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La marine libyenne balayée par l'OTAN

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Au moins 9 bâtiments, dont une frégate et un patrouilleur lance-missiles, ont été mis hors de combat, vendredi et samedi, dans les ports de Tripoli, Syrte et Al Khums. Vendredi, l'OTAN a mené un raid de grande ampleur, le premier du genre, contre les forces navales pro-Kadhafi depuis le début de l'opération Unified Protector, a aussi visé des installations portuaires. L'OTAN a diffusé des images de l'attaque nocturne, menée notamment par la Royal Air Force. On y voit clairement une frégate du type Koni touchée de plein fouet. Long de 96.4 mètres pour un déplacement de 1900 tonnes en charge, le navire, armé de deux tourelles doubles de 76mm, quatre missiles antinavire SS-N-2 et un système surface-air SA-N-4, était le principal bâtiment de combat de la marine loyaliste, l'autre frégate libyenne du type Koni étant aux mains des rebelles. Les images du raid ont aussi montré la destruction d'un patrouilleur lance-missiles du type Combattante II. Construit à Cherbourg dans les années 80, ce navire de 49 mètres et 300 tonnes, armé d'un canon de 76mm et de missiles antinavire Otomat, a explosé. Six autres unités, dont l'identité n'a pas été donnée, ont également été détruites. « C'est une mission complexe qui a été décidée après une longue et attentive délibération. C'est une réponse directe au changement de tactique des forces pro-Kadhafi. Ces dernières semaines, nous avons en effet constaté une hausse significative de l'activité navale et du nombre d'engagements maritimes », explique le commandant Mike Bracken, porte-parole à l'OTAN de l'opération Unified Protector. Après le raid de vendredi, la coalition a continué, le lendemain, de s'en prendre aux forces loyalistes, y compris la marine. Ainsi, un autre navire pro-Kadhafi a été coulé samedi à Syrte.

Combattante avant l'attaque  (© : OTAN)
Combattante avant l'attaque (© : OTAN)

Koni en feu  (© : OTAN)
Koni en feu (© : OTAN)

Embarcations légères et dépôt  (© : OTAN)
Embarcations légères et dépôt (© : OTAN)

Riposte aux raids maritimes autour de Misrata

L'attaque préventive des forces navales du colonel Kadhafi est intervenue, selon l'OTAN, suite aux raids menés ces dernières semaines par des unités maritimes libyennes dans la région de Misrata. A plusieurs reprises, des embarcations ont tenté d'atteindre par la mer la ville assiégée, parvenant notamment à mouiller des mines aux approches du port. Plusieurs raids d'embarcations légères ont également été repoussés par les bâtiments de la coalition, notamment la frégate française Courbet, le destroyer britannique Liverpool et la frégate canadienne Charlottetown. Ainsi, dans la nuit du 15 au 16 mai, le Courbet, après avoir repoussé un raid, a découvert sur un semi-rigide abandonné une tonne d'explosifs. Cette embarcation avait elle pour but de se jeter contre un navire chargé de fournir de l'aide humanitaire à Misrata ou bien contre l'un des bâtiments de la coalition montant la garde devant le port ? « Cette escalade représente non seulement une menace pour la sécurité des populations civiles, ainsi que de l'acheminement de l'aide humanitaire, mais elle démontre aussi clairement l'intention des forces navales pro-Kadhafi de s'en prendre aux navires de la coalition », affirme Mike Bracken.

Combattante II et PV30 (© : DR)
Combattante II et PV30 (© : DR)

Neutraliser un danger potentiel

Alors que l'OTAN estime que les actions kadhafistes sont « de plus en plus désespérées », le haut commandement a, sans doute, redouté que le régime de Tripoli, en plus de ses forces légères, jette dans la bataille les plus grosses unités de sa flotte. Certes, les bâtiments libyens, qu'il s'agisse de Koni, de Combattante ou de vedettes, ne sont pas de taille à s'opposer à l'armada déployée devant les côtes libyennes (une trentaine de navires dont le groupe aéronaval français). Il s'agit la plupart du temps de navires anciens, assez mal équipés et, dit-on, mal entretenus. Avant que le conflit n'éclate, les Combattante devaient, notamment, rejoindre Cherbourg pour une sérieuse mise à niveau. Néanmoins, ces bâtiments offrent (ou offraient) quelques capacités à même de menacer Misrata et les navires de la coalition. C'est le cas, notamment, des missiles antinavire SS-N-2 et Otomat dont la Libye a fait l'acquisition pour équiper ses bâtiments. De plus, même sans quitter les ports, ces bâtiments pouvaient servir de batteries côtières et de pontons anti-aériens. Suivant le principe « mieux vaut prévenir que guérir », l'OTAN a donc décidé de neutraliser cette menace. Il reste désormais à voir de combien d'unités navales opérationnelles disposent encore les forces loyalistes. Avant le conflit, la marine libyenne alignait deux frégates du type Koni, deux corvettes du type Nanuchka, quatre patrouilleurs du type Osa II, huit Combattante, ainsi que des vedettes garde-côtes récentes du type PV30. Même en prenant en compte les défections et les navires détruits la semaine dernière, la marine libyenne, certes très amoindrie, n'est sans doute pas encore totalement rayée de la carte.

Un Tornado GR4 de la Royal Air Force  (© : RAF)
Un Tornado GR4 de la Royal Air Force (© : RAF)