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La marine française navalise ses Dauphin N et réorganise sa flotte d’hélicoptères
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La marine française navalise ses Dauphin N et réorganise sa flotte d’hélicoptères

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Faire en sorte que tous ses hélicoptères soient aptes à embarquer sur ses bâtiments. C’est l’objectif de la Marine nationale, qui a entrepris de navaliser les six SA365 N Dauphin de la 35F. Si les autres Dauphin de cette flottille, dont les trois SA365 F dits « Pedro » qui partent toujours en déploiement avec le porte-avions Charles de Gaulle, sont qualifiés depuis l’origine, les six Dauphin N ayant rejoint l’aéronautique navale à partir 1990, ne l’avaient jamais été. Jusqu’ici, ces machines étaient en effet essentiellement employées depuis la terre, pour des missions de sauvetage en mer ou de secours suite à des catastrophes naturelles. Cela, à partir de la base d’Hyères, où la 35F est basée, et via les détachements stationnés au Touquet et à La Rochelle (il y en avait auparavant à Brest et Cherbourg également). C’est pourquoi on les a longtemps appelés Dauphin SP (Service Public), puis plus récemment Dauphin SPI (Secours Protection Intervention).

 

Dauphin Pedro avec le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Dauphin Pedro avec le Charles de Gaulle (© : MARINE NATIONALE)

Dauphin SP (© : MARINE NATIONALE)

Dauphin SP (© : MARINE NATIONALE)

Dauphin SPI (© : MARINE NATIONALE)

Dauphin SPI (© : MARINE NATIONALE)

 

Nativement, le Dauphin est un hélicoptère conçu pour les applications maritimes civiles et militaires, avec par exemple un train renforcé pour embarquer sur des navires en tenant compte des contraintes liées aux mouvements de plateforme. La navalisation des six Dauphin N de la 35F ne constitue donc pas une opération de transformation lourde. Pour autant, cette évolution dans le domaine d’emploi de ces appareils a nécessité un gros travail administratif et technique, lié notamment au fait que ces hélicoptères, acquis d’occasion à l’époque, ne sont pas exactement les mêmes. « Comme ils n’ont pas le même standard, il a fallu reprendre toute la documentation, refaire les courbes d’appontage, mener une étude technique fine pour vérifier que les structures n’avaient pas de points de faiblesse pour une telle application, étudier un nouveau plan d’entretien pour des conditions d’emploi dans une atmosphère saline, revoir le parc de pièces détachées et définir les lots nécessaires au cas où les Dauphin N serait appelés à partir en mission sur un bâtiment. Il a aussi fallu réaliser un travail analogue pour les bâtiments qui pourraient être amenés à les embarquer », explique à Mer et Marine une source militaire. 

Cette navalisation a été menée à bien pour deux des six Dauphin N de la 35F, les études se poursuivant pour les quatre autres entre la Marine nationale et la Direction Générale de l’Armement. Techniquement, l’une des deux machines navalisées a nécessité une adaptation des saisines, ce qui n’a pas été nécessaire pour l’autre, un exemple des différences de standards entre les appareils.

Le premier embarquement d’un Dauphin N, avec un détachement de la 35F comprenant sept marins a été mené à bien du 20 au 25 avril sur le La Fayette, à l’occasion de la remise à niveau opérationnelle de cette frégate au large de Toulon. 

 

Le détachement de la 35F avec son Dauphin N posé sur la frégate La Fayette (© : MARINE NATIONALE)

Le détachement de la 35F avec son Dauphin N posé sur la frégate La Fayette (© : MARINE NATIONALE)

 

La navalisation des Dauphin N est en réalité un projet de longue date, puisqu’il a été initié dès 2013. A l’époque, il s’agissait pour la marine de se préparer à devoir compenser, ne serait-ce que partiellement, le retrait à venir des antiques Alouette III, alors qu’on savait déjà que leur succession, dans le cadre du programme HIL (hélicoptères interarmées légers), ne verrait pas le jour à temps.

Depuis, la situation a évolué. Certes, le Guépard Marine, la version du nouveau H160 d’Airbus dédiée à l’aéronautique navale dans le cadre du programme HIL, ne devrait être livrée qu’à partir de 2028, c’est-à-dire bien après le retrait du service des dernières Alouette III, prévu en 2022. Mais la marine a obtenu les crédits nécessaires pour disposer d’une flotte intérimaire d’hélicoptères afin d’éviter une rupture capacitaire en attendant le Guépard. Cette « FI » sera composée de douze Dauphin N3 et quatre H160 qui vont être loués à des sociétés privées et armés par les équipages de l’aéronautique navale. 

