Energies Marines
La longue marche des 156 éoliennes marines de Cayeux et Criel-sur-Mer

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La longue marche des 156 éoliennes marines de Cayeux et Criel-sur-Mer

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Le projet titanesque des Deux Côtes, au large de la Seine-Maritime et de la Somme, connaît cette semaine une première étape dans le long processus administratif qui doit aboutir à l'édification du premier parc éolien offshore de France. Après de nombreux mois d'études de préfaisabilité et de rencontres avec les acteurs locaux, la Compagnie du Vent a déposé une demande de concession d'occupation du domaine public maritime auprès des deux départements. Il s'agit d'une étape préliminaire à la demande de permis de construire. Le projet, estimé à 1.4 milliard d'euros, porte sur la création de l'un des plus grands parcs marins d'Europe, fort de 156 éoliennes et d'une puissance totale de 702 mégawatts. Pour diminuer l'impact sur le paysage et faciliter la navigation dans cette zone de la Manche, les machines doivent être installée 14 kilomètres au large de Cayeux et Criel-sur-Mer et à 30 kilomètres du Dispositif de Séparation du Trafic (DST ou rail) du Pas-de-Calais. Selon la Compagnie du Vent : « l'installation de ces 156 éoliennes fera largement appel aux infrastructures existantes, notamment portuaires. L'ensemble de ces activités génèrera de nombreux emplois : plus de 2 000 pour la construction durant trois ans, puis environ 250 emplois locaux directs et indirects pour l'exploitation ». A lui seul, le projet des Deux Côtes couvre 70 % de l'objectif de développement du parc de production électrique par des éoliennes en mer fixé par le gouvernement à l'horizon 2010.

Convaincre une administration qui découvre l'éolien en mer

Responsable de la gestion de l'espace marin, le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord a été saisi par le préfet de Seine-Maritime. Le Contre-amiral Philippe Périssé a rendu, vendredi dernier, un avis, qui devait être transmis en début de semaine au préfet terrestre. L'assentiment de l'officier est un élément clé dans le processus de décision, tout refus entraînant le blocage du projet. Or, la demande de la Compagnie du Vent intervient avant la fin d'une étude menée par l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) sur l'aménagement des espaces maritimes. En attendant ses conclusions, qui devraient être connues au premier semestre 2007, le secrétariat général à la mer aurait demandé aux préfets maritimes de surseoir aux nouveaux projets. Une différence de point de vue existerait néanmoins sur cette fameuse étude, l'ADEME considérant son travail comme un outil d'aide à la décision et certaines administrations comme l'établissement d'un zonage. « On ne peut pas baser une décision administrative là-dessus », estime Jean-Mathieu Kolb, responsable de projet à la Compagnie du Vent. Pour l'entreprise montpelliéraine, il s'agit de convaincre : « Il y a un gros travail d'information à faire auprès des services de l'Etat, qui découvrent l'éolien en mer. C'est à nous d'apporter les éléments de réponse et peut être de lancer des ponts avec d'autres pays, comme les gardes-côtes britanniques. Ceux-ci ont, par exemple, réalisé des études sur le bon fonctionnement des radars de positionnement au milieu d'un parc éolien. Ces tests ont conclu à l'absence d'impact significatif, ce qui permet d'éviter l'interdiction de la zone à la navigation ».

Premier coup de pioche espéré en 2010

Si l'avis du préfet maritime est négatif, la Compagnie du Vent devra revoir sa copie. Toutefois, si la « Prémar » donne son feu vert, de nombreuses étapes resteront encore à franchir avant de voir les éoliennes produire leurs premiers kilowatts. La Compagnie du Vent devra obtenir l'aval de très nombreux autres services de l'Etat, comme les Affaires maritimes mais aussi la DIREM sur l'aspect terrestre du projet, le ministère de l'Industrie pour l'autorisation d'exploiter ou encore la direction générale de l'aviation civile pour la sécurité du trafic aérien : « Le champ est particulièrement large », confie Jean-Mathieu Kolb : « Nous savons que nous sommes amenés à débroussailler les problèmes administratifs et juridiques et être les premiers, en France, à voir la mise en place d'une jurisprudence sur le droit maritime ». Au terme de ce long processus, l'entreprise espère obtenir un permis de construire fin 2008. Le début des travaux est envisagé en 2010 pour une mise en service du site fin 2012.

Aides aux pêcheurs

En plus des difficultés administratives, l'installation du parc marin fait face à l'opposition de certains pêcheurs, qui y voient la perte d'une zone importante de chalutage, alors même que le secteur est déjà malmené par la diminution de la ressource et l'augmentation du coût du gasoil. Les 156 éoliennes du parc des Deux Côtes s'étaleront, en effet, sur 73 kilomètres carrés. La Compagnie du Vent prévoit, en conséquence, plusieurs mesures en faveur de la pêche locale. La première action consisterait à installer des récifs artificiels autour des éoliennes, pour favoriser le renouvellement des populations de poissons. L'entreprise propose, également « d'apporter aux pêcheurs une aide à l'incorporation de biocarburant grâce à sa future unité de production de biodiesel. Les professionnels de la mer pourront ainsi diminuer leurs dépenses de carburant, mais aussi faire baisser leurs émissions de gaz à effet de serre ».
Si le parc éolien des Deux Côtes doit constituer le premier espace offshore français, il ne sera pas le plus grand d'Europe. Outre les projets allemands en mer du Nord et en Baltique, la Grande-Bretagne a lancé deux projets de 1000 et 1200 MW, dont un à l'embouchure de la Tamise. Le Danemark prévoit, également, une extension des parcs existants de 500 MW.

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