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La Jeanne d'Arc et le Georges Leygues, de Valparaiso au Cap Horn: 20 au 26 février

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La Jeanne d'Arc et le Georges Leygues, de Valparaiso au Cap Horn: 20 au 26 février

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Après Callao, le périple du GEAOM a mené marins du bord et élèves sur les traces de leurs glorieux prédécesseurs, à Valparaiso. Le lundi 20 février, la Jeanne d’Arc, puis le Georges Leygues arrivent tous les deux à quai, à couple l’un de l’autre. Sur le quai, l’escale « famille » du GEAOM débute en fanfare avec l’accueil réservé par les Bomberos, les pompiers de Valparaiso, qu’une grande histoire d’amitié lie à la France et à la brigade sécurité de la Jeanne d’Arc. Notre arrivée est fêtée à grand renfort de sirènes et de jets d’eau aux couleurs de la France. Quelques 92 ans après l’ouverture du canal de Panama et la fin de l’âge d’or du port chilien, les deux équipages ont pu découvrir les charmes de ce lieu mythique de la navigation, ancien symbole d’intense soulagement après voir triomphé du fameux Cap Horn.

Une ville riche en histoires

Au XIXème siècle, période faste du port, la ville était en effet le point de rendez-vous de tous les marins embarqués sur des chasseurs de baleines ou des navires de transport des minerais du désert d’Atacama. Pas besoin de laisser longtemps courir son imagination pour se représenter les matelots de l’époque investissant la ville basse, les Cerros et leurs nombreux bars dans lesquels ils venaient oublier la rudesse de leur vie embarquée et la difficulté du passage du Cap Horn. De cette époque révolue subsiste l’architecture si particulière du lieu. Les quais accueillant le GEAOM installent les marins aux portes de la ville basse, à proximité immédiate des collines qui l’enserrent et font le charme unique de l’endroit. Depuis les deux bâtiments on peut déjà distinguer les innombrables ruelles qui serpentent sur ce relief particulier (les cerros), les fameux funiculaires (ascensores) de la ville, ainsi que le mélange bigarré des anciennes maisons coloniales en bois dans les hauteurs avec les bâtiments plus modernes de la ville basse.

La découverte d’un pays

Les marins du GEAOM et les proches qui les avaient rejoints lors de cette escale « famille » ont donc pu profiter du charme de cette ville, deuxième du pays, et quelques heures de trajets ont pu par la suite leur permettre de profiter de cet endroit qui, de part son extension hors norme (le pays s’étire sur plus de 4 000 km depuis les déserts du nord jusqu’aux glaciers et aux sommets de sa partie subantarctique), présente une diversité exceptionnelle. Certains d’entre nous ont donc pu profiter des charmes touristiques et modernes de Vina Del Mar, la cité balnéaire voisine à la mode, ainsi que de Santiago, la riche capitale à la vie tout aussi trépidante. Pendant ce temps, d’autres ont plutôt choisi de partir en excursion dans le désert d’Atacama dans le nord pour profiter des paysages exceptionnels (sécheresse des canyons, des volcans culminant à plus de 6 000 m ou des dunes) de cette région dont le sous-sol, riche en cuivre, constitue l’une des principales sources de revenus du pays. D’autres ont plutôt préféré la région des lacs et ses activités sportives de plein air. Enfin, certains sont allés s’égarer au milieu des vastes étendues de « pampas » entrecoupées de montagnes et des premiers glaciers du sud.

Un échange

Au-delà d’une découverte purement touristique du pays, l’escale a été aussi une occasion privilégiée pour nos marins de resserrer les liens avec la population locale, en particulier leurs homologues chiliens, au cours des manifestations communes organisées tout au long du séjour. Parmi ces manifestations, on citera un dépôt de gerbe, ainsi que la visite de Santiago par une soixantaine d’officiers élèves le lendemain de l’arrivée. Le spectacle de la relève de la garde devant le palais présidentiel a été notamment l’occasion de découvrir l’accueil chaleureux des chiliens, la fanfare ayant choisi, pour l’occasion, des musiques françaises. Enfin, le cocktail à la maison de France de Valparaiso, où se réunit l’Alliance Française, a été un moment de cohésion avec les Français expatriés au Chili, pour certains depuis plus de cinquante ans, comme avec les Chiliens. En effet, l’Alliance Française organise de nombreuses activités pour la promotion de la langue et de la culture françaises qui attire un grand nombre de chiliens. Toute l’assemblée s’est réunie devant les drapeaux français et chilien pour chanter chacun son hymne national avant de se réunir pour un buffet fraternel. C’est à regret que nous avons vu s’estomper les maisons colorées de Valparaiso le jour du départ lorsque la Jeanne d’Arc, fraîchement repeinte, s’est éloignée majestueusement de ce pays si hospitalier.

