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La Gendarmerie maritime face au manque de moyens hauturiers

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Bras armé de la marine française en matière de police judiciaire en mer, la Gendarmerie maritime est aujourd'hui confrontée à un manque d'unités hauturières. Le cas le plus « critique » concerne Brest, où le dernier gros patrouilleur des gendarmes, l'Epée, a été désarmé en 2008. Depuis, aucun remplaçant n'est arrivé et, de l'aveu même des militaires, il y a « un trou dans la raquette » en Atlantique. A Cherbourg, la situation est à peine meilleure. Devant initialement être désarmé en 2009, le Glaive, sistership de l'Epée, joue les prolongations. Mais le bâtiment de 40 mètres, construit en 1977, arrive en bout de course et devra bientôt être mis au rebut. Compte tenu des impératifs de sécurité en Manche et mer du Nord, on devrait le voir naviguer jusqu'aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, et même un peu au-delà, puisque la marine a récemment investi 400.000 euros pour le remettre à niveau et reporter son désarmement à 2014.

 Le patrouilleur de 32 mètres Jonquille (© : GENDARMERIE MARITIME)
Le patrouilleur de 32 mètres Jonquille (© : GENDARMERIE MARITIME)

Pas de remplaçants à l'horizon

Le problème est qu'à l'heure actuelle, aucun remplaçant n'est programmé pour les deux plus gros patrouilleurs de la Gendarmerie maritime, dont les moyens sont mis à disposition par la Marine nationale. Les Gendarmes espèrent qu'ils pourront récupérer des unités dans le cadre du programme de remplacement des avisos et patrouilleurs hauturiers de la marine. Mais il ne s'agit encore là que d'un projet et les futurs OPV ne sont, de toute façon, pas attendus avant la fin de la décennie. De plus, dans un contexte budgétaire très tendu, il n'est absolument pas acquis que le marine cède plusieurs de ses futurs patrouilleurs, ses propres moyens n'étant déjà pas remplacés en totalité. D'autres pistes pourraient porter sur la réalisation d'OPV d'un peu plus de 40 mètres, comme les Jacques Oudart Fourmentin et Kermorvan, livrés à la Douane en 2007 et 2008. Reste évidemment la question du financement, que certains souhaitent interministériel.

Le Jacques Oudart Fourmentin, de la Douane (© : MARINE NATIONALE)
Le Jacques Oudart Fourmentin, de la Douane (© : MARINE NATIONALE)

L'intérêt de moyens propres

Dans un certain nombre de cas, le manque de bateaux est compensé par l'embarquement à bord de navires de la marine de gendarmes, qui interviennent en qualité d'officiers de police judiciaire. Mais cette solution n'est pas toujours très pratique, les marins ayant leurs propres missions, habitudes et problématiques. « L'intérêt d'un moyen propre et non partagé garantit la bonne exécution de la mission; celui qui commande la mission doit disposer de son moyen et le maitriser », explique un militaire. Surveillance du littoral, sûreté maritime, police des pêches, lutte contre les trafics illicites et les pollutions maritimes... La Gendarmerie maritime, au-delà de ses unités côtières, s'appuie depuis longtemps sur des moyens hauturiers pour réaliser des actions « en profondeur » sur l'ensemble de la Zone Economique Exclusive (ZEE) française. Les grands patrouilleurs lui permettent, ainsi, de naviguer à 200 nautiques du littoral et de rester en opération une dizaine de jours, ce qui ne peut être réalisé avec les petites unités.

 La VCSM Huveaune  (© : MER ET MARINE)
La VCSM Huveaune (© : MER ET MARINE)

1115 militaires et 70 embarcations

Présente sur l'ensemble du littoral métropolitain et outre-mer, la Gendarmerie maritime compte 1115 hommes et femmes, dont 456 officiers de police judiciaire et 461 agents de police judiciaire. Formation spécialisée de la Gendarmerie nationale, placée pour emploi auprès du Chef d'état-major de la Marine nationale, l'institution exerce, jusqu'à 200 nautiques des côtes, des missions de police générale sous l'autorité des préfets maritimes et des missions de police judiciaire sous l'autorité des procureurs de la République. Ses moyens navals comprennent cinq patrouilleurs. En dehors du Glaive, les gendarmes disposent de quatre unités de 32 mètres : Les Géranium (1997) et Voilette (1997), basés à Cherbourg et Pointe-à-Pitre ; ainsi que les Jonquille (1996) et Jasmin (1997), positionnés à Toulon et Papeete. Les principaux moyens des gendarmes sont aussi constitués de 24 Vedettes de Côtières de Surveillance Maritime (VCSM) de 20 mètres, livrées entre 2003 et 2007. En dehors d'autres petites embarcations, on notera enfin la réception, prochaine, de la première des 8 Vedette de Sûreté Maritime et Portuaire (VSMP), bateaux de 12 mètres commandés aux chantiers bretons UFAST.

 VSMP (© : RAIDCO MARINE)
VSMP (© : RAIDCO MARINE)

Une force très active

Assez méconnue, la Gendarmerie maritime, qui dispose aussi d'unités de recherches pour mener à bien ses investigations, est une institution très active. Intervenant dans toutes les facettes de l'action de l'Etat en mer et seule force disposant d'un pouvoir de police générale en mer, elle a, rien qu'en 2009, constaté 10 crimes et 3663 délits, tout en dressant 11.384 contraventions. Dans le domaine de la protection de l'environnement, les gendarmes maritimes ont mené, ces quatre dernières années, 15 enquêtes suite à des flagrants délits de pollutions volontaires, constatés par la marine et la douane et ayant entrainé le déroutement de 12 navires de commerce. En matière de police des pêches, qui comporte un volet « délinquance financière », les gendarmes ont procédé, en 2009, à 3997 contrôles, dont 920 en mer. L'activité est, également, très soutenue en ce qui concerne la lutte contre les trafics illicites et, notamment, l'immigration clandestine. Ainsi, en 2009, la Gendarmerie maritime a intercepté 33 embarcations transportant 953 clandestins, permettant de traduire devant les tribunaux 43 passeurs. .

 (© : GENDARMERIE MARITIME)
(© : GENDARMERIE MARITIME)

Gendarmerie maritime