Les Dauphin N (SPI) de la 35F vont s’intégrer dans ce processus. Ils n’ont normalement pas vocation à réaliser des missions opérationnelles impliquant un embarquement de longue durée sur un bâtiment. Sauf éventuellement s’il y avait un problème de disponibilité avec les hélicoptères dévolus normalement à cette fonction (Dauphin N3 de la flotte intérimaire et Panther notamment). La navalisation des Dauphin N (SPI) a d’abord pour but de permettre à la marine de moins fonctionner à flux tendu grâce à une plus grande flexibilité de son parc d’hélicoptères, dont toutes les machines ont vocation à pouvoir embarquer. « L’objectif du chantier de navalisation des Dauphin N est de bénéficier du domaine d’emploi le plus large possible pour ces hélicoptères et d’avoir un maximum d’appareils qui peuvent aller sur les bateaux. Au-delà de leur mission principale, qui restera les opérations de recherche et de sauvetage, les Dauphin N pourront eux aussi embarquer et rendre de précieux services, par exemple en participant à des exercices ». Ce qui permettra d’économiser le potentiel des machines dédiées aux opérations plus militaires et facilitera la mise à disposition de moyens pour les entrainements et autres qualifications. Que ce soit pour les pilotes d’hélicoptères ou les personnels des bâtiments.

On rappellera que la 35F, en plus de ses Dauphin SPI et de ses Dauphin Pedro (qui ont sensiblement le même âge puisqu’ils ont été mis en service en 1990-1991), arme également deux hélicoptères plus récents à Tahiti. Il s’agit d’AS365 N3+, livrés en 2011 et 2012 dans le cadre d’un programme financé en interministériel pour accroître les moyens aériens en Polynésie française. Ces appareils sont pour l’essentiel employés sur des missions de sauvetage en mer et d’évacuation médicale à grande distance à travers les archipels de ce vaste territoire français de l’océan Pacifique. Très polyvalents, ils peuvent également remplir des missions de surveillance, des interventions au profit de la Gendarmerie et des forces armées en Polynésie, et même servir de bombardiers d’eau pour participer à la lutte contre des feux de forêt grâce à une nacelle pouvant contenir 700 litres d’eau.

 

Dauphin N3+ en Polynésie (© : MARINE NATIONALE)

Dauphin N3+ en Polynésie (© : MARINE NATIONALE)

 

Ces Dauphin N3+ sont capables d’embarquer sur un navire mais, dans les faits, ne pratiquent pas cette activité. Pour sa frégate de surveillance basée à Papeete, le Prairial, la Marine nationale emploie encore une Alouette III via un détachement de l’escadrille 22S. Un moyen qui sera remplacé avec l’arrivée des Dauphin N3 de la flotte intérimaire.

Celle-ci va d’ailleurs entrainer d’importants changements organisationnels pour la composante hélicoptères de l’aéronautique navale.

Celle-ci porte comme on l’a vu sur la location pour une période de 10 ans de douze Dauphin N3 (contrat remporté par DCI et Héli-Union) et quatre H160 (marché notifié à Airbus Helicopters, Babcock et Safran) qui vont permettre d’éviter une rupture capacitaire en attendant l’arrivée des futurs Guépard Marine, la version navalisée du H160 M (train renforcé, harpon, poutre de queue repliable, capacité d’emport de deux missiles antinavires légers ANL…) En tout, quarante-neuf Guépard doivent être commandés pour la Marine nationale afin de remplacer les Alouette III (une vingtaine était auparavant en service), puis les six Dauphin SPI et trois Dauphin Pedro de la 35F, ainsi que les seize Panther de la 36F.

Fin 2019, il ne restait plus que neuf Alouette III (série 319) en ligne dans l’aéronautique navale, toutes regroupées au sein de l’escadrille 22S, basée à Lanvéoc-Poulmic et qui compte trois détachements Outre-mer armant des frégates de surveillance (Nouméa, Papeete et une des deux FS de Fort-de-France). Cette formation accueille également quatre Dauphin N3 loués depuis 2018 à la société NHV afin de remplacer d’anciennes Alouette III (série 316) au profit de l’Ecole de spécialisation sur hélicoptères embarqués (ESHE).

A partir de 2021, l’escadrille 22S va disparaitre en tant que tel pour reprendre les traditions de la 34F, qui va temporairement être mise en sommeil après le retrait des derniers Lynx à la fin de cet été. L’unité deviendra l’an prochain la 34F/ESHE, combinant une double fonction opérationnelle et de formation. Elle intègrera à cet effet, en plus des quatre Dauphin déjà loués à NHV, six des douze Dauphin qui vont l’être à DCI et Héli-Union. Soit un total de dix hélicoptères de ce type au sein de la 34F/ESHE. Les six autres Dauphin de la flotte intérimaire seront affectés à la 35F, s'ajoutant aux onze hélicoptères dont la flottille dispose déjà. 

