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La Grande-Bretagne sans patrouille maritime pendant deux ans ?

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La Grande-Bretagne sans patrouille maritime pendant deux ans ?

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Après avoir décidé d'envoyer des renforts en Afghanistan, Londres a annoncé le 15 décembre l'acquisition de nouveaux moyens pour renforcer l'effort de guerre contre les talibans. Ainsi, 22 hélicoptères lourds Chinook et un avion de transport C-17 vont notamment être achetés. Mais, pour financer ces nouveaux moyens (900 millions de Livres), le gouvernement britannique a décidé de puiser dans les crédits d'autres programmes et, comme il l'a déjà fait à plusieurs reprises, de désarmer prématurément certains matériels. Ainsi, un chasseur de mines de la Royal Navy devrait être retiré du service, alors que le parc d'avions Harrier et d'hélicoptères Merlin serait réduit. La mesure la plus étonnante annoncée par le gouvernement est, néanmoins, le retrait dès mars 2010 de l'avion de patrouille maritime Nimrod MR Mk2 et le report à 2012 de l'entrée en service de son successeur, le Nimrod MRA-4 (ces appareils appartiennent à la Royal Air Force). A juste titre, de nombreux parlementaires britanniques s'inquiètent de cette décision, qui impacte directement la capacité de la flotte de sous-marins stratégiques de la Grande-Bretagne. Les avions de patrouille maritime (« PATMAR ») font, effet, partie intégrante du dispositif assurant l'efficacité et la crédibilité de la dissuasion nucléaire.

Prtototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)
Prtototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)

« La PATMAR est fondamentale pour la dissuasion »

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en France, le Livre Blanc n'a pas oublié de prévoir la modernisation des Atlantique 2, dont la Loi de Programmation Militaire (LPM) fixe le lancement en 2010. Disposant d'un long rayon d'action et de moyens de détection et d'écoute très sophistiqués, les PATMAR ont pour mission, en collaboration avec les unités de surface (et les hélicoptères embarqués), de débusquer les sous-marins ennemis et, éventuellement, de les détruire. A cet effet, ils mettent en oeuvre toute une panoplie de moyens, dont des bouées acoustiques et des torpilles. Lors des départs en missions ou des retours de patrouille des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, ils font partie du dispositif destiné à sécuriser l'évolution du SNLE sur le plateau continental, avant que celui-ci gagne les grands fonds ou retourne à sa base. Les avions de patrouille maritime sont, enfin, l'un des moyens permettant de mesurer les performances des sous-marins, non seulement des autres, mais également des siens. « La PATMAR est fondamentale pour la dissuasion. En matière de détection passive, elle calibre l'efficacité et la discrétion des sous-marins, qui viennent se confronter à elle lors des exercices », explique un spécialiste.

Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)
Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)

Le gouvernement veut-il vraiment conserver une force au « top niveau » ?

Si les Nimrod MR2 de la RAF sont bien retirés du service dans trois mois et que leurs successeurs n'arrivent qu'en 2012, la Grande-Bretagne va donc se retrouver, au mieux, pendant deux ans sans PATMAR. « Au mieux » car ce planning pourrait souffrir, ultérieurement, de nouveaux retards (imprévus pendant la mise au point de la nouvelle capacité, nouvelles décisions budgétaires...) Outre l'aspect purement opérationnel, il faudrait également prendre en compte une certaine perte de compétence, les équipages ne pouvant s'entrainer pendant une longue période. Pour la Royal Navy, cette décision peut donc être très lourde de conséquences. Il est, d'ailleurs, permis de se demander si, au plus haut niveau de l'Etat, on souhaite vraiment conserver, à long terme, une capacité de dissuasion nucléaire océanique, non seulement « autonome » (qui l'est en fait plus ou moins dans la mesure où les SNLE utilisent des missiles balistiques américains), mais surtout au plus haut niveau. Les récentes déclarations du premier ministre Gordon Brown, qui a annoncé que le pays était prêt à réduire sa flotte de SNLE de quatre à trois bâtiments, ne vont en tous cas pas en ce sens. En cas d'indisponibilité non prévue, il n'est, en effet, pas possible de garantir qu'avec une flotte de seulement trois sous-marins, la Royal Navy puisse avoir, en permanence, une unité en patrouille.

