Marine Marchande
La justice italienne ordonne le débarquement des migrants de l'Open Arms

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La justice italienne ordonne le débarquement des migrants de l'Open Arms

Marine Marchande

Hier, une quinzaine de migrants ont sauté à l'eau depuis le pont de l'Open Arms, navire de sauvetage de l'ONG espagnole Proactiva Open Arms en attente devant le port de Lampedusa depuis 19 jours. Un geste de désespoir - les personnes ont sauté sans gilet de sauvetage - qui en dit long sur la situation sur le navire que l'ONG a qualifié de hors de contrôle. Si les personnes ayant sauté à l'eau ont pu être sauvé par les garde-côtes italiens, le port de Lampedusa reste fermé pour la centaine d'autres de rescapés à bord. En cause, le décret du ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, interdisant l'entrée des ports italiens aux navires des ONG. Ce texte, dont l'illégalité vis-à-vis des conventions internationales signées par l'Italie est établie, a été suspendu le 6 août dernier par un juge italien. Il a été immédiatement remplacé par un autre texte équivalent. En attendant un probable prochain recours, la situation reste toujours aussi compliquée et provoque des tensions diplomatiques importantes entre l'Italie et les autres pays européens, notamment les six (Allemagne, Espagne, Roumanie, France, Luxembourg et Portugal) s'étant engagés à recevoir les migrants de l'Open Arms. L'annonce, hier après-midi, de la démission du président du Conseil italien Giuseppe Conte à la suite d'une intense crise politique provoquée par Matteo Salvini et son parti d'extrême droite La Ligue ne devrait pas arranger la situation. 

Pour parer à l'urgence, c'est l'Espagne, dont l'Open Arms bat pavillon, qui a pris des décisions. Des ports, notamment Barcelone, et le gouvernement avait proposé dès la semaine dernière d'accueillir le navire. Mais le voyage de trois jours jusqu'aux Baléares ou, encore plus long, jusqu'à Algeciras, avait été jugé trop dangereux par les marins et responsables de l'ONG. L'Espagne a donc pris une décision inédite, sur fond de très grosses tensions diplomatiques entre Madrid et Rome, en annonçant hier l'appareillage d'un de ses bâtiments de guerre, le patrouilleur hauturier Audaz, pour aller à la rencontre de l'Open Arms et recueillir la centaine de migrants à son bord pour les débarquer en Espagne. 

 

(ARMADA ESPANOLA)

(ARMADA ESPANOLA)

Mais en toute fin de journée, la justice italienne est finalement intervenue pour ordonner le débarquement des rescapés sur l'île de Lampedusa. Cette décision est intervenue après une visite à bord de la police judiciaire et de deux médecins qui ont amené le procureur d'Agrigente à ordonner l'accostage du navire. Celui-ci va être mis sous séquestre dans le cadre d'une enquête contre X ouverte pour séquestration de personnes, omission et refus d'actes officiels. L'Espagne n'a pas encore fait savoir si son bâtiment allait faire demi-tour.

L'Ocean Viking, navire de SOS Méditerranée et MSF, est également en attente entre Malte et l'Italie avec 356 personnes à son bord, qu'il a sauvé lors de quatre opérations différentes, dans les jours qui ont immédiatement suivi l'annonce de son affrètement et de son départ en mission.

 

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