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La Garde côtière canadienne renouvelle enfin ses moyens hauturiers

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La Garde côtière canadienne renouvelle enfin ses moyens hauturiers

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Alors que le premier-ministre canadien a annoncé le 22 mai un vaste plan de renouvellement des moyens de la Garde côtière, qui comprendra jusqu’à 18 nouveaux bâtiments, certains programmes de modernisation sont déjà en cours. C’est le cas pour les trois nouveaux navires hauturiers de sciences halieutiques (NHSH) dont le second exemplaire, le Capt. Jacques Cartier, a fait l’objet d’une cérémonie officielle de lancement le 5 juin au chantier Seaspan de Vancouver. Le navire a été nommé en l’honneur du navigateur et explorateur français Jacques Cartier (1491 – 1557) qui fut le premier européen à cartographier le golfe du Saint-Laurent et les rives du fleuve canadien.  

Tête de série de ce programme, le John Franklin, mis à l’eau en décembre 2017 et dont l’achèvement a pris du retard en raison de problèmes techniques ayant entrainé son retour au chantier, devrait entrer en opération cet été. Il sera basé à Patricia Bay, en Colombie Britannique. Le Capt. Jacques Cartier, que la Garde côtière compte réceptionner d’ici la fin de l’année, sera quant à lui stationné à Dartmouth, en Nouvelle-Ecosse. Enfin, la troisième unité de la série, en cours de construction chez Seaspan, prendra le nom de John Cabot et doit entrer en service à l’été 2020. Son port d’attache sera St John’s, dans la province de Terre-Neuve et Labrador.

Egalement connus sous le nom d’OFSV (Offshore Fisheries Science Vessel), les NHSH remplaceront les Alfred Needler (1982), Teleost (1988) et W.E. Ricker (1978).

 

Le John Franklin, tête de série du programme NHSH

Le John Franklin, tête de série du programme NHSH (© SEASPAN)

 

Les NHSH sont des navires de 63.4 mètres de long pour 16 mètres de large dont le déplacement atteindra 3212 tonnes à pleine charge. Dotés d’une propulsion diesel-électrique, ils seront capables d'atteindre près de 13 nœuds avec une distance franchissable de 6400 milles à 8 nœuds et une autonomie de 31 jours. Ils pourront accueillir 36 marins et scientifiques. On notera que les systèmes électroniques de ces bateaux sont fournis par Thales. Les NHSH disposeront d’importants moyens de recherche et quatre laboratoires. Ces nouveaux navires appuieront les activités scientifiques de Pêche et Océans Canada et de la Garde-côtière sur les stocks de poissons et les phénomènes environnementaux. « Cela comprend la collecte d'information sur la répartition, l'abondance et la biologie des espèces dans les eaux canadiennes, les répercussions du changement climatique et l'information visant à améliorer notre compréhension des océans et du milieu marin », explique le gouvernement fédéral, qui précise qu’au-delà des activités de recherche scientifique, les NHSH auront également la capacité d'appuyer les opérations de secours en mer et de protection de l’environnement.

L’arrivée de ces nouvelles unités constitue une étape supplémentaire dans la modernisation d’une flotte vieillissante qui, après de longues années de sous-investissements, semble enfin bénéficier de toute l’attention du gouvernement canadien. Cela, en raison notamment des tensions croissantes autour de l’Arctique, des enjeux climatiques et du développement de nouvelles routes et activités maritimes dans le Grand Nord. « Nous nous sommes engagés à renouveler complètement la flotte afin de nous assurer que les femmes et les hommes de la Garde côtière et nos scientifiques disposent de l'équipement dont ils ont besoin pour accomplir leur important travail. La Garde côtière assure la sécurité de nos eaux, protège notre milieu marin et côtier et fait rouler nos économies côtières. Avec le lancement d'aujourd'hui et l'annonce récente du gouvernement d'acheter jusqu'à 18 nouveaux navires auprès de fournisseurs canadiens, nous continuons de respecter cet engagement », a déclaré le 5 juin, à l’occasion de la cérémonie de lancement du Cpt. Jacques Cartier, Jonathan Wilkinson, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde-côtière canadienne.

La construction de ces bâtiments s’inscrit dans la Stratégie nationale de construction navale (SNCN) initiée en 2011 par Ottawa pour relancer l’industrie du pays avec un vaste plan de renouvellement des bâtiments de la marine et de la Garde côtière. Dans le cadre de la SNCN, Seaspan s’est vu attribuer plusieurs contrats, avec les NHSH mais aussi, à suivre, un navire océanographique de 78 mètres et 3680 tonnes.

 

Vue du futur navire océanographique

Vue du futur navire océanographique (© SEASPAN)

 

Le chantier canadien doit également construire le nouveau brise-glace lourd de la Garde côtière, le John G. Defender, appelé à succéder au vénérable Louis St Laurent, en service depuis 1969. Un projet très complexe qui a pris beaucoup de retard. Pour ce qui est de la marine, le programme des deux bâtiments de soutien interarmées (JSS) de 173 mètres et 20.400 tonnes dérivés des ravitailleurs allemands de la classe Berlin est en revanche enfin entré dans sa phase concrète. La construction de la tête de série a débuté en juin 2018 chez Seaspan.  

