un maitre d'oeuvre industriel européen unique et à la réalisation d'économies pouvant aller jusqu'à 30 %. Cette stratégie optimisera la fourniture de capacités militaires, adaptera nos technologies plus efficacement, permettra une interdépendance accrue et consolidera notre base industrielle dans le secteur des missiles ». Sans le citer nommément, cette déclaration entérine le projet « One MBDA », qui porte sur une mutualisation plus forte des ressources entre la France et la Grande-Bretagne. Pour cela, les industriels devraient pouvoir s'appuyer sur de nouveaux programmes communs. Ainsi, Londres et Paris ont annoncé le lancement, en 2011, du programme de missile antinavire léger FASGW(H)/ANL destiné à équiper les hélicoptères de la Royal Navy et de la Marine nationale. Il est également prévu une évaluation des améliorations des missiles de croisière Scalp/Storm Shadow (en fait la rénovation à mi-vie) et un contrat feuille de route pour les technologies de défense aérienne à courte portée (portant sur la génération devant prendre la relève des Mica et CAAM). Il conviendra néanmoins de voir comment ces projets seront financés, les lignes budgétaires inhérentes n'étant pas encore mises en place.
Enfin, toujours dans ce domaine, La France et la Grande-Bretagne souhaitent aboutir à une intégration totale de leurs activités missilières. Filiale d'EADS, BAE Systems et Finmeccanica, MBDA est un bel exemple d'intégration de sociétés européennes et, notamment, franco-britanniques. Mais le regroupement des activités missilières des deux côtés de la Manche n'est pas encore achevé. Pour y parvenir, MBDA doit encore « absorber » une activité résiduelle chez Thales, qui produit par exemple les systèmes surface-air Crotale et Starstreak, ou encore Sagem avec l'armement air-sol modulaire (AASM), notamment mis en oeuvre sur Rafale.

Rafale sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)
Rafale sur le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Préserver la souveraineté des deux pays

Le 2 novembre, la France et la Grande-Bretagne ont donc fait un pas très important dans le renforcement de leur alliance stratégique. Pour autant, les deux partenaires ont bien insisté sur le fait que le concept d'interdépendance mutuelle ne signifiait pas la remise en cause de la souveraineté des deux Etats. Ainsi, pour David Cameron : « Il ne s'agit pas, comme certains le suggère, de diminuer la souveraineté française ou britannique, il ne s'agit pas de mettre en place une armée européenne, il ne s'agit pas de partager notre dissuasion nucléaire. Je veux être très clair là-dessus, la Grande-Bretagne et la France sont et resteront toujours des nations souveraines, capables de déployer leurs propres forces armées de façon indépendante, selon notre intérêt national, au moment où nous l'estimons bon. Mais n'oublions pas non plus que les seuls moments où les forces britanniques se sont déployées seules au cours des 30 dernières années a été en Sierra Leone et dans les Malouines. L'essentiel de nos opérations - la Bosnie, le Kosovo et l'Afghanistan notamment - ont été conduites ensemble, conjointement avec nos alliés ».

Marine nationale Royal Navy