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La marine jongle avec les retards de livraison et la maintenance des Caïman

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La marine jongle avec les retards de livraison et la maintenance des Caïman

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L’aéronautique navale française a subi l’an dernier un important retard dans la livraison de ses nouveaux hélicoptères Caïman Marine, version tricolore du NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter). Initialement, trois à quatre appareils devaient être réceptionnés mais, finalement, un seul a été livré, portant le parc à seulement huit machines. Celles-ci sont mises en œuvre au sein des flottilles 31 F et 33F, respectivement basées à Hyères (Var) et Lanvéoc-Poulmic (Finistère). Deux raisons sont avancées par les militaires pour expliquer cette situation : La première découle de l’élaboration, l’an dernier, du nouveau livre blanc sur la Défense, qui a eu apparemment pour conséquence de « geler » certaines livraisons de matériels en attendant la confirmation ou l’éventuelle modification des différents programmes.  Mais il y a aussi eu des soucis techniques, en marge de la montée en puissance du NH90 et de la qualification progressive de ses capacités. La mise au point d’équipements nouveaux et très complexes, comme le système de mission, nécessite du temps, parfois plus que prévu. C’est assez normal pour un programme de ce type, mais ça ne fait évidemment pas l’affaire des militaires qui, généralement, doivent remplacer des parcs limités et à bout de souffle.

 

 

Les Lynx vont être remplacés par les Caïman (© : MARINE NATIONALE)

Les Lynx vont être remplacés par les Caïman (© : MARINE NATIONALE)

 

 

La problématique de la maintenance  

 

 

Cependant, on estime à l’état-major de la marine qu’il y a plus problématique que les retards dans les livraisons. Ce qui tracasse le plus les militaires, c’est semble-t-il la maintenance des Caïman, dont les immobilisations se révèlent plus longues que prévu. Cela, dit-on, en raison notamment du manque de maturité de certains composants. Là encore, c’est assez logique pour un tout nouvel appareil, qui nécessite une certaine période de rodage et de fiabilisation. Sauf que cela se traduit par un taux de disponibilité actuellement très réduit de la flotte de Caïman en service, avec 40% des appareils en maintenance, notamment dans le cadre de la visite des 600 heures. Or, compte tenu de la faiblesse des moyens en hélicoptères de la Marine nationale, cela n’est pas sans conséquence pour l’activité opérationnelle. Ainsi, des frégates partent en déploiement avec des Panther au lieu de leur Caïman (quand cela est possible) et certaines missions sont purement et simplement annulées faute d’un nombre suffisant de machines disponibles. De plus, il y a aussi un impact sur l’entrainement et la montée en puissance des équipages qui doivent prendre en main le nouvel hélicoptère. En revanche, le contrat opérationnel est apparemment assuré dans le domaine du sauvetage en mer, plus particulièrement au large de la Bretagne depuis la base de Lanvéoc-Poulmic.

 

 

La FREMM Aquitaine avec un Caïman (© : PHILIP PLISSON)

La FREMM Aquitaine avec un Caïman (© : PHILIP PLISSON)

 

 

Plan d’action pour redresser la barre

 

 

Compte tenu des besoins importants de la marine, qui doit déployer au plus vite l’hélicoptère sur ses frégates de défense aérienne du type Horizon et ses nouvelles frégates multi-missions (FREMM), dont c’est l’un des principaux systèmes d’armes, un plan d’action a été mis en place par les industriels (l’hélicoptère est produit par le consortium NH Industries, qui regroupe Airbus, AugustaWestland et Fokker), la Direction Générale de l’Armement et la Marine nationale. L’objectif est de réduire les délais de maintenance et d’accélérer les livraisons pour rattraper le retard. Alors que le neuvième Caïman Marine a été réceptionné le 30 janvier, trois autres doivent rejoindre l’aéronautique navale cette année, puis quatre nouvelles machines l’an prochain. Le rythme devraient être ensuite d’environ deux livraisons par an jusqu’à ce que la cible de 27 hélicoptères soit atteinte. Rue Royale, on se dit en tous cas confiant dans le fait que les problèmes sont en train d’être surmontés.

 

 

Caïman avec deux torpilles d'essais MU90 (© : MARINE NATIONALE)

Caïman avec deux torpilles d'essais MU90 (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Premiers tirs de torpilles MU90

 

 

Le début du mois de février a, en tous cas, été marqué par de nouvelles avancées dans le programme puisque les premiers tirs de torpilles MU90 par un Caïman Marine ont été effectués au large des côtes de Provence. Cette campagne, menée par le Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale (CEPA/10S), a débuté le 6 février avec un tir en vol stationnaire puis un second en translation, qui se sont selon la marine déroulés de façon nominale. Ces tirs marquent le début de l’expérimentation technico-opérationnelle qui consiste à vérifier la conformité du système et de son soutien, ainsi qu’à préciser le concept d’emploi de l’arme. Spécialement conçue pour mettre hors de combat les sous-marins les plus modernes, la MU90, développée par DCNS, Thales et WASS, sera le fer de lance des capacités offensives de lutte anti-sous-marine de la Marine nationale. Mis en œuvre depuis les Horizon et FREMM, également équipées de cette torpille pour leur auto-défense, le Caïman pourra emporter deux MU90. L’hélicoptère formera d’ailleurs un tandem indissociable avec son bâtiment porteur. Les capacités cumulées de ces deux plateformes, tant au niveau de l’endurance que des armes et des moyens de détection (sonar trempé et bouées acoustiques pour le Caïman, antenne de coque et remorquée pour les frégates, ces équipements étant fournis par Thales), doivent en faire l’un des systèmes de lutte ASM les plus efficaces du monde, si ce n’est le meilleur.

 

 

Caïman tirant une MU90 (© : MARINE NATIONALE)

Caïman tirant une MU90 (© : MARINE NATIONALE)

 

 

En dehors de la lutte anti-sous-marine, le Caïman est également conçu pour la lutte antisurface. A ce titre, il mettra en œuvre le futur missile antinavire léger (ANL), développé par MBDA dans le cadre d’un programme franco-britannique.

Pour mémoire, le nouvel hélicoptère remplace au sein de la marine française le Super Frelon et le Lynx, seul ce dernier étant encore en service. Il le restera jusqu’à ce que l’ensemble des capacités ASM du Caïman soient validées. La Marine nationale est également appelée à embarquer la version terrestre du Caïman, dont 68 exemplaires ont été commandés pour l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT). Le 10ème a été livré hier. Ces hélicoptères seront notamment déployés sur les trois bâtiments de projection et de commandement (BPC) du type Mistral. 

 

 

Caïman de l'armée de Terre sur un BPC de la marine (© : EMA)

Caïman de l'armée de Terre sur un BPC de la marine (© : EMA)

 

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