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La marine française choisit un nom prestigieux pour son 3ème PLG
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La marine française choisit un nom prestigieux pour son 3ème PLG

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Après La Confiance et La Résolue, les deux patrouilleurs légers guyanais (PLG) mis en service en 2017 à Dégrad-des-Cannes, près de Cayenne, un troisième bâtiment de ce type a été commandé l’an dernier. Option au contrat initial, notifié en décembre 2014 par la Direction Générale de l’Armement au chantier Socarenam, la construction du 3ème PLG était pour beaucoup très incertaine. Jusqu’à ce qu’un évènement majeur impose son aboutissement, tant sur le plan opérationnel que politique. Cet évènement, c’est l’ouragan Irma, qui a dévasté il y a un an Saint-Martin. Une catastrophe ayant mis en lumière le manque de moyens étatiques aux Antilles, notamment sur le plan maritime. C’est ce qui a conduit le gouvernement à confirmer très rapidement après les faits la réalisation d’un PLG supplémentaire, destiné à être basé en Martinique, où se concentrent les unités de la Marine nationale stationnées aux Antilles.

La coque arrivera à Boulogne en novembre

La commande a été concrétisée en décembre dernier, Socarenam lançant rapidement la construction du bateau dans son site de Saint-Malo. Celui-ci achève actuellement la coque, qui est partiellement armée en Bretagne. Le gros du travail d’armement interviendra néanmoins à Boulogne, où le bateau est attendu en novembre. Il doit être réceptionné par la marine en juin puis, après une phase de prise en main par l’équipage et d’entrainement à Brest, comme cela avait été le cas pour ses deux aînés, il devrait partir pour Fort-de-France en octobre.

Une nouvelle Combattante

Désormais acté, le nom du bâtiment n’a pour le moment pas été officialisé par la marine mais, selon nos informations, celle-ci a choisi de baptiser son troisième PLG La Combattante. Un nom très emblématique déjà porté par des bateaux de la flotte française. Il y a notamment eu le torpilleur La Combattante, ancien destroyer de 85 mètres de la classe Hunt de la Royal Navy (HMS Halon), offert en 1942 par le gouvernement britannique aux Forces Navales Françaises Libres. Actif sous pavillon tricolore à partir de mai 1943, il assure des escortes de convois et chasse les unités allemandes, parvenant à couler plusieurs unités légères de la Kriegsmarine, dont des vedettes du type S-boote. Engagé dans les opérations de soutien au débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, c’est ce bâtiment qui amènera le général de Gaulle sur le sol français quelques jours plus tard, lui permettant de réaliser une courte mais cruciale visite qui, marquée par le discours de Bayeux, permettra au chef de la France libre d’imposer définitivement son autorité face à des alliés anglo-saxons qui l’auraient bien écarté. L’histoire du torpilleur La Combattante fut donc prestigieuse mais très courte puisqu'elle s’achève de manière dramatique le 23 février 1945, lorsque le bâtiment saute sur une mine à l’ouvert de la mer du Nord. Coupé en deux, il coule rapidement. 64 des 181 membres de son équipage y laissent la vie. Les deux parties de l’épave seront retrouvées en 2002 et 2005.

 

Le torpilleur La Combattante en janvier 1943 (© IMPERIAL WAR MUSEUMS)

Le torpilleur La Combattante en janvier 1943 (© IMPERIAL WAR MUSEUMS)

 

Après la perte du torpilleur, il faudra attendre plus de 15 ans pour voir une autre unité de la Marine nationale porter son nom. Il s’agit cette fois du prototype d’une nouvelle génération de patrouilleurs, aptes à la mise en œuvre de missiles antinavire. La nouvelle Combattante est mise sur cale en décembre 1961 à Cherbourg, aux Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) et entre en service en juin 1963. Ce bâtiment de 45 mètres servira notamment de plateforme d’expérimentation aux technologies modernes. Non seulement de nouvelles armes comme les missiles SS 11, SS 12 puis Exocet, mais aussi, par exemple, sur des domaines tels la discrétion acoustique et le magnétisme, La Combattante étant dotée d’une coque en bois lamellé, collé et plastifié.

 

La Combattante tirant un Exocet MM38 (© MARINE NATIONALE)

La Combattante tirant un Exocet MM38 (© MARINE NATIONALE)

 

Les études sur la coque serviront au développement par CMN des chasseurs de mines du type Circé, qui sortent du chantier cherbourgeois en 1972 et 1973. La Combattante est quant à elle versée à la Gendarmerie maritime au milieu des années 80 et désarmée à Cherbourg en septembre 1996 (plus de détails sur le bateau des images sur le site Netmarine). Si elle est restée la seule de son type au sein de la marine française, cette unité a donné son nom à une famille nombreuse de patrouilleurs vendus par CMN à plus de 50 exemplaires à travers le monde. Les P400 français, mis en service en 1986/87 et que les PLG remplacent partiellement, sont une émanation de cette famille, que CMN continue de décliner en différents modèles, qui n’ont évidemment plus grand-chose à voir avec l’original.

 

Le PLG La Confiance en rade de Brest avant son départ pour la Guyane (© MICHEL FLOCH)

Le PLG La Confiance en rade de Brest avant son départ pour la Guyane (© MICHEL FLOCH)

 

Caractéristiques des PLG

Capable d’atteindre 21 nœuds, avec une puissance propulsive de 6 MW, le PLG La Combattante, comme La Confiance et La Résolue, mesurera 60.8 mètres de long pour une largeur de 9.5 mètres et un déplacement d’environ 700 tonnes en charge. La coque est en acier et la superstructure en aluminium.

Conçus par Bureau Mauric en collaboration avec Socarenam, ces nouveaux patrouilleurs ont une autonomie de 3500 milles à 12 noeuds, avec la capacité de rester 12 jours en opération. Leur équipage comprend 24 marins, avec la capacité d’accueillir jusqu’à 38 personnes. Dotés d’un armement léger, axé autour d’un canon télé-opéré de 20 mm Narwhal fourni par Nexter (déjà été retenu pour les FREMM et BPC) et de mitrailleuses (12.7 mm ou 7.62 mm), les PLG peuvent mettre en œuvre deux embarcations d’intervention. La première est déployée au moyen d’une rampe arrière alors que la seconde est positionnée sous bossoir. Ces semi-rigides de 7 mètres à coque en aluminium pourront mener des opérations de contrôle ou de coercition de jour comme de nuit, y compris par mauvaise mer.

 

La Confiance en Guyane (© FAG)

La Confiance en Guyane (© FAG)

 

La série des PLG s’arrêtera avec La Combattante, une nouvelle classe de six patrouilleurs d’Outre-mer (POM) différents allant ensuite voir le jour. Destinés à La Réunion, Nouméa et Papeete, à raison de deux unités par territoire, ces bâtiments plus grands (autour de 70 mètres) font l’objet d’un appel d’offres lancé cet été. Le contrat devrait être notifié en 2019 en vue d’une livraison des six POM entre 2022 et 2024.

 

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