Défense

Reportage

La guerre des mines à l’heure des drones

Défense

C’est une véritable révolution qu’est en train de vivre la guerre des mines, avec l’introduction de nouveaux systèmes totalement automatisés. Eloigner les hommes des zones de danger. Voilà l’objectif des développements en cours concernant les futurs moyens de guerre des mines. Pour cela, des systèmes de drones sont actuellement mis au point afin de détecter, classifier, localiser, identifier puis neutraliser les menaces sous-marines. Mondialement réputée pour son savoir-faire dans le domaine de la guerre des mines, la France est très en pointe sur le sujet. Dans le cadre des études de définition du futur programme SLAMF (Système de lutte anti-mine futur), destiné à assurer la succession des actuels chasseurs de mines de la Marine nationale, la Direction Générale de l’Armement (DGA) a lancé en 2009 le Programme d’Etudes Amont ESPADON. Celui-ci vise à évaluer la faisabilité d’un concept basé sur des drones de surface (Unmanned Surface Vehicle - USV), lancés depuis un bateau-mère vers la zone de recherche et capables, une fois sur place, de déployer et récupérer de manière autonome un sonar remorqué (en l’occurrence, ici, un sonar à ouverture synthétique de type DUMB-44), mais aussi différents drones sous-marins (Autonomous Underwater Vehicle - AUV).

 

Le Sterenn Du (© : GREGOIRE DAVIRON)

 

Sonar remorqué DUMB-44 (© : THALES)

 

Une épave "vue" par un sonar DUMB-44 (© : THALES)

 

Le démonstrateur Sterenn Du

 

Ce PEA, qui implique industriellement DCNS, Thales et ECA, a vu la réalisation du démonstrateur Sterenn Du (nom breton signifiant Astre Noir), un USV de 17 mètres de long, 7.5 mètres de large et 25 tonnes de déplacement. Mis à l’eau fin 2010, le Sterenn Du a, depuis, réalisé de nombreux essais, notamment avec un AUV de la DGA, le GDM, réalisé en 2006 dans le cadre de précédentes recherches. Pour l’heure, les résultats d’Espadon sont très concluants, notamment au niveau de son système de lancement et de récupération automatique (Launch and Recovery System - LARS) d’AUV. Conçu par ECA, qui l’a breveté, ce dispositif critique est composé d’un portique, qui déploie et récupère une cage sous-marine dans laquelle vient se loger l’AUV. Ce portique dispose d’un système d’amortissement qui permet de stabiliser la cage par des mers formées et, ainsi, faciliter la rentrée de l’AUV.

Alors que l’USV doit pouvoir travailler dans des conditions météo difficiles (jusqu’à mer 4), les AUV, au retour de mission, détectent (au moyen d’un sonar et des algorithmes spécialement développés par ECA) le câble d’accroche leur permettant de pénétrer dans la cage et, ainsi, d’être récupérés. Ce câble est capturé par des bras déployables, qui se referment une fois cette « ligne » physiquement détectée. Alors remorqué, le drone est ravalé vers la cage et positionné dans un chariot, puis ramené vers l’avant de la cage et, une fois immobilisé, l’ensemble remonte vers le Sterenn Du.  On notera que la configuration de l'équipement de mise à l'eau et de récupération diffère selon le système employé (sonar remorqué, AUV d'indentification ou AUV de détection de classification et de localisation).

 

Le Sterenn Du avec son système de lancement d'AUV I (© : MARINE NATIONALE)

 

Le Sterenn Du avec son système de lancement d'AUV I (© : MARINE NATIONALE)

 

Le système de lancement d'AUV I (© : MARINE NATIONALE)

 

 

L'AUV I sur son système de lancement et de récupération (© : MARINE NATIONALE)

 

L'AUV I sur son système de lancement et de récupération (© : MARINE NATIONALE)

 

L'AUV I sur son système de lancement et de récupération (© : MARINE NATIONALE)

 

Récupération de l'AUV I à bord du Sterenn Du (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Système de lancement avec sa cage pour l'AUV DCL (© : ECA)

 

 

Manoeuvre de récupération de l'AUV DCL (© : ECA)

 

 

Plusieurs types de drones sous-marins

 

Deux types de drones sous-marins peuvent être embarqués. Le premier, doté d’un sonar latéral et chargé de quadriller de vastes zones à la recherche de menaces potentielles (mines de fond et à orin), est appelé AUV DCL (Détection, Classification, Localisation). Intervient ensuite un AUV I (Identification), manoeuvrant et doté d’un sonar haute résolution ainsi que de quatre caméras pour avoir plusieurs angles de vue. Ce drone permet aux opérateurs de confirmer l’identité de la mine. A l’automne 2012, le Sterenn Du a démarré des tests avec l’AUV I conçu par ECA.  On notera qu’à terme, un système de sonar suffisamment précis pourrait voir le jour pour compléter les moyens vidéo offerts par les caméras, qui présentent le désavantage d’être inutilisables si l’eau est trop trouble.

