Défense
La frégate Aquitaine révélée en présence de Nicolas Sarkozy

Actualité

La frégate Aquitaine révélée en présence de Nicolas Sarkozy

Défense

C'est totalement recouverte d'une immense toile tricolore que l'Aquitaine, tête de série du programme des frégates européennes multi-missions, a été présentée hier à plus de 1200 invités. Président de la République, ministres de la Défense et de l'Industrie, ambassadeurs, délégations étrangères, élus locaux, responsables militaires, ingénieurs, techniciens, ouvriers... Un impressionnant parterre était réuni sur le site DCNS de Lorient, où le bâtiment a été mis à flot jeudi dernier. Quatre ans et demi après la notification du contrat, toutes et tous avaient hâte de découvrir le dernier-né de l'industrie navale française, qui constituera avec ses 10 sisterships l'épine dorsale de la future Marine nationale. A l'issue d'une présentation sur écrans géants et au rythme des tambours, Nicolas Sarkozy a coupé le ruban qui a lancé le dévoilement de la frégate. Sous un vent nourri, les grandes toiles épousant les flancs du navire sont progressivement tombées, dévoilant les formes furtives de l'Aquitaine.

L'Aquitaine, hier (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
L'Aquitaine, hier (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

L'Aquitaine, hier (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
L'Aquitaine, hier (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

L'Aquitaine, hier (© : DCNS)
L'Aquitaine, hier (© : DCNS)

L'Aquitaine, hier (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
L'Aquitaine, hier (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : DCNS)
(© : DCNS)

 (© : DCNS)
(© : DCNS)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

 (© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)
(© : MER ET MARINE - GILDAS LE CUNFF DE KAGNAC)

« L'Etat ne sera pas un actionnaire dormant. Il s'investira »

Après avoir rencontré une centaine de personnels et d'apprentis de DCNS (détenu à 75% par l'Etat et 25% par Thales) puis les organisations syndicales, le président a, finalement, décidé de ne pas prononcer le discours que ses collaborateurs lui avaient préparé et qui avait été distribué quelques minutes plus tôt aux journalistes. En lieu et place, il a préféré improviser son intervention, ce qui a été plutôt bien perçu par l'assistance. Nicolas Sarkozy a, notamment, réaffirmé son engagement en faveur de l'industrie, notamment navale. « Je n'accepterait jamais la désindustrialisation de la France car il n'existe pas de grand pays qui ne porte pas d'ambition industrielle. DCNS a changé de statut en 2003 et le personnel a pu, logiquement, être inquiet. Mais la capacité d'adaptation des hommes et femmes de DCNS est un succès. Je viens aujourd'hui dans une entreprise dont le carnet de commandes représente plus de quatre ans de travail et, avec FREMM, qui a 10 ans de perspectives. L'objectif n'est pas de stabiliser l'emploi mais de le développer. Je me réjouis de l'embauche de 60 personnes sur le site et il faut embaucher des apprentis pour transmettre le savoir-faire. L'Etat ne sera pas un actionnaire dormant. Il s'investira. DCNS aura les moyens de son développement, et pas uniquement pour travailler dans le militaire. Nous soutiendrons la diversification des activités. Je pense au nucléaire civil, ainsi qu'aux énergies marines renouvelables », a promis le président Sarkozy, répondant ainsi aux inquiétudes exprimées un peu plus tôt par les syndicats.

 Rencontre avec les apprentis (© : DCNS)
Rencontre avec les apprentis (© : DCNS)

 Rencontre avec les personnels (© : DCNS)
Rencontre avec les personnels (© : DCNS)

