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La frégate Surcouf conserve son sonar BlueWatcher
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La frégate Surcouf conserve son sonar BlueWatcher

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Unique frégate française du type La Fayette (FLF) pour le moment équipée d’un sonar, le Surcouf a été doté lors d'un arrêt technique qui s'est déroulé entre fin 2017 et début 2018 du nouveau système BlueWatcher de Thales, fixé sous sa coque. Cette installation a été menée dans le cadre d’une expérimentation de deux ans pouvant être prolongée d’une année supplémentaire. Au terme de la période étendue, un nouvel accord a été conclu entre la Marine nationale et Thales afin de conserver le sonar sur le bâtiment au moins jusqu’en 2022, a appris Mer et Marine. Il s’agit de poursuivre l’expérimentation, dans le but d’étudier les performances intrinsèques du BlueWatcher, aussi connu sous le nom « 4120 », ainsi que les enjeux liés à l’intégration d’un sonar de coque sur les FLF dans le cadre de la rénovation à mi-vie (RMV) de ces bâtiments. Trois d’entre-eux, les La Fayette, Courbet et Aconit, seront notamment modernisés d’ici 2023 et dotés d’un sonar de coque. Il s’agira cependant d’un autre système, le Kingklip Mk II, plus volumineux et d’une technologie différente, qui équipera également les futures frégates de défense et d’intervention (FDI).

 

Le sonar BlueWatcher dans son carénage sous la quille du Surcouf (©  MER ET MARINE)

Le sonar BlueWatcher dans son carénage sous la quille du Surcouf (©  MER ET MARINE)

Le sonar BlueWatcher dans son carénage sous la quille du Surcouf (©  MER ET MARINE)

Le sonar BlueWatcher dans son carénage sous la quille du Surcouf (©  MER ET MARINE)

 

Préparer les capacités ASM des futurs patrouilleurs océaniques

Désormais, la poursuite de l’expérimentation du BlueWatcher sur le Surcouf vise aussi à préparer le programme des dix futurs patrouilleurs océaniques (PO), qui entreront en service à partir de 2025 et pour lesquels la marine française souhaite une capacité de lutte anti-sous-marine. Dans cette perspective, le recours au 4120 est envisagé. Mais la porte n’est pas non plus fermée à l’ajout sur les PO, en complément du sonar de coque, d’une antenne remorquée à immersion variable comme le Captas-1 (Nano), également conçu par Thales pour équiper de petites plateformes comme les patrouilleurs. « À ce stade toutes les possibilités sont ouvertes, les armées et la DGA analysent la pertinence des solutions proposées par nos industriels en ne fermant aucune porte, mais en prenant en compte les contraintes budgétaires et opérationnelles », explique à Mer et Marine une source militaire. Les successeurs des anciens avisos du type A69 (dotés d’un sonar de coque DUBA-25), seront en effet, comme leurs aînés, appelés à contribuer aux côtés des frégates et avions de patrouille maritime à la protection de la Force océanique stratégique (FOST), à la surveillance des approches maritimes sous la surface de l’eau et au renseignement acoustique dans les eaux où ils navigueront. Cela, dans un contexte de forte recrudescence de la menace sous-marine.

 

Le BlueWatcher (© THALES)

Le BlueWatcher (© THALES)

 

Un système dérivé du FLASH mis en œuvre sur les Caïman

Dévoilé en 2014 par Thales, le BlueWatcher est un système compact développé à partir du sonar trempé FLASH. Ce dernier est mis en œuvre sur les hélicoptères Caïman Marine (NH90 NFH) embarqués sur les frégates multi-missions (FREMM) et à l’avenir sur les FDI afin d’y remplir des missions de lutte ASM. Alors que le Kingklip est sonar « classique » possédant une fonction directive, le BlueWatcher présente une architecture particulière, du fait de la reprise de l’antenne en « étoile » du FLASH, constituant un système panoramique. Ce nouveau sonar actif/passif à basse fréquence, baigné dans un bain huileux à l’intérieur de son carénage, hérite de la densité de puissance (signal fort émis sur de petits volumes) du FLASH et bénéficie donc de technologies éprouvées à la mer. Avec des performances très intéressantes, dont une portée largement supérieure à ‎10km selon son concepteur. Si Thales s’est appuyé sur son sonar trempé aéroporté pour concevoir le BlueWatcher, c’est aussi pour des questions de compacité. Il s’agit en fait de l’un des grands enjeux ayant poussé l’électronicien français à développer ce nouveau système, optimisé pour pouvoir être intégré sur des bâtiments de faible tonnage, typiquement de petits navires de combat, des patrouilleurs hauturiers et même des unités côtières de quelques centaines de tonnes, seul ou en tandem avec le Captas-1. Le BlueWatcher se distingue aussi par le fait qu’il bénéficie d’un système de traitement adaptatif, permettant de réduire l’effet du bruit propre au porteur. 