 

 

L'AUV I (© : ECA)

 

L'AUV I (© : ECA)

L'AUV I (© : ECA)

 

L'AUV I (© : ECA)

 

Développé par ECA pour le véhicule et Thales pour le sonar, un nouvel AUV DCL  effectuera quant à lui ses essais en mer  en 2013 et 2014. Ce drone sera équipé d’un sonar à ouverture synthétique de nouvelle génération, ainsi que du système de traitement associé. Il présentera une endurance très importante, soit près de 30 heures d’autonomie, contre 7 à 8 heures seulement pour le GDM. Pour y parvenir, Thales et ECA ont mené un important travail pour diminuer la consommation énergétique du sonar et de la propulsion, tout en concevant une batterie nettement plus puissante.

Il restera enfin une ultime étape, celle de la neutralisation, avec le déploiement depuis l’USV d’engins de type « Mine Killer », des robots télé-opérés dotés d’une charge et se faisant exploser au contact de la mine.

 

Le nouvel AUV DCL (© : ECA)

 

 

 

 

Déploiement à une trentaine de milles du bateau mère

 

En matière de transmissions de données, les AUV, après avoir balayé le fond marin, remontent à la surface pour transférer leurs images au moyen d’ondes hertziennes directement vers le bateau-mère ou via le Sterenn Du, qui peut servir de relais de communication. Les ondes acoustiques sont également utilisées pour communiquer avec les AUV, mais elles ont une portée de quelques kilomètres seulement. Le débit étant aujourd’hui trop faible pour la transmission en temps réel d’images sonar ou vidéo, les ondes acoustiques servent uniquement à connaitre les paramètres des drones (position, charge de la batterie, phase de la mission…) et à reconfigurer ces engins en cours de mission.

Au niveau du rayon d’action, l’USV devrait pouvoir être déployé à une vingtaine de milles du bateau-mère et les AUV à une dizaine de milles de l’USV, permettant au bateau-mère et à son équipage de rester loin de la menace, ce qui est aussi un avantage tactique, par exemple pour éclairer discrètement une zone en amont d’un débarquement. On notera d’ailleurs que le Sterenn Du bénéficie de formes furtives et d’une livrée camouflée dans la perspective de pouvoir intervenir en toute discrétion.

 

L'USV Sterenn Du (© : MARINE NATIONALE)

 

L'USV Sterenn Du (© : MARINE NATIONALE)

 

L'USV Sterenn Du (© : MARINE NATIONALE)

 

Vers un programme européen ?

 

Avec Espadon, la France a donc lancé un projet particulièrement ambitieux, faisant intervenir le meilleur de la robotique sous-marine, des moyens de détection sonar et des systèmes de traitement de données. Ces travaux pionniers devraient non seulement servir à la définition du futur SLAMF français, mais peut-être à la réalisation d’un nouveau système de guerre des mines européen particulièrement novateur. Dans le cadre des accords de Lancaster House, signés en décembre 2010, la Grande-Bretagne a, en effet, décidé de se rapprocher de la France sur ce sujet. Et d’autres pays de l’UE pourraient s’associer à un futur programme.

 

Plongeurs démineurs devant un chasseur de mines (© : MARINE NATIONALE)

 

Plongeurs démineurs intervenant sur une mine (© : MARINE NATIONALE)

 

Pétardage mené depuis un chasseur de mines (© : MARINE NATIONALE)

 

Les plongeurs démineurs toujours utiles

 

Quant aux plongeurs démineurs, même si ces systèmes de drones deviennent opérationnels dans les prochaines années, leur emploi perdurera. Dans certaines conditions, notamment par petits fonds ou dans le cadre de la récupération d’une mine pour étude, une intervention humaine sera toujours nécessaire. C’est pourquoi la France prévoit non seulement de renouveler ses chasseurs de mines, mais également de commander de nouveaux bâtiments bases de plongeurs démineurs. 

 

Pétardage mené depuis un bâtiment base de plongeurs démineurs (© : MN)

 

Marine nationale