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La frégate Forbin accuse du retard, le programme Horizon renégocié

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La frégate Forbin accuse du retard, le programme Horizon renégocié

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La frégate antiaérienne Forbin, première unité du programme franco-italien Horizon, ne sera pas livrée, comme prévu, le 27 décembre 2006. Le navire souffre de problèmes de règlages. Selon la Délégation Générale pour l’Armement (DGA) : « Il s’agit de difficultés sur le module de contrôle et de commande du système PAAMS, mais également sur la mise au point du système de management de combat (CMS) ». Le PAAMS (Principal Anti Air Missile System), est un système de défense aérienne de zone. Il se compose de 48 missiles Aster 15 et Aster 30, de leurs lanceurs verticaux (Sylver A 50), d’un radar de veille tridimensionnel S 1850 M et d’un radar multifonctions EMPAR (conduite de tir). Le système de direction de combat éprouve donc, lui aussi, quelques soucis de jeunesse, à l’instar du CMS embarqué sur le Mistral. La comparaison s’arrête toutefois là. Pour le BPC, il semble que le problème a sans doute été aggravé par une période trop courte d’intégration à terre.

Le CMS au banc d’essais

Sur les Horizon, la situation est différente. Avant d’être embarqués, les équipements sont testés à terre, opérations qui durent maintenant depuis un an. Deux plateformes d’essais existent, à Rome et à Toulon, pour évaluer les logiciels. Il s’agit d’une phase d’apprentissage longue et particulièrement complexe, compte tenu du niveau de technologie des frégates. « Ce sont les navires de combat les plus compliqués jamais réalisés en Europe. Les Horizon seront capables d’assurer la lutte antiaérienne, la coordination au sein d’une force maritime et le contrôle de l’espace aérien », souligne Reynald Rasset, directeur du programme à la DGA. Pour mener à bien ces missions, le système de combat de chaque bâtiment comprend 22 modules logiciels, 20 consoles, 10 calculateurs et 1 million de lignes de codes. Le tout doit permettre de gérer les armes, les liaisons tactiques et l’analyse des informations transmises par une dizaine de senseurs, à commencer par les radars et sonars. Pour fonctionner, tous ces équipements doivent dialoguer parfaitement entre eux. Or, pour le moment, ils connaissent quelques problèmes de langages. Pour éviter la cacophonie, « nous allons allonger les essais à la mer sur une période d’un an et prendre notre temps pour passer le système en revue à la mer. Malgré la plateforme d’intégration, il n’y a rien de tel que de vraies conditions d’emploi », explique Reynald Rasset.

Le PAAMS bientôt à la mer

A l’origine, le programme Horizon devait être tripartite, mais Londres a finalement décidé de faire cavalier seul pour ses destroyers, à l’exception du système d’armes. Le PAAMS est donc étudié conjointement par la France, l’Italie et la Grande-Bretagne, au sein d’Eurosam, dont le capital est détenu à 25% par EADS, 25% par Thales et 50% par Salenia. Comme pour le CMS, le système dispose de sa plateforme d’intégration terrestre. Après une reconstitution de la mâture du Charles de Gaulle dans les années 90, les mâts du Forbin trônent désormais sur la presqu’île de Saint-Mandrier. Le radar EMPAR y termine sa qualification et sera bientôt embarqué sur le Carabiniere, pour débuter la phase d’intégration à la mer. Le navire italien, doté d’un lanceur Sylver, devrait procéder à un tir d’essai en février prochain. En attendant, plusieurs lancements d’Aster 30 ont déjà été réalisés par le Centre d’Essais des Landes. Le dernier est intervenu mardi. Pour la direction de programme, la maturité de la munition, capable d’atteindre 100 Kms et d’intercepter des missiles à fortes capacités de pénétration, est acquise. Il reste donc à travailler sur le module de contrôle et de commande avant que le PAAMS soit validé. Des trois pays partenaires, la France était la plus pressée car elle devait mettre sa tête de série en service pour 2006. La Grande-Bretagne, en revanche, a tout son temps puisque le premier destroyer de la classe 45 n’est pas attendu avant 2009.

Renégocier le contrat

Selon la DGA, de décembre prochain, la livraison du Forbin pourrait glisser jusqu’en 2008 et entraîner un retard de plusieurs mois sur la seconde frégate, le Chevalier Paul : « Il y aura probablement un effet domino car les industriels n’ont pas deux équipes ». Pour DCN, qui fabrique les deux bâtiments français à Lorient, « il est encore beaucoup trop tôt pour chiffrer le délai supplémentaire avec exactitude ». L’entreprise rappelle au passage qu’elle n’a « pas de retard sur le projet » et que c’est la « fourniture des systèmes approvisionnés par l’Etat qui a des conséquences calendaires ». Outre la durée plus longue nécessaire à la mise au point du PAAMS et du CMS, le ministère de la Défense a par ailleurs ajouté des essais au programme initial de sorties à la mer, dont la première est maintenant prévue en juin prochain. Les exercices comprendront notamment un tir de missile Aster 30. Non responsable de l’étalement dans le temps du programme, DCN renégocie actuellement le contrat passé avec l’Etat, pour éviter d’avoir à payer des indemnités de retard. La Marine nationale, de son côté, devra compter au moins un an de plus sur les deux uniques frégates antiaériennes dont elle dispose, pour assurer la protection du Charles de Gaulle.

Voir la fiche technique du Forbin

Naval Group (ex-DCNS)