Nimrod MR-2 (© : ROYAL AIR FORCE)
Nimrod MR-2 (© : ROYAL AIR FORCE)

Du Nimrod MR-2...

C'est en 1967, année de mise en service du HMS Resolution, premier SNLE britannique (ce qui montre bien l'interdépendance de ces moyens) que l'avion de patrouille maritime Nimrod est entré en service. Depuis 40 ans, l'appareil a subi plusieurs modernisations. Il dispose notamment d'un radar Searchwater Mk1, d'une boule FLIR (détection infrarouge), d'un détecteur d'anomalie magnétique (MAD), d'un processeur acoustique AQS-901 et peut mettre en oeuvre 150 bouées acoustiques. Doté de la liaison de données tactiques L11, le Nimrod MR-2 est armé par un équipage de 16 hommes. Appareil impressionnant, il mesure 38.6 mètres de long pour une envergure de 35.3 mètres et affiche une masse maximale de 87 tonnes. Disposant de quatre réacteur Rolls-Royce Spey RB-168-20 de 5200 cv chacun, il peut atteindre la vitesse de 360 noeuds et présente une autonomie de 12 heures. Côté armement, l'avion peut embarquer 6 torpilles Sting Ray, deux missiles Harpoon (pour la mutte antinavire) ou quatre missiles Sidewinder. En 2008, la Royal Navy alignait 16 Nimrod MR-2, dont 3 en version reconnaissance. Trois autres appareils sont des prototypes du Nimrod MRA-4.

Premier vol du prototype PA2, en 2005 (© : BAE SYSTEMS)
Premier vol du prototype PA2, en 2005 (© : BAE SYSTEMS)

Premier vol du prototype PA2, en 2005 (© : BAE SYSTEMS)
Premier vol du prototype PA2, en 2005 (© : BAE SYSTEMS)

Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)
Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)

... au Nimrod MRA-4

Afin de moderniser en profondeur sa force de PATMAR, la Grande-Bretagne a lancé le programme Nimrod MRA-4 (Maritime Reconaissance Aircraft). En 1996, un contrat de 2 milliard de livres a été signé avec BAE Systems, la cible alors visée étant de 21 appareils. Après deux révisions pour raisons budgétaires, en 2002 et 2004, seuls 12 MRA-4 devraient finalement voir le jour (contrat signé en 2006), dont les 3 prototypes. Le programme ne porte pas sur des appareils neufs, au sens « sortis d'usine ». Il s'agit en fait de reconstruire à 95% des avions de la génération précédente. Les dimensions restent les mêmes, à l'exception de l'envergure, qui passe à 38.7 mètres. La motorisation est remplacée avec quatre moteurs Rolls-Royce RB-170, portant l'autonomie à 15 heures (soit une distance de 6000 nautiques). La cellule et ses équipements sont totalement remis à neuf.

Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)
Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)

Le Nimrod MRA-4 met en oeuvre les moyens suivants : radar Searchwater 2000, FLIR Night Hunter, système Eletro-Optical Surveillance Detection (EOSD), MAD, ESM Elta L-8300, détecteurs ALR-56M et AAR-54, leurres, processeurs acoustique UYS-503, bouées acoustiques, Active Search Sonobuoy System (ASSS), système de combat TCS, liaisons L11 et L16, ainsi qu'un système de transmission par satellite. En matière d'armement, le Nimrod MRA4 disposera comme son aîné de torpilles Sting Ray et de missiles Harpoon et Sidewinder. Il devrait en outre pouvoir mettre en oeuvre 2 missiles de croisière Storm Shadow (Scalp), des missiles antiradar ALARM, ainsi que des missiles ASRAAM et Maverick.
Après modernisation, le premier prototype (PA1) est sorti d'usine en août 2002 pour réaliser son premier vol en août 2004. Suite à une très longue phase de mise au point, l'avion devait entrer en service l'an prochain. Un total de 5 Nimrod MRA-4 devait initialement être en ligne en 2010, les 7 autres appareils devant être livrés d'ici la fin 2012.

Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)
Prototype du Nimrod MRA-4 (© : BAE SYSTEMS)

 Nimrod MRA-4 et destroyer du type 45 (© : BAE SYSTEMS)
Nimrod MRA-4 et destroyer du type 45 (© : BAE SYSTEMS)

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