Marine Marchande
La Grande-Bretagne renonce à ses grands remorqueurs de sauvetage

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La Grande-Bretagne renonce à ses grands remorqueurs de sauvetage

Marine Marchande

Conséquence de la cure d'austérité voulue par le gouvernement de David Cameron, les garde-côtes britanniques vont se retrouver privés des grands remorqueurs affectés à l'assistance et au sauvetage des navires en perdition. Les Anglian Prince, Anglian Monarch, Anglian Princess et Anglian Sovereign vont cesser leur activité au profit de la Maritime Cost-guard Agency (MCA). Le retrait devrait être effectif d'ici septembre 2011. « Le gouvernement estime que la mise à disposition de remorqueurs de sauvetage ne constitue pas une utilisation correcte de l'argent des contribuables et que les assistance doivent menées par les armateurs et des sociétés de remorquage privées », a indiqué un responsable du ministère britannique des Transport. En interrompant le service offert par les remorqueurs de la MCA, le gouvernement compte économiser 32.5 millions de Livres.

L'Anglian Princess assistant le MSC Napoli, en 2007 (© : MCA)
L'Anglian Princess assistant le MSC Napoli, en 2007 (© : MCA)

Une décision dangereuse

Les Anglian Prince, Anglian Princess et Anglian Sovereign étaient jusqu'ici basés à Stornoway, Lerwick et Falmouth. Positionné à Douvres, l'Anglian Monarch est, quant à lui, affrété conjointement, depuis 2000, par la Grande-Bretagne et la France. Cette dernière, qui dispose à Brest et Cherbourg de plusieurs navires de sauvetage, comptait sur le Monarch pour couvrir la zone très sensible du détroit du Pas-de-Calais. Ce secteur est l'une des principales routes maritimes mondiales, avec un trafic considérable de navires de commerce, qui transportent notamment, chaque année, des dizaines de millions de tonnes de matières dangereuses (produits chimiques, pétrole...). Le détroit présente, en outre, la particularité de voir les flux entre la Manche et la mer du Nord coupés, à la perpendiculaire, par un trafic très dense de ferries desservant les ports du sud-est de l'Angleterre. Par conséquent, le désengagement britannique de l'assistance aux navires en difficulté est une décision que beaucoup considèreront comme très grave et dangereuse.

L'Abeille Bourbon remorque le chimiquier YM Uranus en 2010 (© : MARINE NATIONALE)
L'Abeille Bourbon remorque le chimiquier YM Uranus en 2010 (© : MARINE NATIONALE)

Un poids de plus pour la Marine nationale ?

La décision de Londres devrait, concrètement, faire reposer sur les épaules de la marine française l'essentiel des moyens de sauvetage de la pointe Bretagne jusqu'à l'entrée de la mer du Nord. Le problème est très délicat en Manche. Car, si les autorités britanniques ont le droit de laisser reposer sur des compagnies privées les capacités d'assistance, le non pré-positionnement de navires spécialisés à même d'intervenir rapidement augmente les risques de catastrophe maritimes. Or, notamment en cas de pollution, la proximité avec les côtes françaises fait que les autorités hexagonales sont plus que concernées par le désengagement anglais. Il conviendra donc de voir quelles mesures Paris peut prendre pour compenser le retrait des remorqueurs de la MCA, notamment dans le détroit du Pas-de-Calais.

Collision en Manche (© : MARINE NATIONALE)
Collision en Manche (© : MARINE NATIONALE)

A l'opposé de la tendance actuelle

La décision britannique est d'autant plus étonnante qu'elle va à l'inverse de la tendance actuelle, très axée sur un renforcement des moyens dédiés à la sécurité maritime. La France a notamment développé ses moyens avec, en plus des remorqueurs Abeille Flandre et Abeille Languedoc, l'arrivée en 2005 des nouveaux Abeille Bourbon et Abeille Libérté. S'y ajoutent les bâtiments antipollution Argonaute, Jason, Ailette et Alcyon. L'Espagne s'est également dotée d'une belle flotte de remorqueurs de sauvetage avec les Don Inda (2006) et Clara Campaomar (2007), complétant trois remorqueurs ravitailleurs construits dans les années 80. L'Allemagne, elle aussi, renforce actuellement ses moyens dédiés à l'assistance en mer du Nord et en Baltique. Le remorqueur de sauvetage Baltic a été mis en service cet été et le Nordic doit l'être en 2011. Les Pays-Bas, eux aussi, disposent depuis juin dernier d'un bâtiment d'intervention, le Levoli Black.

Navires antipollution (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Navires antipollution (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

L'Union européenne s'est également engagée dans ce domaine, avec la constitution, par l'agence européenne de sécurité maritime (EMSA), d'une flotte forte d'une quinzaine de navires antipollution chargés de la protection des eaux de l'UE. Ces moyens sont destinés à améliorer la protection des eaux communautaires, qui accueillent un trafic maritime en constante progression. 90% du commerce extérieur de l'UE et 40% du commerce intra-communautaire passent, en effet, par la mer, alors que 400 millions de passagers transitent chaque année dans les ports européens. Les risques sont bien réels et l'Europe a déjà fait face à de nombreuses catastrophes allant des naufrages des pétroliers Erika (1999) et Prestige (2002) au à la perte dramatique du ferry Estonia (1994). Entre 2004 et 2008, selon l'EMSA, 1577 accidents maritimes sérieux se sont produits dans les eaux européennes, dont 130 ont généré des pollutions. L'heure n'est donc vraiment pas à baisser la garde.

Naufrage du Prestige, en 2002 (© : DOUANE FRANCAISE)
Naufrage du Prestige, en 2002 (© : DOUANE FRANCAISE)

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