 

La frégate Surcouf (©  MARINE NATIONALE - GREGOIRE CHAUMEIL)

La frégate Surcouf (©  MARINE NATIONALE - GREGOIRE CHAUMEIL)

 

Une évolution importante sur le plan technique et organisationnel

Pour en revenir au Surcouf, l’intégration puis l’expérimentation du BlueWatcher a été une opération complexe, tant sur le plan technique qu’en matière de ressources humaines. Alors que les FLF sont naturellement des bâtiments discrets sur le plan acoustique, des dispositions conservatoires avaient été prises dès l’origine pour intégrer un sonar de coque sur ces frégates. Mais il était plutôt envisagé à l’époque de pouvoir ajouter un tel senseur dans un bulbe d’étrave. Le choix de recourir à une antenne fixée sous la quille, liée à l’opportunité de pouvoir expérimenter avec l’industriel son nouveau produit, a donc nécessité des études assez poussées pour placer le dispositif au meilleur endroit sans dégrader les performances hydrodynamiques et la discrétion du bâtiment, ce qui est fondamental pour éviter de se faire repérer de loin, mais aussi pour les capacités de détection du sonar. Il a également fallu revoir les le câblages et le réseau électrique (avec le recours à la haute tension), penser et aménager un espace dédié à la lutte ASM au Central opération, assurer le dialogue avec les autres senseurs du bâtiment et dans le même temps créer et intégrer au sein de l’équipage un service de lutte sous la mer qui n’existait pas jusque-là. Ce qui sur le plan RH par l’arrivée à bord de marins de cette spécialité, déterminer leur nombre et leur rôle. Il faut par exemple non seulement des opérateurs capables d’analyser les données du sonar, mais aussi des marins pour effectuer les analyses environnementales de la mer (bouées et sondages) indispensables pour connaitre les performances du sonar. « Cela parait anodin mais en fait l’ajout de ce sonar a engendré des évolutions importantes à bord du Surcouf, sur les plan technique, opérationnel et organisationnel, avec une nouvelle capacité et une nouvelle spécialité à intégrer à bord et dans les missions », note un ancien officier de la frégate. Avec un impact sur tout l’équipage, par exemple en ce qui concerne la culture de la discrétion sur une plateforme à capacité ASM. « On a vu apparaitre les affiches rappelant qu’il ne fallait pas claquer les portes. Cette culture de la discrétion était déjà présente mais elle a été accrue ». On notera que le BlueWatcher est le seul moyen de détection sous-marine spécifique du Surcouf, dont l’hélicoptère embarqué, un Panther, ne dispose pas de sonar trempé ni de bouées acoustiques. Pas plus que de torpilles, dont est aussi dépourvu son bâtiment porteur. Les moyens optroniques et de guerre électronique de la frégate et de son hélicoptère, qui sont « de très bon niveau » rappelle-t-on à l’état-major de la marine, peuvent aussi « concourir à la détection des sous-marins ». Par l’interception de signaux ou la détection d’une indiscrétion à la surface de l’eau, comme la présence d’un périscope.

Un bon retour d’expérience

Ce n’est qu’au printemps 2018 que le sonar de coque du Surcouf et son environnement ont commencé à être employés en conditions opérationnelles, avec différentes campagnes d’expérimentation. Et les marins continuent d’appréhender ce nouveau système. « Les équipes de mise en œuvre du sonar sont intégrées de manière permanente au sein de l’équipage. Bien qu’il s’agisse d’un prototype de sonar dont l’intégration n’est pas pleinement achevée, le Surcouf peut mettre en œuvre cette capacité à tout instant si nécessaire. L’obtention des pleines performances du prototype a été assez longue car il s’agissait d’installer un tout nouveau sonar dont la mise en œuvre a été réalisée « sur place ». L’expérimentation a été riche en enseignements immédiatement exploitables dans le cadre de la rénovation des FLF. Elle a notamment permis de valider le format de l’équipe d’opérateurs ASM qui viendront renforcer l’équipage. Certaines solutions techniques, comme l’amélioration de l’isolement phonique des logements situés au voisinage de la base sonar, continuent d’être explorées et seront intégrées sur toutes les FLF rénovées ». Quant au BlueWatcher en lui-même, on se montre plutôt satisfait à l’état-major, où l’on pense que le Surcouf, et a fortiori à l’avenir les trois autres frégates de ce type équipées du Kingklip, pourront contribuer de manière non négligeable aux opérations de lutte sous la mer : « C’est un bon sonar de coque, son architecture spécifique offre un rapport taille/performance inégalé. Il donne au Surcouf une capacité de détection largement supérieure à celle des anciens bâtiments de la marine équipés d’un unique sonar de coque (A69, FAA). Dans des conditions d’environnement optimales pour l’emploi de ce type de sonar, la FLF sera capable de peser efficacement sur la discrétion d’un sous-marin. Les FLF sont par nature des bâtiments furtifs, y compris sur le plan acoustique, ce qui en fait des adversaires difficiles pour les sous-marins ». Et de facto, avec un tel sonar, les futurs PO auront des capacités de détection également supérieures aux actuels patrouilleurs de haute mer (ex-avisos du type A69).

Pour l’heure, le BlueWatcher restera donc sur le Surcouf au moins jusqu’en 2022, et peut-être au-delà en fonction du profil opérationnel que la Marine nationale voudra donner à cette frégate qui, à l’instar du Guépratte, bénéficiera d’une rénovation moins poussée que sur les trois autres FLF.

- Voir notre article détaillé sur la rénovation à mi-vie des FLF

- Voir notre article sur l'histoire des La Fayette

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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