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La France fait une croix sur son second porte-avions

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La France fait une croix sur son second porte-avions

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L'affaire semble désormais entendue et faire consensus à droite comme à gauche, notamment chez les parlementaires. Faute de moyens, la France ne se dotera pas d'un second porte-avions et devrait encore, pendant au moins une quinzaine d'années, se contenter du Charles de Gaulle. Officiellement, aucune décision n'est encore prise. En 2008, lorsqu'il a mis fin au projet de coopération franco-britannique, qui aurait porté pour la Marine nationale sur la réalisation d'un bâtiment dérivé des unités de la classe Queen Elizabeth, Nicolas Sarkozy avait renvoyé à 2011/2012 sa décision concernant la construction ou non d'un second porte-avions français. Entre-temps, le chef de l'Etat avait demandé une étude pour déterminer les avantages et les inconvénients de la propulsion nucléaire par rapport à la propulsion classique. Cette dernière avait été retenue en 2004 par Jacques Chirac lorsque celui-ci avait voulu profiter du programme britannique pour lancer une coopération et, ainsi, tenter de « sanctuariser » le programme PA2. Toutefois, malgré les sommes déjà investies dans les études (plus de 100 millions d'euros) et la commande des catapultes aux Etats-Unis (qui fut par la suite annulée), le projet franco-britannique fut abandonné par le successeur de Jacques Chirac, et ce, pour la petite histoire, deux ans avant la signature d'un accord de défense qualifié d' « historique » entre Londres et Paris...

Nouveau design présenté en 2010 par DCNS   (© : MER ET MARINE)
Nouveau design présenté en 2010 par DCNS (© : MER ET MARINE)

Trop tardif et trop coûteux

Aujourd'hui, la situation est simple. Si, comme prévu, le PA2 dans sa version CVF-FR avait été commandé en 2008, son assemblage à Saint-Nazaire serait quasiment achevé et la mise en service aurait pu intervenir en 2015, à l'occasion du second arrêt technique majeur du Charles de Gaulle. Mais comme ce ne fut pas le cas, il faudrait désormais, si la commande était signée, attendre la fin de la décennie pour voir le bâtiment entrer en service. Même ceux qui défendaient le projet au nom de la nécessité d'assurer la permanence du groupe aéronaval n'y croient donc plus : « C'est trop tard maintenant car le PA2 arriverait alors que le Charles de Gaulle serait déjà à mi-vie », explique l'un d'eux. De plus, quand bien même il n'y aurait pas le problème de calendrier, les finances de l'Etat ne lui permettent pas de lancer une telle dépense, estimée à environ 3 milliards d'euros. « Il faut être honnête, il n'y a plus d'argent dans les caisses. Il va falloir que l'Etat se serre encore la ceinture et le ministère de la Défense, comme les autres, n'y échappera pas. Ce sera très dur pour les grands programmes déjà engagés, alors il n'est pas question d'y ajouter un porte-avions », estime un parlementaire.

Le Charles de Gaulle   (© : EMA)
Le Charles de Gaulle (© : EMA)

Préparer l'après Charles de Gaulle

Dans ces conditions, il est désormais plutôt question de travailler sur le successeur de l'actuel porte-avions. Normalement, le Charles de Gaulle, opérationnel depuis 2001, a été conçu pour avoir une durée de vie de 40 ans. Mais sa construction, qui a débuté en 1987, a été retardée à quatre reprises pour des questions budgétaires, aboutissant à une mise en service 5 ans après la date initialement prévue. En outre, le fait que le bâtiment soit à propulsion nucléaire fera que, contrairement à d'autres navires, il ne pourra pas être prolongé indéfiniment, pour des questions de sûreté. Tant et si bien qu'on peut imaginer son retrait du service vers 2030, peut être même avant. Ce qui signifierait une mise en chantier de son successeur (ou de ses successeurs si les finances publiques se sont redressées d'ici là) au début des années 2020. Dans ce cas, le lancement des études interviendrait avant la fin de cette décennie. Pour permettre aux industriels de maintenir une partie de leur savoir-faire dans la conception de porte-avions, outils hautement complexes, il ne serait donc pas étonnant qu'une ligne budgétaire soit dégagée sur la loi de programmation militaire à partir de 2015, afin de débuter les études du futur porte-avions. Cela permettrait, au passage, de « sauver politiquement la face », en donnant l'impression que le projet n'est pas abandonné, mais repensé afin de tenir compte des réalités actuelles. Une pirouette qui permettrait encore de gagner de nombreuses années...

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