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La Marine et les jeunes en difficulté

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La Marine et les jeunes en difficulté

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Cette année, elle aura offert un emploi à 3500 personnes dans 35 métiers différents, du CAP au Bac+5. A l’heure où l’actualité, des émeutes dans les banlieues à la précarité de l’emploi, place l’avenir de la jeunesse au cœur des discours politiques, la marine rappelle qu’elle a toujours fait de l’insertion professionnelle l’un de ses principaux objectifs de recrutement. Ainsi, des contrats relativement courts, d’une durée de 3 ans renouvelables 2 fois, sont proposés aux jeunes sans qualification. Selon la marine, ces contrats leur permettent de se créer des repères, d’apprendre à s’insérer dans une structure exigeante et à respecter les règles. Ils ont aussi le temps, avec l’aide de consultants spécialisés, de réfléchir à leur avenir et de progresser dans la construction de leur projet professionnel, quand ils seront de retour à la vie civile.

Les « EICD », comme on les appelle, sont rémunérés au SMIC et disposent du logement et la nourriture gratuite. Avec ces contrats, la marine tente de trouver un équilibre entre sa mission d’insertion et ses besoins opérationnels, au travers d’emplois qui ne nécessitent pas de formation particulière. C’est le cas pour les personnels de pont d’envol. Les « ponev », reconnaissables à leur tenue bleue, sont chargés des différentes manutentions sur tout bâtiment embarquant un aéronef. La formation s'effectue à l’Ecole du personnel de pont d’envol (EPPE). Une plateforme d’entraînement destinée à l’école, réplique au plus réel du pont d’envol du Charles de Gaulle, a d’ailleurs été inaugurée ce mardi sur la base d’Hyères. Un outil qui doit permettre aux jeunes recrues d’être les plus opérationnelles possibles avant leur embarquement.

Et sur le terrain ?

Chaque année, l’EPPE forme une centaine de jeunes pour un total de 600 EICD recrutés. Pour le vice amiral Devaux, directeur du personnel de la marine, « ce projet est ambitieux, il évolue avec les besoins de la société. Il a permis non seulement au personnel encadrant de relever le défi d’un accompagnement pour lequel il n’était pas préparé initialement, mais également de faire que les années passées dans la marine constituent pour les EICD un véritable tremplin vers une insertion durable ». L’idée est donc de montrer aux jeunes qu’ils peuvent trouver une place dans une équipe et dans un navire, sorte de société en miniature où la complémentarité est une question de survie. Dans la pratique, l’arrivée des EICD dans la marine n’a pas toujours été très bien perçue. Les rapports entre certains engagés, parfois déscolarisés très tôt et en manque de repères, peut entraîner des situations difficiles sur les bâtiments. « C’est parfois très dur d’imposer la discipline à des gens qui ne savent pas toujours ce que c’est. On redouble donc d’efforts », nous confiait l’an passé un officier. L’efficacité du système est elle discutable ? « La réussite de cette filière novatrice originale tient beaucoup aux équipes d’encadrement. Cette tâche n’est pas facile et demande de l’énergie et du temps. Même s’il y a des échecs, il y a aussi des jeunes qui reprennent confiance en eux, acquièrent des compétences et des valeurs et se projettent positivement dans l’avenir grâce à la marine », souligne le vice amiral Devaux.
Les mieux placés pour en parler restent bien entendu les jeunes eux-mêmes. Pour certains, l’expérience est loin d’être concluante mais pour d’autres, embarquer sur un navire a été un véritable tournant.

« Au chômage, je ne savais pas quoi faire de ma vie »

Emmanuel mesure aujourd’hui l’opportunité d’un tel système et ses applications sur tous les jeunes, et pas seulement ceux des milieux les plus défavorisés. Maître d’hôtel sur la Jeanne d’Arc, nous l’avons rencontré il y a quelques mois, en pleine campagne du navire école. Pendant son adolescence, Emmanuel souffrait de dyslexie, au point que ses efforts au collège furent pour ainsi dire réduits à néant. La perspective des études s’éloignant, il s’est finalement engagé dans une formation hôtelière avant de rentrer, il y a cinq ans, dans la Marine. « Ce travail m’a énormément apporté et a été un véritable antidote à mon problème ». Après avoir retrouvé confiance en lui, Emmanuel a entrepris de sillonner le monde et de servir son pays « avec fierté », une réussite qu’il ne manque pas de transmettre aux matelots qui se trouvent sous sa responsabilité, en cuisine: « Certains étaient en échec scolaire, mais aujourd’hui, ils apprennent un job et pour certains, découvrent la vie en société. C’est un véritable intégrateur social ». Autre exemple, celui de Nicolas, rencontré sur le même navire. Le jeune homme, originaire d’un quartier populaire de Tours, a trouvé sa voie après une longue période de galère : « J’étais au chômage et je ne savais pas quoi faire de ma vie. Au début, c'était dur, surtout qu'on se retrouve dans des postes à quarante personnes, mais je dois reconnaître que j’ai appris un métier et, grâce aux voyages et aux rapports humains, j’ai beaucoup mûri ». L’intégration par l'armée et la marine n’est donc pas toujours une mission simple, pas toujours une évidence et certainement pas la solution miracle à tous les maux de la société. Néanmoins, de beaux exemples montrent qu’elle a, pour beaucoup, une réelle utilité.

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