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La marine aimerait positionner un hélicoptère lourd à Cherbourg

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La marine aimerait positionner un hélicoptère lourd à Cherbourg

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La Marine nationale envisage de baser un hélicoptère lourd à la pointe du Cotentin. Depuis de nombreuses années, les missions de sauvetage en mer sont effectuées par un Dauphin de Service Public positionné à Maupertus, près de Cherbourg ; la couverture en Manche étant complétée, au nord, par le Dauphin SP intervenant depuis Le Touquet. Le dispositif, mis en oeuvre par des détachements de la flottille 35F, a prouvé son efficacité. Mais les machines employées souffrent d'un certain manque de capacités. Si le rayon d'action des Dauphin est plutôt bon, leur capacité d'emport en hommes et matériel est limitée. Or, ces hélicoptères sont aujourd'hui amenés à déployer des équipes d'évaluation et d'intervention, ainsi que, le cas échéant, des postes médicaux avancés. Dans ce contexte, ils ne peuvent par exemple embarquer, en plus de leur équipage, que deux pompiers équipés, ce qui est très peu pour lutter contre un sinistre sur un navire. Dans le même temps, à la lumière des dernières opérations menées, il s'avère que les Dauphin SP sont aussi un peu juste pour le recueil de naufragés. Capables d'embarquer trois à quatre passagers (suivant la distance et en considérant l'embarquement d'un plongeur et d'un treuilliste, sans compter une éventuelle équipe médicale), ils ne peuvent par exemple évacuer l'équipage d'un chalutier (au moins cinq marins) en une seule rotation. Enfin, la marine française doit faire avec l'évolution des moyens des garde-côtes britanniques. Longtemps, la Maritime Coastguard Agency (MCA) a employé des Sea King. Mais ces hélicoptères lourds ont été remplacés en 2007 par quatre S92 et le nombre de ces machines pourrait être réduit.

 Un Dauphin   (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)
Un Dauphin (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Un besoin jugé « nécessaire »

Du coup, le recours à un hélicoptère lourd ou moyen-lourds « s'avère nécessaire », explique-t-on à la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord. Dans le cadre des travaux préparatoires au comité directeur de la fonction garde-côte, la Marine nationale a donc exprimé le besoin de disposer d'une machine de ce type à Cherbourg. Mais de quel hélicoptère pourrait-il s'agir ? En fait, deux options sont possibles. Soit un NH90, soit un EC-225. A première vue, la première solution semblerait la plus plausible. Mais elle se heurte à plusieurs problèmes. D'abord, le programme NH90, qui accuse plusieurs années de retard, ne verra la mise en service des premières machines, au mieux, qu'à la fin de l'année. Le nombre d'hélicoptères disponibles en 2012 sera alors très faible. L'aéronautique navale ayant besoin de se roder sur ces nouvelles machines, il parait assez difficile d'en mobiliser une pour les seules missions de sauvetage. De plus, le NH90 n'a été commandé qu'à 27 exemplaires (14 en version combat et 13 en version transport) pour remplacer l'ensemble du parc de Super Frelon et Lynx de la marine (36 machines en 2008). De l'avis de plusieurs experts, le nombre de NH90 sera, en réalité, très juste, d'autant qu'il faudra sans doute que l'aéronautique navale se batte, dans un contexte budgétaire contraint, pour obtenir la livraison de ces 27 appareils, destinés notamment à équiper les 13 frégates des types FREMM et Horizon.

Hélitreuillage sur un NH90   (© : MARINE NATIONALE)
Hélitreuillage sur un NH90 (© : MARINE NATIONALE)

NH90 ou EC-225 ?

Dans ce contexte, il est permis de se demander s'il ne serait pas plus judicieux d'avoir recours à un EC-225. Pour compenser le retrait du service des Super Frelon, qui ne pouvaient plus attendre l'arrivée retardée des NH90, deux hélicoptères de ce type ont été commandés et livrés l'an dernier. Ils assurent désormais, depuis la base de Lanvéoc-Poulmic, les missions de sauvetage hauturier au large de la Bretagne. Présentant une autonomie importante et de grandes capacités d'emport (jusqu'à 24 passagers), l'EC-225 est parfaitement adapté aux besoins exprimés en Manche et mer du Nord. Après l'arrivée des NH90 à Lanvéoc, les EC-225 de la flottille 32F pourraient donc également opérer depuis Cherbourg. Ou, encore mieux, la marine pourrait se doter d'un troisième hélicoptère de ce type. Cela permettrait de confier aux EC-225, en complément du parc de Dauphin SP, les opérations de sauvetage, et de préserver pour les missions militaires le potentiel des NH90, qui sera forcément limité compte tenu de leur petit nombre. Quant au financement de cette acquisition, ou pourquoi pas d'une location, il pourrait être logiquement réalisé en interministériel dans le cadre de la montée en puissance de la fonction garde-côte. Réunissant les différentes administrations et ministères liés à l'action de l'Etat en mer, celle-ci devra, en effet, prendre en compte l'évolution des besoins de sauvetage (qui n'étaient pas si importants au moment du lancement du programme NH90) et le désengagement actuellement constaté chez les Britanniques.

Un EC-225 et un canot de la SNSM   (© : MARINE NATIONALE)
Un EC-225 et un canot de la SNSM (© : MARINE NATIONALE)

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