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La France lance un Grenelle de la Mer

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La France lance un Grenelle de la Mer

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Pays historiquement plus intéressé par les affaires continentales que par l'océan, la France semble enfin prendre conscience que l'avenir se situe au large. Vendredi, à bord de la goélette La Boudeuse, amarrée à Paris, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, a lancé le Grenelle de la Mer. L'objectif est de réunir, avant l'été, tous les acteurs du secteur maritime afin de mener à bien une concertation globale. Pour cela, le gouvernement souhaite reprendre la méthode du Grenelle de l'Environnement. « L'objectif de ce Grenelle de la Mer est de permettre d'avancer tous ensemble : gouvernement, acteurs économiques, élus, association de protection de l'environnement et d'usagers de la mer, avec le Secrétariat Général de la mer, les ministères concernés et leurs établissements publics, pour débloquer des situations figées grâce à une méthode qui a fait ses preuves. Il s'agit in fine de tourner davantage la France vers la mer et de lui permettre d'occuper pleinement la place que lui confèrent ses espaces maritimes et que l'avenir l'invite à prendre ».
Lutte contre la pollution, gestion de la pêche, transport maritime, protection de la faune et la flore marine, recherche sur le potentiel énergétique des océans... Les sujets sont aussi variés que fondamentaux, tant en matière d'environnement que sur le plan économique. Faut-il encore le rappeler, plus de 70% des importations et exportations françaises transitent par bateaux, alors que les activités liées à la mer sont l'un des principaux secteurs économiques du pays. Ports, marine marchande, construction navale, défense, offshore, pêche nautisme, recherche... En France, le maritime pèse plus de 300.000 emplois directs et 53 milliards d'euros de valeur de production. La France, outre ses 5500 km de littoral, dispose, grâce notamment à ses territoires outre-mer, de la seconde zone économique exclusive mondiale, avec 11 millions de km2, dont 400.000 km2 de plateau continental. Dans ses espaces immenses, les ressources biologiques et énergétiques sont considérables.

« Enjeu géostratégique majeur du siècle qui débute »

« Nous en avons tous conscience : la mer qui couvre 70% de la surface de notre globe, représente un enjeu majeur pour l'avenir parce que les océans et les mers sont essentiels à notre planète et ses habitants. La mer peut nous apporter - pour peu que l'on en prenne soin - des solutions durables pour l'avenir : réponse aux défis alimentaire et énergétique, aux besoins de transport et du commerce, aux équilibres climatiques et géopolitiques de la planète. Les espaces maritimes demeurent en effet l'enjeu géostratégique majeur du siècle qui débute », estime le ministère de l'Ecologie.
Accusant ces dernières années un certain retard par rapport à la plupart des autres grandes puissances en matière de politique maritime, la France a d'abord soutenu l'élaboration d'un Livre Vert, en 2006, en faveur d'une politique maritime européenne. Mais, cette fois, le gouvernement semble vouloir aller plus loin et, à l'instar du Grenelle de l'Environnement, faire comprendre au grand public l'importance d'enjeux qui lui sont jusque là très largement méconnus. « Les avantages géographiques de notre pays, avec un espace maritime qui est le second au monde, ainsi que nos savoir-faire navals et maritimes donnent à la France une responsabilité majeure dans l'avenir des océans ».

