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La frégate Montcalm a tiré sa révérence

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Opérationnelle depuis mai 1982, la frégate anti-sous-marine (FASM) Montcalm prend sa retraite. La cérémonie de retrait du service actif du bâtiment s’est déroulée le 3 juillet à Toulon, en présence de l’amiral Marc de Briançon, commandant la Force d’Action Navale. Après une dernière mission en Méditerranée orientale en début d’année, puis la participation à divers entrainements et la préparation du RSA, cette cérémonie marque le début du processus allant conduire à son désarmement. Remplacé par la nouvelle frégate multi-missions (FREMM) Languedoc, dont l’ASA a été prononcée le 4 juillet, le Montcalm est la troisième FASM du type F70 à achever sa carrière après le Georges Leygues (1979) en 2013 et le Dupleix (1981) en 2014. Elle sera suivie l’an prochain par le Jean de Vienne (1984), également basé à Toulon et auquel succèdera la FREMM Auvergne.

 

Le Montcalm en 2012 (© : MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

Le Montcalm en 2012 (© : MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

La FREMM Languedoc (© : MARINE NATIONALE)

La FREMM Languedoc (© : MARINE NATIONALE)

 

La fin de la génération F70

Il ne restera alors plus que les trois dernières unités de la série, les Primauguet (1986), La Motte-Picquet (1988) et Latouche-Tréville (1990), toutes positionnées à Brest où elles côtoient les deux premières unités du programme FREMM, l’Aquitaine et la Provence, admises au service actif en décembre 2015 et juin 2016. Le remplacement des FASM brestoises sera assuré par deux autres FREMM, les Bretagne et Normandie, livrables en 2018 et 2019 par Naval Group (ex-DCNS). Le temps que ces nouveaux bâtiments, réalisés à Lorient, soient déclarés bons pour le service, toutes les F70 ASM devraient être désarmées d’ici 2020/21.

Les ultimes représentantes de cette génération de frégates, qui a constitué pendant plus de trente ans l’ossature de la Marine nationale, seront les Cassard (1988) et Jean Bart (1991), cousines des FASM mais adaptées à la lutte antiaérienne. Basées à Toulon, elles seront remplacées par les deux derniers exemplaires du programme FREMM, l’Alsace et la Lorraine, qui bénéficieront de capacités de défense aérienne renforcées et doivent être réceptionnées en 2021 et 2022 par la Marine nationale.

 

Le Jean-Bart et le Montcalm (© : MARINE NATIONALE)

Le Jean-Bart et le Montcalm (© : MARINE NATIONALE)

Le Montcalm revenant d'une mission d'évacuation en Libye en 2014 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le Montcalm revenant d'une mission d'évacuation en Libye en 2014 (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Avec le Dixmude et l'Aconit en 2015 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

Avec le Dixmude et l'Aconit en 2015 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

 

Deux réacteurs de Concorde en machines

Construit comme les autres F70 ASM à Brest, où il avait été mis sur cale en décembre 1975 et mis à l’eau en mai 1980, le Montcalm mesure 139 mètres de long pour 15 mètres de large, avec un déplacement en charge qui atteignait plus de 4800 tonnes. Armée par 240 marins, cette frégate pouvait atteindre la vitesse de 30 nœuds grâce à un appareil propulsif comprenant, pour les allures lentes et modérées, deux moteurs diesels Pielstick de 4120 kW chacun, et pour les évolutions rapides deux turbines à gaz Olympus de chez Rolls-Royce (2 x 19 MW), une version navalisée des réacteurs qui équipaient l’avion supersonique Concorde. L’autonomie du bâtiment pouvait atteindre 8000 milles à 15 nœuds.

 

Dans les machines du Montcalm en 2014 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

Dans les machines du Montcalm en 2014 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

 

 

Le CO du Montcalm en 2014 (© : MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

Le CO du Montcalm en 2014 (© : MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

 

Chasseuse de sous-marins

Conçues pour la lutte anti-sous-marine, en particulier dans le cadre de la protection des SNLE et porte-avions, les frégates de ce type (initialement appelées corvettes) ont été comme leurs aînées des types F65 (Aconit) et F67 (Tourville), mais aussi certains escorteurs d’escadre refondus auxquels elles ont succédé, équipées d’un sonar remorqué à immersion variable DUBV-43. Capable de plonger à plusieurs centaines de mètres, ce poisson complétant le sonar de coque (le DUBV-23 originel du Montcalm ayant été remplacé par un UMS 4110) permet d’améliorer significativement la capacité de détection. Pour l’autodéfense et l’attaque des sous-marins, les frégates mettaient initialement en œuvre deux hélicoptères Lynx avec sonar trempé et torpilles Mk46, s’ajoutant aux L5 qu’elles embarquaient (10 armes avec un tube de chaque bord). Ces torpilles ont, au cours des années 2000, été remplacées par les nouvelles MU90, le détachement aérien ne comprenant plus qu’un appareil.