12 frégates commandées

P-DG de DCNS, Patrick Boissier, qui a précédé Nicolas Sarkozy à la tribune, n'a pas caché sa satisfaction : « C'est un grand honneur pour les collaborateurs de DCNS d'avoir accueilli le Président de la République pour cette cérémonie. DCNS est fier d'être le maître d'oeuvre industriel du plus important programme naval européen. Fortement automatisées, polyvalentes, interopérables et flexibles, les frégates FREMM constituent une nouvelle référence sur le marché. Bénéficiant des savoir-faire uniques des équipes de notre groupe, ce programme industriel démontre notre potentiel pour doubler notre chiffre d'affaires dans les dix prochaines années en réalisant, à court terme, des gains de performance significatifs ».
Lancé fin 2005 par la France et l'Italie, FREMM est le plus important programme naval en coopération lancé jusqu'ici en Europe. La coopération est néanmoins beaucoup plus réduite que sur la précédente série de frégates franco-italiennes, les Horizon, dont le montage industriel extrêmement complexe s'est traduit par des surcoûts et un glissement du programme. Cette fois, Français et Italiens ont surtout coopéré sur l'acquisition en commun de gros équipements, permettant de mutualiser les études et de diminuer les coûts d'achats. Initialement, la France devait acquérir 17 bâtiments mais la cible a finalement été réduite à 11 unités pour un coût global de 7.8 milliards d'euros. L'Italie, quant à elle, doit réaliser 10 bâtiments pour son propre compte. En dehors des exemplaires commandés pour la Marine nationale, soit 9 bâtiments à vocation anti-sous-marine et 2 en version antiaérienne (livrables entre 2012 et 2022), DCNS a reçu la commande d'une FREMM par le Maroc. Quasiment identique aux FREMM (ASM) françaises, ce navire, en cours de construction à Lorient, sera livré en 2013.

 Patrick Boissier, hier à Lorient (© : DCNS)
Patrick Boissier, hier à Lorient (© : DCNS)

Perspectives à l'export

En dehors du Maroc, DCNS espère remporter de nouveaux contrats à l'international avec sa nouvelle frégate. Il faut dire que le groupe français dispose de l'un des meilleurs produits du marché, et même sans doute du meilleur en matière de rapport coût/capacités. L'Arabie Saoudite, la Grèce, le Brésil et l'Algérie sont considérés, pour l'heure, comme les clients potentiels les plus sérieux. Mais les produits, si bons soient-ils, ne sont pas les seuls arguments aboutissant à la signature d'un contrat. Pour chaque pays, la dimension politique est prépondérante. Ainsi, l'Etat et ODAS (qui a pris la suite de la SOFRESA n 2008) ne ménagent pas leurs efforts en Arabie Saoudite. Hier, Nicolas Sarkozy comme une « priorité » la « vente d'une FREMM en Arabie Saoudite ». Après de longues discussions avec Brasilia sur la vente de sous-marins, qui a abouti l'an dernier, DCNS espère doubler la mise, dans les prochaines années, avec un programme de frégates.

Modèle proposé à la Grèce (© : DCNS)
Modèle proposé à la Grèce (© : DCNS)

Avant cela, le groupe pensait pouvoir concrétiser cette année la vente de 6 FREMM en Grèce. Toutefois, vu la situation financière catastrophique du pays, cette perspective n'est plus assurée. « La Grèce traverse la crise que tout le monde connaît et va devoir faire des sacrifices drastiques, notamment sur la défense. Le projet des frégates sera-t-il maintenu, repoussé ou réduit ? Les discussions se poursuivent et nous serons prêts au moment où il le faudra », a reconnu hier Patrick Boissier. Concernant l'Algérie, les discussions se veulent très discrètes, les relations entre les deux pays connaissant des périodes plus ou moins propices. On notera que sur ce marché, comme au Brésil notamment, DCNS fait face à la concurrence des Italiens, qui proposent leur version de la FREMM.

 Vue de future Aquitaine (© : DCNS)
Vue de future Aquitaine (© : DCNS)

