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La Jeanne d'Arc va-t-elle tutoyer les 30 noeuds ?

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La Jeanne d'Arc va-t-elle tutoyer les 30 noeuds ?

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A 46 ans, le célèbre porte-hélicoptère de la Marine nationale a l'âge de ses artères. N'empêche ! La nuit prochaine, son dernier équipage souhaite le faire vibrer une dernière fois, comme au bon vieux temps de sa jeunesse. Après avoir atteint les 26 noeuds le 29 avril, lors de son retour d'Amérique du nord, la Jeanne d'Arc va tenter cette nuit de fendre la mer à 27 noeuds, vitesse à laquelle elle filait au neuvage, en 1964. Aidés par le courant du raz Blanchard, entre le cap de la Hague et Aurigny, les marins espèrent même que la vieille dame pourra les dépasser et s'approcher des 30 noeuds ! Pour cela, les 4 chaudières du bâtiment, baptisées Mirabelle et Eglantine (machine arrière), ainsi que Clara et Morgane (machine avant), seront allumées. Le 29 avril, pour atteindre 26 noeuds, l'appareil propulsif avait développé 65% de sa puissance, les lignes d'arbres tournant à 200 tours par minute. Cette fois, le coeur de la Jeanne devra donner 100% de sa puissance, alors que les deux hélices devraient brasser l'eau à 245 tours par minute ! En tout, il s'agit de lancer 40.000 cv dans cette course de vitesse et, les mécaniciens comme le pacha en rêvent discrètement, de permettre aux 13.000 tonnes d'acier du bateau de battre un dernier record.

En machine avant la semaine dernière  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
En machine avant la semaine dernière (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

En machine avant la semaine dernière  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
En machine avant la semaine dernière (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

PC machine avant  (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)
PC machine avant (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

L'opération est complexe car il faudra couper la turbine de croisière pour envoyer toute la vapeur directement dans la turbine principale. Trois bonnes heures seront nécessaires à l'opération, les derniers noeuds étant gagnés tour par tour, les deux machines devant être en contact permanent pour monter simultanément en puissance. Le challenge est d'autant plus important que, contrairement à un bâtiment moderne, les machines de la Jeanne d'Arc ne sont pas gérées par ordinateur. Ici, tout est manuel et les mécaniciens sont de véritables horlogers. Mais, au « trou », les hommes sont confiants. Ces derniers mois, ils n'ont eu de cesse de bichonner leurs machines, parfaitement entretenues et encore vaillantes, comme l'a prouvée la montée en allure au cours de la transatlantique de retour. Dans ces conditions, sous la ligne de flottaison, l'incroyable enchevêtrement de tuyaux, de vannes et de mécanique, grâce au remarquable travail des « mécanos », est prêt pour un ultime défi. Cette pointe de vitesse, si elle est accomplie, sera la « cerise sur le gâteau » avant l'arrivée jeudi à Brest. Un baroud d'honneur, en somme, avant le fameux « terminées barre et machines » que le commandant prononcera une dernière fois et qui signifiera la fin de la carrière opérationnelle du bâtiment.

La Jeanne d'Arc  (© : MARINE NATIONALE - FRANCK SEUROT)
La Jeanne d'Arc (© : MARINE NATIONALE - FRANCK SEUROT)

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