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27 février nous quittions Valparaiso pour rejoindre trois jours plus tard les célèbres chenaux de Patagonie. Et là ! le spectacle fut grandiose malgré une météo peu clémente. Nous avons évolué au milieu d’une multitude d’îlots sur une mer d’huile, et sommes passés devant d’énormes glaciers, dont le plus célèbre, le Glacier Italien dans le canal de Beagle. Mouillage à Ushuaia, la ville la plus au sud du monde, le 5 février au soir. Le lendemain, nous nous sommes rendu à terre pendant quelques heures, juste le temps de visiter rapidement la ville, d’acheter quelques souvenirs et de prendre un chocolat chaud. Il faisait tout de même 8°C !!! Puis nous avons repris la mer pour nous rendre devant ce rocher du bout du monde nommé Cap Horn. Le détour en valait la peine. Le célèbre rocher se dressa fièrement devant nous, baigné de soleil. Nous étions enfin au point le plus au Sud du continent américain.

La Jeanne d’Arc navigue dans les eaux bordant le finisterre patagonien, au milieu de paysages entre ciel, mer et terre parmi les plus beaux de la planète, à travers des détroits et des chenaux chargés d’histoire... La Patagonie méridionale est une terre sauvage et belle, aux confins de l’hémisphère sud. Elle frappe l’imaginaire occidental car l’intérieur de ses terres a longtemps été inexploré. C’est par la mer que ces territoires sont avant tout appréhendés. Notre navigation dans les chenaux emprunte des voies maritimes au trafic quasi nul. Les littoraux que nous apercevons sont encore vierges de toute présence humaine, à l’image des paysages découverts par les premiers explorateurs. Ce sont cependant des lieux mythiques, à l’histoire riche et intense.

Dès le début du 16ème siècle, l’obsession demeure le contournement du continent américain par un passage vers « la mer du Sud ». Encouragés par leurs rois, les navigateurs portugais ou espagnols progressent le long des côtes d’Amérique du Sud, prenant possession au fur à mesure des territoires découverts. C’est ainsi que Juan Diaz de Solis, pour le compte de l’Espagne, croit découvrir le fameux détroit en 1516 lorsqu’il découvre le Rio de la Plata (Argentine actuelle). En 1520, Magellan poursuit l’exploration du Rio de la Plata sans découvrir le passage tant recherché. C’est quelques mois plus tard qu’il découvre le détroit qui porte désormais son nom. Durant toute la traversée du passage, la navigation est difficile, l’équipage méfiant, les mutineries réprimées. La traversée dure du 21 octobre au 28 novembre. A la sortie, Magellan découvre face à lui un nouvel océan, qu’il dénomme Pacifique en raison de la clémence des vents. Par la suite, les navigateurs poursuivent l’exploration des environs du détroit. C’est Drake qui découvre le fameux passage entre le continent américain (Cap Horn) et le continent austral. Ce dernier n’hésite pas à mener des raids contre les comptoirs de la côte Pacifique en passant par les chenaux de Patagonie. Des tentatives de colonisation des terres entourant le détroit sont entreprises dans le but de le protéger contre des incursions dommageables pour les intérêts de la couronne espagnole. Des forts sont établis et une garnison, accompagnée par les familles, est installée en Terre de Feu pour assurer une présence pérenne. C’est un échec cuisant ! La « colonie » n’est jamais ravitaillée. Sur place, il n’y a aucun moyen autonome de survie : une absence de terres arables, un climat rude et des populations hostiles. Les derniers survivants meurent dans d’atroces souffrances, si l’on en croit les textes retrouvés sur place.