 

Le projet de Seaspan pour le futur brise-glace lourd John G. Defender

Le projet de Seaspan pour le futur brise-glace lourd John G. Defender (© SEASPAN)

Vue des futurs JSS

Vue des futurs JSS (© SEASPAN)

 

Dans la lignée de la SNCN, qui comprend aussi pour la marine le programme (CSC) des 15 nouvelles frégates qui seront réalisée à Halifax par Irving Shipbuilding sur la base du modèle britannique T26, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé le 22 mai, à Vancouver, le lancement d’un plan majeur de renouvellement pour la Garde côtière. Le gouvernement fédéral a, ainsi, l’intention d’acquérir jusqu’à 18 nouvelles unités hauturières, dont 16 destinées à être construites chez Seaspan en plus des contrats déjà en cours. L’ensemble représente un investissement évalué pour le moment à 15.7 milliards de dollars canadiens (près de 10.5 milliards d’euros). « La Garde côtière canadienne offre un certain nombre de services, dont la recherche et le sauvetage, l'intervention environnementale, le déglaçage, les sciences océaniques et l'entretien d'un vaste système de navigation et de communication. Le nombre de demandes que reçoit la Garde côtière ne fera qu'augmenter à mesure que les effets des changements climatiques, comme les phénomènes météorologiques extrêmes et les catastrophes naturelles, deviendront plus fréquents et plus intenses », expliquent les services du premier ministre.

 

Le brise-glace moyen Amundsen

Le brise-glace moyen Amundsen (© PECHE ET OCEANS CANADA)

 

Alors que la flotte de brise-glaces moyens atteint une moyenne d'âge de 40 ans, les Henry Larsen, Pierre Radisson, Amundsen et Des Groseilliers ayant été respectivement mis en service en 1988, 1978, 1979 et 1982, le programme de constructions neuves annoncé fin mai prévoit notamment la réalisation de deux navires de patrouille brise-glaces pour l’Arctique. Ils sortiront du chantier Irving d’Halifax, qui produit déjà six grands patrouilleurs polaires de 103 mètres et 6600 tpc pour la marine canadienne dans le cadre du programme NPEA (Navires de Patrouille Extracôtiers de l’Arctique), dont la tête de série, le Harry DeWolf, a été baptisée en octobre dernier et doit être livrée en fin d’année.

 

Vue des nouveaux NPEA de la marine canadienne 

Vue des nouveaux NPEA de la marine canadienne (© IRVING SHIPBUILDING)

 

Pour en revenir à la Garde côtière, le plan de renouvellement prévoit également la construction par Seaspan d’une flotte de navires polyvalents allant jusqu’à 16 unités. Des bateaux qui seront dédiées à des missions de surveillance, de déglaçage léger, de lutte de contre la pollution, de recherche et de sauvetage. Le gouvernement canadien a également indiqué qu’en plus de ce projet de 18 grands navires, il lancera parallèlement un appel d’offres pour la réalisation de bateaux de plus petite taille. Il s’agit du projet des navires multi-missions semi-hauturiers qui complèteront les grosses unités, tant sur des missions opérationnelles que scientifiques, en zones littorales et eaux peu profondes.

En attendant, des moyens temporaires sont mis en service. Au Québec, Davie assure ainsi la refonte de trois anciens brise-glaces norvégiens, unités de 94 mètres construites en 2001 et arrivées à l’été 2018 à son chantier de Lévis. Les ex-Vidar Viking, Balder Viking et Tor Viking ont été renommés Captain Molly Kool, Jean Goodwill et Vincent Massey. Bénéficiant d’un important chantier de transformation, ils seront tous opérationnels d’ici 2020 dans leur nouvelle configuration. Basés à Terre-Neuve, Halifax et Québec, ces brise-glaces moyens permettront d’assurer la continuité du service de libre navigation du trafic commercial dans les zones encombrées en hiver, comme le golfe du Saint-Laurent et à travers le fleuve éponyme. Ce programme de 610 millions de dollars canadiens (403 millions d’euros) est doublé d’un plan de modernisation des anciens brise-glaces de la Garde côtière.

 

Le Captain Molly Kool

Le Captain Molly Kool (© GARDE COTIERE CANADIENNE)

 

Grand perdant de la stratégie nationale de construction navale, Davie propose également d’autres solutions de refonte en mettant en avant les retards et surcoûts rencontrés sur certains projets. Le chantier québécois, qui dispose de la plus grande forme de radoub du pays, la cale Champlain, a notamment fait une offre au gouvernement fédéral pour transformer le brise-glace lourd Aviq et, ainsi, offrir une alternative au remplacement du vieux Louis St Laurent. Et dans le même esprit il porte toujours l’idée de convertir un second porte-conteneurs en ravitailleur, à l’image de l’Asterix, livré fin 2017 à la marine canadienne qui le loue en attendant l’arrivée des futurs JSS. On notera enfin que si Davie n’a pas pu décrocher de commandes de navires neufs dans le cadre de la SNCN, il semble vouloir se placer pour le futur programme de remplacement des quatre sous-marins canadiens. En attendant, il est parvenu à décrocher une partie du programme de modernisation des frégates du type City basées sur la côte atlantique, travaux qu’il se partagera avec Irving.

Marine et Garde-côtière canadiennes