Défense
La frégate Chevalier Paul, « bête de guerre » de la Marine nationale

Reportage

La frégate Chevalier Paul, « bête de guerre » de la Marine nationale

Défense

Sur une mer d’huile, une puissante frégate trace sa route au large des côtes françaises. 152.9 mètres de long pour 20.3 mètres de large, un tirant d’air de 44 mètres et un déplacement de 7000 tonnes en charge…. Le bâtiment en impose, assurément. Seconde des deux unités françaises du type Horizon, le Chevalier Paul et son aîné, le Forbin, sont les plus grandes frégates de la Marine nationale. Les deux bâtiments sont issus d’un programme franco-italien qui a vu la réalisation de deux autres frégates pour la Marina militare, l’Andrea Doria et le Caio Duilio. Les navires italiens sont quasiment identiques à leurs cousins français, à quelques exceptions près, comme la présence d’une troisième tourelle de 76mm (à l’arrière), des missiles antinavire Otomat et des lance-leurres SCLAR en lieu et place des Exocet et NGDS des bâtiments français. C’est en 1992 que le programme a été lancé avec la signature d’un premier accord tripartite. Initialement, la Grande-Bretagne était en effet partie prenante mais, en 1999, Londres a finalement décidé de faire cavalier seul. Les Britanniques ont donc développé et réalisé de leur côté les nouveaux destroyers du type 45 (classe Daring), qui présentent d’ailleurs un air de famille certain avec leurs homologues franco-italiens. Cela tient notamment au fait que la Royal Navy a maintenu la coopération sur un point essentiel, celui du système d’armes principal, le PAAMS, que les Britanniques appellent Sea Viper, articulé autour de 48 missiles antiaériens Aster.

 

Les quatre frégates franco-italiennes du type Horizon  (© MARINE NATIONALE)

Les quatre frégates franco-italiennes du type Horizon  (© MARINE NATIONALE)

 

Les quatre frégates franco-italiennes du type Horizon (© MARINE NATIONALE)

Les quatre frégates franco-italiennes du type Horizon (© MARINE NATIONALE)

 

Un challenge technologique

 

Construits par le site DCNS de Lorient, les Forbin et Chevalier Paul ont, respectivement, été mis sur cale en janvier 2004 et août 2005, furent lancés en mars 2005 et juillet 2006, puis admis au service actif en octobre 2010 et juin 2011. Ces deux frégates de défense aérienne (FDA), destinées à remplacer les frégates lance-missiles Suffren et Duquesne (désarmées en 2001 et 2007), devaient à l’origine être suivies de deux unités supplémentaires, appelées à succéder aux frégates antiaériennes Cassard et Jean Bart, mises en service en 1988 et 1991. Mais le coût très important du programme (2.7 milliards d’euros pour les Forbin et Chevalier Paul, développements compris selon les chiffres officiels) a obligé la Marine nationale, dans un contexte de restrictions budgétaires, à abandonner en 2005 la construction des troisième et quatrième FDA. Une solution moins onéreuse a finalement été retenue via la réalisation de deux FREDA, version antiaérienne des nouvelles frégates européennes multi-missions (FREMM), dont la tête de série, l’Aquitaine, sera livrée fin 2012. Suivant les 9 nouvelles FREMM françaises, les FREDA devraient être opérationnelles en 2021 et 2022.

 

Mise à flot du Chevalier Paul à Lorient, en 2006 (© DCNS)

Mise à flot du Chevalier Paul à Lorient, en 2006 (© DCNS)

 

Dotées des dernières technologies et armements disponibles, les Horizon ont représenté un véritable challenge pour les ingénieurs, d’autant que les bâtiments ont été réalisés en coopération, ce qui  a complexifié sensiblement le programme tout en assurant sa réalisation. La mise au point des frégates, et notamment l’intégration de tous les senseurs et armes au système de combat, a été longue et difficile, entrainant des retards et surcoûts.  Aujourd’hui, ces aléas ont été surmontés et les bâtiments sont totalement au point. Les Forbin et Chevalier Paul ont, notamment, participé l’an dernier à l’opération Harmattan en Libye, une mission qui a démontré qu’ils étaient parfaitement opérationnels et présentaient des capacités allant au-delà des espérances. De quoi rendre les ingénieurs qui ont conçu ces bateaux et les marins qui les arment aujourd’hui légitimement fiers.