Les atouts de la nouvelle frégate française

Longue de 142 mètres pour un déplacement de 6000 tonnes en charge, l'Aquitaine est un bâtiment très automatisé. Son équipage ne comprendra que 108 marins, soit moitié moins que les frégates de la génération précédente. La maintenance des navires est également optimisée, ce qui permet d'améliorer significativement le taux de disponibilité et de réduire le nombre et la durée des arrêts techniques. Disposant d'un système de propulsion hybride (moteurs électriques et turbines à gaz), la FREMM peut atteindre 27 noeuds et franchir une distance, à vitesse économique, supérieure à 6000 milles nautiques. Le bâtiment, furtif et conçu pour être très silencieux, est, en outre, très polyvalent. La version française de la FREMM (ASM) embarquera, ainsi, 16 Scalp Naval (missiles de croisière), 8 Exocet MM40 Block3 (missiles antinavire), 16 Aster 15 (missiles surface-air), des torpilles MU90, un canon de 76mm, deux canons télé-opérés de 20mm et un hélicoptère NH90. De plus, elle mettra en oeuvre un sonar remorqué. La variante antiaérienne, baptisée FREDA, en sera dépourvue mais sera pour sa part dotée de 32 missiles Aster 30 et Aster 15, d'un système de combat optimisé pour la défense aérienne et d'un radar multifonctions Herakles plus puissant que sur la version de base. Modulaire, la frégate peut, en fait, voir ses équipements adaptés en fonction des besoins du client. Ainsi, il est par exemple possible d'installer un canon de 127mm ou encore des lanceurs pour 24 missiles Mica VL.

Le site DCNS de Lorient (© : DCNS)
Le site DCNS de Lorient (© : DCNS)

Retombées économiques et sociales

Le programme FREMM assure une visibilité de 10 ans au bassin d'emploi lorientais. Il bénéficie aussi à d'autres sites du groupe, comme Nantes-Indret pour la propulsion ou Ruelle pour les équipements (lanceurs de missiles, système de conduite, manutention de l'hélicoptère...). Après la livraison de l'Aquitaine à l'été 2012 puis de la frégate marocaine l'année suivante, la Normandie, seconde unité française, sera opérationnelle en 2014. DCNS livrera, ensuite, un bâtiment tous les 10 mois, en terminant par les FREDA. Le dernier navire doit être admis au service actif en 2022. D'un coût de 7.8 milliards d'euros, ce programme va générer au total près de 50 millions d'heures de travail. De la conception à l'entrée en service, chaque frégate représente plus de 3 millions d'heures de travail, soit l'équivalent en charge de travail de la construction de deux Viaducs de Millau. Ce volume de production nécessite la mobilisation de 1200 personnes, pour moitié chez DCNS et pour moitié chez ses sous-traitants. On notera, de plus, que les capacités industrielles de Lorient permettent encore, malgré une cadence de livraison importante, de réaliser des bâtiments à l'export. Initialement, la réalisation d'une partie des coques devait être sous-traitée à compter de la seconde FREMM.

Avant de FREMM assemblé à Brest (© : DCNS)
Avant de FREMM assemblé à Brest (© : DCNS)

Ré-internaliser de la charge de travail

Mais, suite à la mobilisation des syndicats et personnels, la direction a accepté de confier ce travail aux établissements de Brest et Cherbourg, à la condition que les sites soient aussi compétitifs que les chantiers sous-traitants. Après avoir fait réaliser la moitié avant de la frégate marocaine par ses équipes brestoises et cherbourgeoises, la direction a décidé de rééditer l'expérience avec les FREMM 3 et 4. « Pour relever un tel challenge industriel, DCNS met en place de nouvelles méthodes de travail. Elles permettent de réaliser des ré-internalisations compétitives dans le coeur de métier du groupe. Pour ce faire, DCNS doit atteindre en interne le même niveau de performance économique global que celui obtenu avec une sous-traitance partielle dans des chantiers à bas coûts. Cela permet au Groupe de réaliser en interne des activités industrielles qu'il aurait sous-traitées et d'engager ainsi une dynamique positive : augmenter la production interne, optimiser l'utilisation de l'outil industriel, mieux amortir les coûts de structure et favoriser l'emploi dans ses bassins d'activités », explique le groupe. Pour l'industriel, cette démarche « illustre le programme de transformation que DCNS met en oeuvre dans le cadre de son plan stratégique championship afin d'améliorer sa performance de 30% au cours des trois prochaines années ».

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)
Mise à flot de l'Aquitaine, le 29 avril (© : DCNS)

Naval Group (ex-DCNS)