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La France tourne la page des ex-BPC russes

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C’est aujourd’hui, à Saint-Nazaire, que l’Anwar el-Sadate, second des deux bâtiments de projection et de commandement initialement destinés à la Russie, est livré à l’Egypte. Celle-ci a repris les deux BPC à l’été 2015, juste après l’annulation du contrat signé en 2011 entre Paris et Moscou.

En 2014, suite à l’implication des forces russes dans la crise ukrainienne, la France avait décidé de geler la livraison du premier bâtiment, le Vladivostok. Mesure qui s’est l’année suivante appliquée à son sistership, le Sevastopol. L’affaire avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque, entre crainte de voir la décision de l’Elysée créer un précédent à même de fragiliser les positions tricolores sur le marché des ventes d’armes, et le risque de voir la France payer de fortes pénalités financières pour avoir refusé de livrer les bateaux à la Russie.

Après de longs mois de négociations et une position politiquement et diplomatiquement complexe pour Paris, François Hollande et Vladimir Poutine ont finalement entériné un accord amiable le 5 août 2015. La Russie, qui avait signé la commande des deux BPC pour 1.2 milliard d’euros, a obtenu le remboursement des sommes versées et certains frais engagés, soit un montant total de 945 millions d’euros. Au lendemain de cet accord, lors d’un déplacement en Egypte à l’occasion de l’inauguration de l’extension du canal de Suez, le président al-Sissi confirmait à son homologue français son souhait d’acquérir les deux BPC. Le contrat fut signé dès le 10 septembre, pour un montant de 950 millions d’euros.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Au final, cette affaire coûtera un peu à la France dans des proportions encore difficiles à définir puisque le périmètre n’est pas tout à fait le même. Alors que François Hollande a assuré que les industriels français seraient intégralement remboursés, l’Etat étant responsable de la rupture du contrat, les chantiers STX France de Saint-Nazaire, sous-traitant de DCNS sur ce programme, ont été à priori payés. Quant au groupe naval, qui portait le contrat russe, il lui manquait fin 2015 entre 100 et 150 millions d’euros. Une somme qui n’a pas toujours pas été recouvrée en totalité. Toutefois, au sein DCNS, on se montre confiant quant au respect des engagements pris par le président de la République.

Quoiqu’il en soit, et même s’il y a un peu de perte en ligne, le feuilleton des ex-BPC russes s’achève très bien pour la France, qui aurait pu être confrontée à une situation bien plus grave si la Russie avait porté l’affaire devant un tribunal arbitral et qu’aucun repreneur n’avait été trouvé pour ces bateaux. Quant aux ventes de matériels français à l'export, elles ne se sont jamais aussi bien portées, culminant à quelques 16 milliards d'euros en 2015. 

Les ex-Vladivostok et Sevastopol, devenus respectivement Anwar el-Sadate et Gamal Abdel Nasser (ce dernier ayant été livré en juin dernier) ont même permis de renforcer un peu plus les liens entre la France et l‘Egypte. Celle-ci est devenue, en un peu plus de deux ans, l’un des principaux clients de l’industrie française de Défense. En dehors des BPC, elle a acheté 24 Rafale à Dassault Aviation, alors que DCNS a livré en 2015 à sa marine une frégate multi-missions et vendu quatre corvettes lourdes du type Gowind 2500, dont le premier exemplaire sera achevé l’an prochain.

 

Naval Group (ex-DCNS)