 

Le Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

Le Chevalier Paul (© MARINE NATIONALE)

 

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La passerelle du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Eprouvé au combat

 

En mars 2008, nous vous avions emmené à la découverte du Forbin, alors fraîchement sorti des chantiers lorientais et que les marins commençaient tout juste à prendre en main. Quatre ans plus tard, c’est à bord du Chevalier Paul que nous avons embarqué,  sur un bâtiment désormais rompu aux opérations.  L’occasion de recueillir les impressions de l’équipage sur la frégate et ses équipements, à la lumière notamment du déploiement en Libye. « Lors de l’opération Harmattan, le comportement du bateau fut remarquable. Il offre des capacités militaires exceptionnelles et nous constatons un véritable saut technologique. La modernité de nos capteurs nous permet d’aller bien au-delà de ce que nous faisions auparavant, en ayant notamment une meilleure vue de la situation tactique », explique le commandant du Chevalier Paul (*). Et le capitaine de vaisseau François Moreau de rappeler que le sistership du bâtiment, le Forbin, a été chargé au début des opérations d’assurer la protection du porte-hélicoptères d’assaut USS Kearsarge, bâtiment amiral de la force amphibie américaine alors déployée dans la zone. «  Celà donne une idée du niveau de confiance dans les capacités de ces bâtiments, y compris chez les Américains ». A l’issue des déploiements réalisés et de l’engagement en Libye, le capitaine de vaisseau Emmanuel Slaars, commandant en second du Chevalier Paul (*), est formel : « C’est stupéfiant de voir le saut technologique que représente ce bateau et notamment sa capacité de collecte d’informations. En termes de performances, le Chevalier Paul n’a rien à envier aux meilleurs bâtiments de défense aérienne d’outre Atlantique». Quant à savoir s’il y avait eu une certaine appréhension en partant au combat avec une frégate fraîchement admise au service actif et bourrée de nouvelles technologies, le CV Slaars répond par la négative : « Le processus de recette a été long et les équipements avaient été éprouvés. La décision a été prise d’envoyer le Chevalier Paul en Libye en sachant que le bâtiment fonctionnait et que l’équipage était entrainé à le mettre en œuvre. Nous avons été efficaces immédiatement et, à la lumière de ce que nous avons vécu, Harmattan n’a fait que renforcer la confiance que nous avions déjà dans cette frégate ».

 

Sur la passerelle d'une Horizon au large de la Libye (© EMA)

Sur la passerelle d'une Horizon au large de la Libye (© EMA)

 

Défense aérienne de zone et soutien des raids aériens

 

Les frégates du type Horizon ont été spécialement conçues pour la défense aérienne. Ces bâtiments peuvent assurer la protection contre avions et missiles d’une force navale, d’un convoi ou d’une zone définie, que ce soit en pleine mer ou dans une région littorale, par exemple lors d’une opération amphibie ou d’évacuation de ressortissants. Ils peuvent, également, gérer le trafic aérien et coordonner l’activité aérienne, en guidant notamment des avions de combat vers leurs cibles. « Nous étions en plein dans notre cœur de métier en Libye. Pendant la mission, qui a duré pour nous 73 jours, nous avons assuré la maîtrise des opérations aériennes et simultanément la protection des bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, qui embarquaient les hélicoptères de combat de l’ALAT (aviation légère de l’armée de Terre, ndlr) », rappelle le capitaine de vaisseau François Moreau.

 

Le porte-avions Charles de Gaulle  (© MARINE NATIONALE)

Le porte-avions Charles de Gaulle  (© MARINE NATIONALE)

 

Le Forbin escortant le Charles de Gaulle au large de la Libye (© EMA)

Le Forbin escortant le Charles de Gaulle au large de la Libye (© EMA)

 

Certes, les opérations en Libye ont fait intervenir des avions radar Awacs, ainsi que les avions de guet aérien Hawkeye du porte-avions Charles de Gaulle. Ces appareils avaient pour mission d’assurer le contrôle de l’espace aérien et coordonner les raids de l’aviation. La présence à proximité des côtes des FDA s’est, néanmoins, révélée très utile, notamment pour appuyer les interventions au dessus du sol libyen des avions et hélicoptères de combat et pour suppléer des défauts de permanence de ces appareils. « Avec le destroyer britannique HMS Liverpool, nous avons pris le contrôle de la totalité de la zone d’opération aérienne. Nous avons une vraie complémentarité avec les Awacs et Hawkeye. D’abord, notre force c’est de ne pas avoir seulement 12 heures d’autonomie, mais de pouvoir assurer une permanence sur zone. Ensuite, les avions voient loin mais avec un degré de finesse , de richesse et de précision moindre que la frégate, qui dispose de nombreux moyens de détection. Pour l’ALAT, nous avons pu apporter une véritable plus value dans le suivi de la situation, tout en assurant également la coordination des avions de chasse dans les boites attribuées. Nous avons pu utiliser nos moyens au maximum de leurs possibilités, et intégrer sans difficultés dans les règles de coordination particulièrement complexes de cette opération ».