En dépit de conditions de navigation pénibles et de naufrages fréquents, la mer est un vecteur d’échanges. Le port de Valparaiso prospère, notamment grâce au trafic des cap-horniers. L’activité du port déclinera à partir de l’ouverture du Canal de Panama en 1914. La Patagonie terrestre, en revanche demeure terra incognita jusqu’à la moitié du 19ème siècle. Les tentatives de colonisation échouent dès le 16ème siècle. Seuls quelques explorateurs, à l’image de Pedro Valdivia sur la côte Pacifique, parviennent à implanter des comptoirs permanents. La Patagonie est peuplée à l’époque de populations autochtones dénommées Patagons par les premiers explorateurs. Ces indigènes forment un ensemble disparate, sans véritable unité culturelle. D’ailleurs, la Patagonie en elle-même ne présente pas d’unité géographique ni culturelle. Il y a très peu de contacts entre les deux côtés de la barrière des Andes. Les frontières avec le Chili et l’Argentine sont des territoires de guerre permanents. L’ouvrage de Jean Raspail, "Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie", décrit cette période d’instabilité et la tentative carnavalesque s’il en est d’un français devenu roi de Patagonie et des tribus indiennes. A partir des années 1870, les gouvernements chiliens et argentins lancent de grandes expéditions vers leurs « Grand Sud » respectifs. C’est la « Conquête du désert » particulièrement brutale et meurtrière. Dans le cas argentin, l’expédition menée par le ministre de la guerre Roca aboutit à l’extermination des différentes tribus indiennes. Il n’y a plus que 3% d’Indiens au sein de la population argentine, à la différence des autres pays d’Amérique du Sud. Les terres conquises sont rapidement distribuées à 2000 familles immigrées qui vont se partager 40 millions de km2.

Historiquement, les chenaux de Patagonie représentent un enjeu de compétition internationale entre le Chili et l’Argentine, dès la prise de possession des territoires méridionaux. Un des problèmes majeurs a longtemps été le partage des eaux maritimes et le statut des détroits. Certains îlots étaient également revendiqués par les deux pays. Une guerre faillit éclater à ce propos en 1978. Le différend historique entre le Chili et l’Argentine à propos de la délimitation des eaux du détroit de Magellan a été résolu par la signature d’un Traité de paix et d’amitié en 1984, grâce à l’intervention du Vatican le régime en vigueur s’approche de celui du passage en transit prévu par la Convention de Montego Bay de 1982. Pour notre navigation, cela implique le changement de pilote lors de l’entrée dans les eaux argentines puis chiliennes du canal de Beagle. Le passage dans ce canal, nommé d’après le navire qui emmena dans les années 1830 l’expédition de Charles Darwin, constitue un temps de la mission du GEAOM. Nos deux bâtiments passent à proximité de glaciers s’avançant majestueusement dans la mer. La vigilance des hommes de quart est permanente dans ces eaux resserrées, d’autant que les conditions météorologiques sur zone sont difficiles (vent fort et visibilité réduite).

Après trois jours de navigation dans les chenaux, un mouillage de 24 heures est prévu en baie d’Ushuaia. C’est l’occasion pour l’ensemble de l’équipage de poser le pied dans la ville la plus au sud des Amériques. Cela en est devenu le fond de commerce privilégié ! Reste à savoir si ce n’est pas Puerto Williams, petite bourgade chilienne située en face d’Ushuaia, de l’autre côté du Canal de Beagle, qui mérite un tel honneur ! Nous ne pouvons terminer notre passage dans les mers les plus au sud de toute notre mission sans un détour par le mythique Cap Horn. Laissons la littérature et un ancien cap-hornier décrire ce finisterra qui fascina des générations de marins, ce « cône noir et désolé dominant la mer de plus de 400 mètres (…) gardien féroce et sans pitié de la lugubre porte des mers du Sud (…) île qui émerge dans sa nudité au milieu de l’éternelle grisaille qui l’entoure » (Yves Le Scal, La grande épopée des Cap-Horniers, 2005).

Administrateur des affaires maritimes Mangan


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