Les Dauphin de la flotte intérimaire (FI) ont vocation à assurer des détachements aériens embarqués sur les bâtiments de la Marine nationale. Ils remplaceront les hélicoptères dévolus aux frégates de surveillance basées Outre-mer, non seulement les Alouette III présentes aux Antilles, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, mais aussi les Panther stationnés aux Antilles et à La Réunion. Et en métropole ils succèderont aux Alouette III embarquées sur les bâtiments de commandement et de ravitaillement (BCR) Var, Marne et Somme. Avant d’être livrés à l’aéronautique navale, les Dauphin FI seront adaptés à cette fonction. Ils vont par exemple recevoir une boule optronique Euroflir410. Compte tenu des retards engendrés par la crise du coronavirus, le calendrier de réception de ces nouveaux appareils est aujourd’hui incertain. Les premiers devaient normalement être livrés à la fin de cette année mais le planning n’est semble-t-il plus tenable compte tenu des délais nécessaires à l’intégration des équipements prévus, la configuration complète souhaitée par la marine ne pouvant être disponible avant 2021. Des réflexions sont donc en cours savoir s’il convient d’attendre cette échéance un peu plus lointaine que prévu ou bien réceptionner quand même quelques appareils, même s’ils ne sont pas complètement équipés, puis les porter ultérieurement au standard définitif. Cela permettrait de disposer rapidement de machines supplémentaires avec un certain nombre d’avantages : potentiel accrupour les flottilles et heures de vol à effectuer pour les personnels embarqués, entrainement, formation…

Quant aux quatre H160, attendus à partir de début 2022, ils seront affectés à la 32F, qui avait été mise en sommeil en 2016 après le transfert à l’armée de l’Air de ses deux derniers appareils (des EC225 qui avaient temporairement assuré à partir de 2010 la relève des anciens Super Frelon). La 32F va donc être réactivée et sera basée comme elle l’était auparavant à Lanvéoc. Trois des H160 y seront stationnés, le quatrième étant basé à Cherbourg-Maupertus. Ces nouveaux appareils effectueront essentiellement des missions de recherche et de sauvetage en mer (SAR), mais ils pourront aussi être mobilisés le cas échéant sur des alertes liées au contre-terrorisme maritime (CTM). Dans ces fonctions, ils remplaceront les Caïman (NH90) qui pourront ainsi se concentrer sur leur vocation principale : l’embarquement sur frégates multi-missions (FREMM) pour des missions de lutte antisurface et anti-sous-marine, ainsi que le porte-avions Charles de Gaulle pour le soutien logistique.

Concernant les détachements de la 22S présents Outre-mer, trois (avec chacun une Alouette III) sont actuellement stationnées en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et en Martinique, où les machines sont embarquées sur les frégates de surveillance basées dans ces territoires (Vendémiaire à Nouméa, Prairial à Papeete et Germinal ou Ventôse à Fort-de-France). Les appareils vont revenir en métropole d’ici 2022 et seront remplacés par les nouveaux Dauphin de la flotte intérimaire (35F pour les Antilles et 34F/ESHE pour Nouméa, Papeete et La Réunion). Il en sera de même pour les détachements de Panther de la 36F qui embarquent sur les frégates de surveillance basées aux Antilles (Germinal ou Ventôse donc) et à La Réunion (Floréal et Nivôse).

Cette réorganisation des flottilles d’hélicoptères de l’aéronautique navale va permettre de concentrer tous les Panther de la 36F (Hyères) en métropole en vue de les embarquer prioritairement sur les cinq frégates du type FLF (La Fayette, Surcouf, Courbet, Aconit et Guépratte) et les deux frégates de défense aérienne, le Forbin et le Chevalier Paul.

Ayant déjà succédé aux Super Frelon et remplaçant maintenant les lynx, les Caïman Marine des flottilles 31F à Hyères et la 33F à Lanvéoc seront comme on l’a vu destinés d’abord aux embarquements sur les FREMM brestoises (Aquitaine, Normandie, Bretagne et à partir de 2022 Auvergne) et toulonnaises (Provence, Languedoc, Auvergne jusqu’en 2022, Alsace à partir de 2021 et Lorraine à partir de 2022). Ils seront aussi amenés à embarquer plus tard sur les cinq nouvelles frégates de défense et d’intervention (FDI), qui pourront aussi mettre en oeuvre des Dauphin en attendant les Guépard. En construction chez Naval Group à Lorient, la tête de série, le futur Amiral Ronarc’h, doit être livré à partir de 2023 et sera basé à Brest. Les autres FDI (Amiral Louzeau, Amiral Castex, Amiral Nomy et Amiral Cabanier), qui seront affectées entre Brest et Toulon, suivront entre 2025 et 2029 afin de succéder aux FLF. Concernant les Caïman Marine, version française du NH90 NFH, sur les vingt-sept commandés, vingt-trois avaient été livrés fin 2019. Les quatre derniers doivent être réceptionnés d’ici 2021.

Quant aux Dauphin, ils vont donc se concentrer sur les missions de sauvetage, la formation et les embarquements à bord des frégates de surveillance Outre-mer et des bâtiments de ravitaillement depuis la métropole. D’abord les BCR, puis leurs successeurs, les futurs bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) dont la construction de la tête de série, le Jacques Chevallier, a débuté hier à Saint-Nazaire en vue d’une livraison en 2023. Suivra le Jacques Stosskopf en 2025, l’Emile Bertin en 2027 et le Gustave Zédé en 2029, sachant que le dernier BCR, la Somme, devrait être retiré du service en 2027.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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