 

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Radar S 1850 M (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Radar S 1850 M (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Radar EMPAR (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Radar EMPAR (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Des radars très puissants et de redoutables missiles

 

Pour mener à bien ses missions, le Chevalier Paul dispose de différents senseurs. D’abord, un radar de veille à longue portée (Long Range Radar – LRR). Du type S 1850M, développé par Thales, ce grand radar noir, qui surplombe le hangar hélicoptère, présente une portée d’environ 400 kilomètres, avec une précision assez exceptionnelle. Tout en haut du mât avant se trouve un second radar, abrité sous radôme. Il s’agit de l’EMPAR, de l’Italien Selex, qui sert à la détection de cibles et au guidage des missiles antiaériens Aster 15 et Aster 30. Embarqués respectivement à 16 et 32 exemplaires, avec une réserve de place pour 16 munitions supplémentaires, ces engins, conçus par MBDA, sont les seuls à avoir été dès l’origine développés non seulement pour la lutte contre avions, mais également pour l’interception de missiles antinavire supersoniques. D’une portée pouvant aller jusqu’à une centaine de kilomètres, l’Aster, qui peut atteindre une vitesse de 4500 km/h,  est en mesure de contrer des missiles assaillants très rapides, manoeuvrants, à vol rasant et fort piqué final. Doté d’un autodirecteur, l’Aster, après avoir été recalé en vol grâce aux informations recueillies par les radars de la frégate, peut traquer sa cible en toute autonomie. Redoutable, le « tueur de missiles » de MBDA a déjà fait ses preuves lors de tirs d’exercice. Ainsi, en novembre 2011, une cible lancée à grande vitesse a été engagée  par le Chevalier Paul à près de 100km et touchée de plein fouet. Puis, en avril dernier, un Aster tiré du Forbin  a neutralisé pour la première fois en Europe un missile supersonique volant au ras des flots et tiré à courte distance, en l’occurrence une cible américaine GQM-163A Coyote.

 

La plage avant du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

La plage avant du Chevalier Paul (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les silos des missiles Aster (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Les silos des missiles Aster (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Tir d'Aster sur une frégate Horizon (© MBDA)

Tir d'Aster sur une frégate Horizon (© MBDA)

 

Tir d'Aster sur une frégate Horizon (© DGA)

Tir d'Aster sur une frégate Horizon (© DGA)

 

Contrairement aux frégates précédentes, qui disposaient ou disposent encore d’une rampe simple ou double pour lancer leurs missiles SM1-MR ou Masurca, les Horizon voient l’ensemble de leurs missiles immédiatement prêts à l’emploi. Tous les Aster sont, en effet, logés  dans 48 cellules situées à l’avant dans des lanceurs verticaux Sylver, produits par DCNS. Ce concept évite la manœuvre de rechargement, ainsi qu’une éventuelle avarie de la rampe, tout en offrant une plus grande réactivité et des tirs en salve. Grâce à la puissance de son système de combat, le Chevalier Paul peut, en effet, s’opposer à une attaque saturante et lancer en quelques secondes de nombreux missiles contre des cibles multiples. « Le bâtiment, qui offre un parapluie anti-missile de théâtre, est capable de traiter plusieurs dizaines de menaces simultanément et faire face à un assaut aérien massif », explique le capitaine de vaisseau Emmanuel Slaars.

 

Le LRR et un brouilleur, à droite (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Le LRR et un brouilleur, à droite (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Guerre électronique et furtivité

 

En matière de guerre électronique, le bâtiment dispose de moyens passifs, avec des systèmes d’interception d’émissions radio et radar. En fonction des émissions électromagnétiques perçues, il est possible de savoir quel type de radar emploie l’adversaire et même sur  quel porteur il est installé, chaque équipement ayant une signature spécifique. « Les intercepteurs radar et radio sont des matériels très performants et extrêmement rapides dans la reconnaissance,

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