 

Lynx sur le Montcalm (© : MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

Lynx sur le Montcalm (© : MARINE NATIONALE - S. CHENAL)

Sonar remorqué d'une FASM, ici le La Motte-Picquet (© : MARINE NATIONALE - M. DENNIEL)

Sonar remorqué d'une FASM, ici le La Motte-Picquet (© : MARINE NATIONALE - M. DENNIEL)

 

Des unités polyvalentes

Polyvalentes, comme toutes les frégates de la marine malgré leur spécialisation ASM, les Georges Leygues mettaient (ou mettent encore) en œuvre des moyens antiaériens et antisurface : tourelle de 100mm et artillerie légère, missiles antinavire (MM38 ou MM40), système surface-air Crotale.

Alors que les sept frégates de cette série présentaient des différences assez sensibles les unes par rapport aux autres, tant sur certains équipements que structurellement (sur les trois dernières la passerelle est surélevée d’un pont), les Dupleix, Montcalm et Jean de Vienne ont bénéficié entre 1995 et 2000 de la refonte OP3A (opération d’amélioration de l’autodéfense antimissile). Dans ce cadre, une passerelle de défense à vue a été intégrée au-dessus de la passerelle de navigation, alors que les bâtiments ont été équipés de deux systèmes surface-air Sadral, deux tourelles de 30mm, de nouveaux senseurs et moyens de guerre électronique.

 

Exercice au large de Toulon en 2014 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

Exercice au large de Toulon en 2014 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

 

De nombreuses missions et plus d'un million de milles parcourus 

Pendant ses 35 années de service, le Montcalm a parcouru plus d’un million de milles et participé à de très nombreuses opérations. Dès sa mise en service, le bâtiment a ainsi participé en 1982 à la mission Olifant au large du Liban. Il a également fait la première guerre du Golfe (90/91) au sein de l’opération Artimon, et plus récemment Harmattan (2011) en Libye, où la frégate est revenue à l’été 2014 dans le cadre d’une évacuation de ressortissants. Toujours affectée à Toulon, elle a aussi contribué à de multiples reprises à l’entrainement des sous-marins nucléaires d’attaque basés dans le même port.

 

Exercice au large de Toulon en 2014 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

Exercice au large de Toulon en 2014 (© : MARINE NATIONALE - V. ORSINI)

 

Des anciens du croiseur Montcalm à bord le 3 juillet

On notera enfin que la cérémonie de retrait du service actif du bâtiment s’est tenue sous l’œil attentif et ému de deux anciens marins du croiseur Montcalm, troisième unité de la marine à porter le nom du lieutenant général qui perdit la vie lors de la défense du Québec contre les troupes britanniques en 1759. Second des six magnifiques 7600 tonnes du type La Galissonnière, le croiseur Montcalm, construit à La Seyne-sur-Mer, a servi dans la flotte française de 1937 à 1969, reprenant le combat aux côtés des alliés après le débarquement anglo-américain en Afrique du nord en novembre 1942. Après sa modernisation aux Etats-Unis, il participa notamment à la libération de la Corse en 1943, puis au débarquement de Normandie et de Provence en 1944. De cette époque, les marins de la frégate Montcalm ont gardé la fourragère aux couleurs de la croix de guerre 39-45, témoignant des exploits de leurs aînés. Et ils ont donc pu rendre hommage à deux d’entre eux lundi, le lieutenant de vaisseau Yves Gaussot, âgé de 88 ans, ainsi que le chirurgien André Martin, qui fêtait ce jour-là son 90ème anniversaire. Un moment d’histoire et d’émotion, ces anciens partageant avec les jeunes leurs souvenirs de guerre, restés intacts malgré les années.

 

L'ancien croiseur Montcalm (© : SHM)

L'ancien croiseur Montcalm (© : SHM)

 

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