Les dernières actions menées sur le secteur maritime

Le Grenelle de l'environnement a permis de fixer de premières orientations, visant à une meilleure prise en compte du milieu marin : développement des aires marines protégées, mise en place d'une trame verte et bleue, création d'autoroutes de la mer, développement des énergies renouvelables, affichage de la nécessité d'une stratégie nationale pour la mer, etc. En parallèle, le gouvernement et le parlement ont pris une série de mesures en faveur du secteur maritime et de la protection des milieux. Dominique Bussereau a, ainsi, défini les bases législatives de la réforme des ports autonomes avec la création des grands ports maritimes. Le secrétaire d'Etat en charge des Transports a également mené avec succès les discussions au Conseil et au Parlement européens sur le Paquet ERIKA 3 qui va renforcer la responsabilité des Etats du pavillon et généraliser l'assurance des navires sous normes. Ce dispositif communautaire vient compléter la loi sur la responsabilité environnementale votée l'été dernier pour sanctionner sévèrement les pollueurs, en reconnaissant le préjudice écologique. La réforme des Ecoles de la Marine marchande est, quant à elle, en cours d'examen au Sénat (au sein de la loi sur les transports).
Les autoroutes de la mer, après de longues tergiversations et de nombreux doutes, vont devenir réalité. Vendredi, une déclaration commune franco-espagnole a annoncé la création de deux services Montoir-Gijon et Le-Havre-Vigo-Algésiras. Le ministère de l'Ecologie rappelle également que la France a été motrice à l'ONU et en Europe pour mettre en place un dispositif de lutte contre la piraterie maritime, que 76 zones « Natura 2000 » en mer ont pu être notifiées à Bruxelles et que les travaux de préfiguration de nouveaux parcs naturels marins ont été lancés (en Gironde, dans la Somme, dans les Pyrénées orientales).
Alors que le travail de certification des eaux de baignade et de mise aux normes des stations d'épuration est maintenant bien engagé, le secteur de la pêche bénéficie d'un plan destiné à assurer sa pérennité.
L'industrie de la construction navale, pourvoyeuse ne nombreux emplois, a vu, pour sa sauvegarde, l'entrée de l'Etat dans le capital des chantiers de Saint-Nazaire (STX France), menacés d'être totalement absorbés par un groupe sud-coréen. Pour compenser le manque de commandes de paquebots, le ministère de la Défense va notifier, probablement le mois prochain, un Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) à STX, alors que des dizaines de petites embarcations seront commandées à des chantiers plus modestes pour soutenir leur activité. Toutefois, comme le note le ministère, « Il reste de nombreux défis à relever dans un contexte de crise financière, économique et écologique, qui voient les activités maritimes, en particulier de transport et de construction navale, particulièrement touchées. La crise économique ne saurait ignorer que la mer, milieu fragile et vulnérable, reste directement menacée tant par les conséquences du réchauffement de la planète, que par l'attrition des ressources halieutiques ou encore par les pollutions diverses, dont trois quarts viennent de la terre ».

Clarifier et rendre accessible à tous la politique française de la mer

Compte tenu des enjeux, le gouvernement estime que la politique française de la mer doit être davantage « clarifiée et promue pour être rendue accessible et intelligible à tous ». Contrairement à d'autres secteurs, depuis longtemps, le monde maritime souffre d'un éclatement de ses différentes composantes. Pendant des années, qu'il s'agisse de pêche, de défense, d'industrie ou de transport maritime, chacun est resté dans son pré carré, formant face aux grands défis une escadre dispersée et souvent inefficace. C'est notamment pourquoi, début 2006, le Cluster Maritime Français a été créé, avec pour objectif de réunir et favoriser les échanges entre les différents acteurs, tout en portant au niveau des politiques les intérêts et enjeux du monde maritime. Ce travail, rondement mené depuis trois ans, semble aujourd'hui porter ses fruits au plus haut niveau de l'Etat. Ainsi, comme en convient le ministère de l'Ecologie, il faut désormais tendre vers une politique de la mer intégrée : « Trop de politiques publiques s'y rapportant paraissent contradictoires, trop d'acteurs se font face, trop de sujets se traitent de façon sectorielle et peu de solutions existent pour régler les conflits d'usages. Il en résulte que la France n'avance pas assez vite et assez loin sur les thématiques de la mer ».
Au travers du Grenelle de la Mer, le gouvernement veut donc engager une grande concertation avec les acteurs du monde maritime. A l'issue de cette concertation, qui durera environ deux mois, il s'agira d'arrêter les grandes orientations pour une politique maritime « digne de ce nom ». Un comité interministériel de la Mer sera invité à valider avant l'été les grandes orientations.

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